Folie familiale·Folie intime·Jennifer Martin

Au deuxième enfant que je n’aurai jamais

Quand j’étais petite et que je me projetais dans l’avenir, je me voyais toujours avec 2 enfants. Idéalement un garçon et une fille. Probablement comme 90 % des filles qui imaginent leur future progéniture. Ça, pis le prince charmant, la maison à deux étages, les deux voitures, pis le chalet et les vacances dans le Sud à chaque année. Pis la garde-robe toujours tendance.

Ou bien c’est peut-être juste moi qui rêvais à des trucs de même.

En tout cas, ce n’est pas ça le point. Le point c’est que dans toute cette projection, j’ai renoncé au deuxième bébé il y a déjà quelques années. Oui, j’ai un beau grand garçon en santé que j’aime plus que tout au monde. Oui, je crois être une bonne maman. Mais même si je suis en paix avec cette décision, au plus profond de moi, je sais qu’il y aura toujours une petite pointe de regret et/ou de culpabilité rattachée à ce choix.

Alors à toi, bébé numéro 2 qui ne verra jamais le jour au sein de notre famille, j’ai envie de te dire ceci :

– Ce n’est pas parce que je ne m’en sens pas la force ni la compétence pour élever un deuxième bambin. C’est surtout parce que j’ai peur de ce que ton arrivée pourrait provoquer comme tsunami de changements et d’émotions. Tu peux me traiter de peureuse, t’as le droit. Je sais que je le suis. Mais je préfère dealer avec ma peur toute seule, que de ne pas être capable de te montrer à te défendre. Je préfère essayer de donner le meilleur de moi-même à ton frère, même si je sais qu’il devra aussi développer ses forces par lui-même.

– Ce n’est pas juste une question d’argent. Oui, la vie ne cesse d’augmenter. Beaucoup plus que nos salaires, à ton père et moi. Mais c’est surtout que l’on ne sait pas quel est l’avenir ni où s’en va l’économie dans cette société de consommation. On pourrait prendre le risque. Après tout, de l’amour, ça ne coûte pas cher. T’as le droit de nous traiter de cheaps et de penser qu’on est matérialiste ou égoïste. Il y en a sûrement plusieurs qui pensent ça de nous aussi. Mais n’en déplaise aux adeptes de simplicité volontaire, on ne peut ignorer que l’argent est tout de même important. Mais ton père et moi, on sait que même tout l’amour du monde ne peut pas tout acheter et qu’une vie de dettes, ce n’est pas l’héritage qu’on veut te laisser.

– J’aurais voulu voir si tu allais me ressembler, comme ton frère ressemble si bien à ton père. Surtout si tu avais été une fille. Quelle sensation ce doit être de regarder un petit bout de femme avec les mêmes traits que moi et qui a hérité de mon caractère. Même si j’ai toujours voulu avoir un garçon, je me demanderai certainement toute ma vie quel genre de fille j’aurais eu. Pis quand je vois un bébé tout vêtu de rose, ça m’arrive de ressentir une vive émotion et d’avoir l’impression d’être incomplète. Mais je me rappelle aussi le bonheur que j’ai ressenti quand j’ai su que j’étais enceinte du garçon que j’avais toujours voulu.

– J’aurais voulu être témoin de la complicité que tu aurais développée avec ton frère. J’ose croire qu’il y en aurait eu une, peut-être pas pour toujours, mais du moins pour un temps. Parce que tu aurais sûrement découvert que les relations fraternelles sont parfois aussi complexes que les relations amoureuses et que ce n’est pas parce que vous avez le même sang et les mêmes parents que c’est le gage d’une relation familiale harmonieuse. Tout de même, j’aurais voulu connaître votre dynamique. Pis vous aider à gérer vos chicanes.

Bref…

Ça, c’est une grosse partie de ce que je voudrais te dire, bébé numéro 2. Il y a sûrement plein d’autres affaires que je pourrais ajouter sur le sujet ou sur mes raisons de n’avoir qu’un bébé numéro 1. Mais comme je me plais à dire qu’il ne faut pas avoir de regrets dans la vie, je préfère me dire que nous ne sommes qu’un rendez-vous manqué et que quelque part, c’est peut-être mieux ainsi.

 

Photo de signature pour Jennifer Martin.    

 

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