Routine interrompue, partie 2

L’étreinte de sa fille se resserra au même moment où son cœur sauta un battement; le plancher était à peine visible tellement d’objets, de souvenirs, de papiers, de vitre, de nourriture étaient éparpillés et laissés pour morts sur les lattes de bois vieillies. Les meubles, déversés de leur contenu, montraient leurs pattes et n’avaient pas bonne mine dans ce fouillis insupportable pour les yeux. Kim fit un 180 sur elle-même, barra la porte et marcha en faisant la longueur de la ruelle déserte jusqu’à la rue perpendiculaire. En reprenant son souffle et en réalisant que sa fille lui faisait des yeux apeurés, elle ralentie le pas en laissant aller son cerveau à vive allure. Qui a pu faire ça? Un inconnu? Son ex? Non, sûrement pas Olivier! Un itinérant en quête de monnaie cachée dans le fin fond d’un tiroir? Oui, ça devait être ça, parce qu’une autre probabilité lui donnait la chair de poule partout, le long de la colonne vertébrale et sur ses bras. Ok, next? Aller chez une amie? Faire savoir à la police ce qui venait d’arriver? Sa famille? Quelle famille?… Élie devait avoir faim à cette heure-là. Aussi bien aller manger au resto du coin et laisser mijoter les solutions possibles. Sa mise à pied était bien loin dans ses pensées.

 Après deux fourchetées d’omelette sans goût qui roulaient dans le fond de sa bouche, Kim aida sa fille à manger son petit plat pour enfant, pas cher, mais pas plus attrayant pour autant. Du haut de ses 2 ans, Élie ne réalisait pas ce qui venait de se dérouler, mais n’avait tout de même pas de sourire. Les émotions de sa mère étaient contagieuses et, pourtant, une tranquillité l’habitait malgré tout. Elle n’avait jamais eu un caractère difficile à vivre, mais dernièrement, son calme en était déroutant. C’était à se demander si elle ne compatissait pas avec sa mère finalement. Elle était loin du fameux “terrible two“! Après avoir déboursé la dernière monnaie qui traînait dans le fond de son sac à main, Kim les dirigèrent vers le parc le plus proche, celui pas très grand, mais pas minuscule non plus, avec ses quelques tables à pique-nique toujours occupées en journée de beau temps. Justement, le ciel laissait place à une belle couleur bleue poudre avec des nuages fibreux se déplaçant en synchronisation avec le vent bien présent.

 Après avoir installé Élie dans une balançoire jaune en plastique, avec les deux trous pour ses petites jambes encore potelées, Kim la poussa doucement en divaguant dans ses pensées. Elle commençait déjà à s’ennuyer de sa petite routine si singulière, celle qui la rendait souvent triste par sa morosité, parce qu’elle se doutait bien que tout ne redeviendrait pas comme avant. N’étant pas du genre à se plaindre, elle gardait tout en dedans et n’extériorisait pas grand chose au final. À quoi bon?

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