Folie intime·Jennifer Martin

Cher Hydro-Québec

Cher Hydro-Québec,

Je t’écris présentement dans la chaleur de mon foyer, après plus de 36 heures passées dans le froid lors d’une panne de courant survenue pour la énième fois dans le quartier où j’habite. Tsé, le quartier qui manque d’électricité aussitôt qu’une bourrasque s’enfarge dans les maudites branches que vous vous obstinez à ne pas couper ? Le quartier qui possède un abonnement aux pannes VIP renouvelable sans frais chaque début d’année.

Tu sais quoi ?

Je n’ai pas l’âme d’une Émilie Bordeleau. Je m’affiche fièrement comme une fille de mon époque. Une vraie 2.0. Même si j’habite dans un champ qui ressemble à celui de Saint-Tite, et que j’ai une corde à linge que j’utilise avec bonheur du printemps à l’automne, quand tu décides de donner un break à mes électros contre mon gré, ça me fâche pas mal. Même si j’aime l’odeur des chandelles et la douce ambiance qu’elles créent, je préfère les utiliser pour me faire une soirée cocooning et embaumer l’air de ma maison plutôt que pour trouver mon chemin jusqu’à la salle de bain sans me cogner 3 fois le petit orteil, parce que je ne vois rien! Bien qu’un tas de trucs se mange froid, j’aimerais ben ça que tu me laisses décider de mon menu, surtout si j’ai miraculeusement pensé à dégeler mon poulet avant de quitter la maison plus tôt en matinée. Je sais que mon fils, mon amoureux et moi, on peut se coller dans le même lit pour se réchauffer pendant la nuit. JE LE SAIS! On l’a fait pendant des années quand ti-homme ne voulait pas dormir dans son lit. Une fois de temps en temps, ça nous rappelle de bons souvenirs, mais trop souvent, ça nous évoque aussi une période que nous sommes heureux de savoir derrière nous. #jaimemonlitking

Folie Urbaine Cher Hydro

Tu sais, cher Hydro-Québec, quand j’ai choisi ma maison et mon quartier, ce n’était pas écrit sur l’acte de vente que je devrais faire face à un minimum de 10 pannes de courant par année. Non, ce n’était même pas écrit en petits caractères au bas de la feuille. C’tu ça qu’on appelle un vice caché? Parait que non. Je ne savais pas qu’un été, je serais obligée de laisser mon fils regarder un film sur le DVD portatif branché dans l’allume-cigarette de notre minivan en laissant les portes ouvertes pour ne pas l’asphyxier, parce que ça faisait 4 jours que nous étions privés d’électricité. Facile de dire à son enfant de se passer de télé 2-3 jours afin qu’il joue dehors et développe d’autres habiletés que de sauver la Princesse Peach. Rendu au 4e jour, c’est un peu plus difficile.

Tu sais tu comment je me sens quand je vois passer dans les journaux que tu as fait près de 3 milliards de dollars en bénéfice net, mais que tu viens encore d’augmenter tes tarifs, et que tu oses me demander de limiter ma consommation d’électricité en période de grand froid? Comme une fille qui se fait avoir SOLIDE, alors que son salaire a augmenté d’à peine 0,41 $ en 3 ans. Pis je ne sais pas pour les autres, mais moi, je préfère investir dans les futures études de mon fils que dans une génératrice à 500 $.

Je sais que ces mots ne sont qu’une goutte d’eau dans un monde de profits et de capitalisme. Je sais que ma parole ne compte pas beaucoup dans la balance d’une entreprise qui a le monopole à travers la province et qui peut faire ce qu’elle veut, puisqu’elle sait que j’ai besoin de consommer son produit. Je sais aussi que je suis chanceuse de disposer d’autant de watts et de volts, alors que d’autres pays ne disposent pas du tiers qui est mis à notre disposition. Y’a toujours deux côtés à la médaille. Tout n’est pas noir ou blanc. Je sais que tu fais ce que tu peux pour offrir des emplois à des milliers de Québécois et pour satisfaire ta clientèle. Je sais aussi que tu n’as pas le contrôle sur Dame Nature, et que si elle décide de pitcher sa mauvaise humeur sur les branches d’arbres près de chez moi, n’y a pas grand-chose que tu peux faire là-dedans. À part peut-être d’essayer de trouver une façon d’améliorer les installations les plus vulnérables. On jase là…

Sur ce, je te laisse. Je dois aller renouveler mon stock de chandelles et de piles pis regarder si y a pas une méga promotion sur les génératrices. On ne sait jamais, j’ai peut-être une autre panne qui m’attend la semaine prochaine.

 

Photo de signature pour Jennifer Martin.    

 

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