J’tannée

Je suis tannée de la culture du viol, tannée des «oui mais ». Ces gens qui disent que oui, c’est effectivement triste une agression, mais que la victime l’a un peu cherché tout de même. Tannée que la bonne grande majorité du monde soit d’accord pour dire que se faire agresser c’est choquant, mais que les opinions soient aussi diversifiées sur la raison du pourquoi.  J’suis tannée et en colère.

On nous demande de vivre dans un climat de peur. On sous-entend que si on a vécu une agression c’est, qu’à la base, on n’était pas assez peureuses au point de barrer sa porte, de pas sortir le soir, de pas ramener notre date chez nous… C’est aux victimes, d’avoir peur. Ce qui arrive avec cette pensée «trop réaliste » où on estime que des agresseurs, il y en aura toujours, alors que c’est aux autres à prendre toutes les précautions nécessaires pour « l’éviter », c’est que ça ne promouvoie pas le changement. Ça encourage un climat de peur. Essaie de t’imaginer notre position en tant que femmes, en tant que noirs, en tant qu’homosexuels, etc. si, au lieu de se lever et de lutter, on avait vécu dans la peur. Essaie de t’imaginer tout ce qui se serait pas passé dans notre histoire ou dans ta propre vie même, si on avait à vivre dans la peur. Pense à ce qui s’est passé historiquement et actuellement, dans un climat de peur…

Une personne ne devrait pas avoir peur de s’endormir à la fin d’une soirée arrosée, ne devrait pas avoir peur de quitter son verre des yeux deux minutes, ne devrait pas avoir peur de vivre la sexualité dont elle a envie, elle ne devrait pas avoir peur de dire non et elle ne devrait pas avoir peur de dénoncer! Le problème, c’est que dans ces circonstances, il y a des gens pour abuser de la situation. Eux, les abuseurs.  Il n’y a pas de contexte plus punissable qu’un autre, en tant que victime, mais je t’annonce tout de même que 78,8% des victimes adultes connaissaient leurs agresseurs et ce chiffre est plus haut pour les jeunes victimes. Qui va apprendre à son enfant à avoir peur de son père, son grand-père, son oncle, son coach, son professeur quand ces personnes sont supposées être des figures de confiance et de sécurité?

La nouvelle campagne du CALACS est «On vous croit ». Encore là, on entend ce fameux : « Oui, mais y’a celles qui portent de fausses accusations ». Ces fausses victimes en manque d’attention. Mais quel pourcentage crois-tu qu’elles représentent? Eh bien! on estime que les gens qui dénoncent leurs agressions sont seulement 5% de toutes les agressions commises, si une minorité de ces personnes accusent «à tord », il reste quand même un cristie de gros pourcentage de gens agressés, qui dénoncent pas, mais qui demandent et méritent d’être crus. Croire jusqu’à preuve du contraire, c’est bien mieux que de te faire juger par tes parents à qui tu en parles, au policier à qui tu essaies de dénoncer ce qui vient de t’arriver. Parce que lorsque tu as vécu une agression, tu veux être écouté et pas jugé. Tu veux pas quelqu’un qui va renforcir ton sentiment de culpabilité qu’à la base, tu ne devrais pas ressentir.

J’suis tannée de me battre et d’expliquer ce genre de truc, mais j’vais continuer à le faire pour, qu’un jour, on arrête de vivre dans la peur.

 

Ligne-ressource d’aide aux victimes d’agressions sexuelles
1 888 933-9007

 

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