Critique littéraire·Folie culturelle & artistique·Folie du showbizz·Karine Caron-Benoit

Ingrid Falaise : Le Monstre, la suite

J’ai eu l’immense chance de lire le roman d’Ingrid Falaise, Le monstre, la suite que j’attendais avec impatience et ce, avant sa sortie officielle (merci tellement à l’Agence Sonia Gagnon!). On m’a proposé de faire une entrevue avec Ingrid Falaise suite à ma lecture. J’ai décidé de ne pas le faire, j’avais besoin d’écrire ce que je ressentais, l’écrire à vous, mais aussi à Ingrid (si elle me lit bien sûr). J’espère la rencontrer un jour, pouvoir discuter avec elle de tout et de rien, sans revenir sur le fait que, sans le vouloir, elle m’a un peu sauvé la vie.

L’histoire est dure, difficile, mais il y a quand même de l’espoir à travers les mots, les phrases, les paragraphes et les chapitres. Je me souviens comme si c’était hier lorsque j’ai lu le premier livre. Je l’avais acheté dès sa sortie. Je savais qu’il me bouleverserait et ce fût le cas. Non, je n’ai pas vécu de violence conjugale, mais la violence dont j’ai été victime a été aussi violente, aussi difficile et aussi marquante.

J’étais en voyage avec mon conjoint lorsque j’ai décidé d’ouvrir le livre et d’accompagner Ingrid à travers les pages, son histoire. J’ai pleuré, crié, j’ai fait de l’anxiété, je lui ai parlé. Quand j’ai terminé le livre, je savais qu’elle ne pouvait finir son histoire ainsi, qu’il fallait une suite. J’ai longuement été chamboulée par son histoire qui ressemblait tellement à la mienne, celle que j’ai vécue lorsque je n’étais encore qu’une enfant. La ressemblance était surtout dans les émotions, ses mots, ses sentiments, ses impressions. J’avais l’impression que c’était moi. Moi qui me battais contre mes démons. J’ai lu le premier livre en une journée. Ça a un peu changé ma vie.

Ce que je ne savais pas, c’est que deux semaines plus tard, j’allais rencontrer Ingrid. J’étais photographe pigiste pour Hollywood PQ et je devais aller photographier les artistes présents lors d’un premier spectacle d’un groupe de musique. Sur ma liste de presse, le nom d’Ingrid n’y était pas. C’est lorsque je l’ai aperçue à l’entrée de l’endroit où j’étais que mon corps s’est figé complètement. Mon cœur a commencé à avoir des palpitations, j’avais des frissons et j’avais chaud. Je n’ai jamais ressenti cela en présence d’une personnalité connue pendant mon travail. Pourtant, elle me faisait vivre tout cela. Cela faisait à peine deux semaines que j’avais partagé, le temps de 340 pages, son histoire. Je l’ai photographiée, elle et son copain qui l’accompagnait. Je suis restée professionnelle. Mais, j’ai eu besoin de lui parler. Je me suis approchée d’elle et je lui ai dit que je venais tout juste de terminer de lire son livre et que cela m’avait fait vivre tout plein d’émotions, que je me suis reconnue et que je la remerciais d’avoir écrit son histoire. Elle m’a prise dans ses bras. J’étais heureuse de cette magnifique coïncidence.

Puis, un jour, j’ai vu passer sur Facebook une annonce, celle que j’attendais depuis si longtemps, que j’espérais très fort. L’annonce qu’Ingrid travaillait sur la suite de Le monstre. J’étais heureuse, j’avais hâte de connaître la suite. Dans l’espoir qu’elle m’aide à trouver la mienne également. J’ai suivi l’évolution sur les réseaux sociaux, j’ai liké ses fiertés et ses petits bouts du livre qu’elle partageait. Lorsque j’ai su la date de la sortie, j’ai écrit immédiatement à l’agence d’Ingrid pour savoir si je pouvais obtenir une copie de presse. Lorsque j’ai eu le livre entre mes mains jeudi dernier, soit le 21 septembre, plus rien n’existait. Il n’y avait que ce livre, Ingrid et moi. Je l’ai commencé, j’ai lu, je devais m’arrêter pour me nourrir et j’ai mal dormi. Je vivais des émotions fortes. Le lendemain, assise sur mon perron, j’ai continué ma lecture. J’étais chamboulée, remplie d’émotions. Puis, le samedi matin, j’ai tourné la dernière page. Cette histoire était terminée, une nouvelle débutait pour Ingrid. J’étais heureuse, pour elle, mais aussi pour toutes les personnes qui ont réussi à tourner la page et se reconstruire.

Vendredi soir, j’étais tellement envoûtée par ses mots, qu’au moment où elle parle du film Elles étaient cinq dans lequel elle a joué le rôle d’Isa, j’ai cessé ma lecture et j’ai écouté le film que j’ai d’ailleurs en DVD, film important pour moi. Je l’ai visionné, j’ai pleuré. Je l’ai écouté différemment, j’ai regardé Isa et je lui disais “Je comprends ta souffrance”. Savoir qu’elle vivait toute cette tempête lorsqu’elle jouait ce rôle m’a donné des frissons lors de mon écoute. Après le film, j’ai repris ma lecture, comme si elle était en face de moi et qu’elle me disait, continue, tu dois continuer.

J’ai fait un message sur mon compte Instagram lorsque j’ai terminé le livre et Ingrid m’a envoyé un petit message, que je relis sans cesse. Elle ne savait pas à quel point ma souffrance est immense depuis plus de 15 ans de ma vie. À quel point la violence que j’ai vécue a contrôlé ma vie entière, comme la sienne. La force que j’ai lue à travers ses pages m’a donné de la force à moi-même de briser le silence, d’écrire à mon tour mes blessures et de les laisser partir à travers les mots. Ingrid ne sait pas à quel point elle m’a libérée du cercle vicieux dans lequel je me trouvais. Depuis 2015, depuis ma lecture du premier roman, j’ai fait du chemin. La suite a été le point final nécessaire.

Ce livre doit être lu. Pas uniquement pour les personnes brisées à la recherche d’espoir et de courage, comme moi. Mais aussi pour vivre cette histoire, cette histoire qui est trop souvent celle de plusieurs personnes. La violence physique et psychologique, il faut en parler, il faut l’arrêter. Ingrid, avec son histoire personnelle, a montré qu’il est possible de s’en sortir, que ce n’est pas facile, mais qu’avec beaucoup de travail et d’amour pour soi, c’est possible. Les ressources sont existantes, les monstres doivent être dénoncés, ils doivent comprendre le mal qu’ils font subir.

En 2015, j’ai compris que je n’étais plus seule dans ma souffrance. J’ai commencé à me battre contre les démons que je tentais de taire. Grâce à Ingrid, au lieu de cacher ma souffrance, j’ai décidé de l’exprimer et de l’évacuer pour laisser de la place à ce qui est le plus important dans ma vie : moi-même.

Merci Ingrid. Ceci n’est pas une critique littéraire, mais bien un hommage au bien que tu fais, que tu as fait et que tu feras avec ton histoire.

Le livre est disponible dès aujourd’hui en librairie.

Pour suivre la page Facebook professionnel d’Ingrid c’est ICI.

 

 

Une réflexion au sujet de « Ingrid Falaise : Le Monstre, la suite »

  1. Karine, c’est un très bel hommage aux mots d’Ingrid Falaise, ces mots pour aider à soigner des maux… Surtout bon courage à vous 2 dans la poursuite de vos cheminements et à toutes les femmes vivant, ayant vécu avec un M
    (et j’inclus les hommes qui pourraient en vivre même si je les crois moins nombreux)

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