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Les défis d’avoir un enfant surdoué

Son premier mot : bibliothèque.

De tous les mots que mon fils aurait pu lire en premier, c’est celui-là qu’il a lu.

Il avait 4 ans et il était sorti avec sa marraine au centre-ville. Elle m’appelle pour me dire:

“Sais-tu que ton fils sait lire?”

“Ahhaha, euhhhh, non?”

Et là, elle me raconte que mon petit bonhomme lui a dit:

Regarde Marraine, la bibliothèque est par là!”

“Ahhh, tu es déjà venu dans ce coin-ci?”

“NON. C’est écrit sur la pancarte. Bi-bli-o-thè-que.”

Cette journée-là, j’étais mystifiée et fière. Et chaque fois qu’il m’apprend quelque chose de nouveau, je me retrouve à vivre ces mêmes sentiments.

Mais comment? Quand?

Depuis sa naissance, je lui ai toujours lu des livres, chaque soir avant qu’il s’endorme. J’aimais ce lien privilégié que l’heure de l’histoire amenait. Ces petites 5 minutes, seul à seule, qui nous faisaient voyager ensemble dans l’univers merveilleux des contes.

Peu à peu, il répétait un mot par-ci et par-là, puis vu qu’il me demandait certains livres plus souvent, il a commencé à vouloir raconter à son tour. Je me disais qu’il avait une bonne mémoire. Déjà à 3 ans, il savait nommer et différencier les marques et logos des voitures que l’on croisait ou même dire à quel numéro de porte nous habitions (au 1-4-7-2) et ceux des autres membres de nos familles.

Or, après l’épisode de la bibliothèque, nous avons porté plus d’attention à sa relation avec les mots ; les couleurs, les animaux, les fruits et légumes…

Il savait les lire!

Du jour au lendemain, enfin selon notre connaissance, notre fils s’était instruit par lui-même! Autodidacte, comme son père.

Ironiquement, on ne veut pas y croire. La fierté est présente, oui, assurément, mais on se sent étrangement gênés par les capacités intellectuelles de notre enfant.

D’un côté, on ne veut pas comparer, mais d’un autre, on remarque bien que cela se passe à un tout autre niveau.

En fait, l’intelligence en tant que telle n’y est pour rien. Dans le sens que notre fils n’est pas meilleur qu’un autre, ni un génie. Il assimile seulement les connaissances autrement. Plus facilement. Et surtout, par son propre chef.

Par sa curiosité précoce, il cherche à étancher sa soif d’apprendre, à comprendre le pourquoi du comment.

Par exemple, s’il choisit un livre sur les dinosaures, il va apprendre leurs noms, leurs caractéristiques particulières, les diverses familles, leur apparence, leur alimentation, etc. Il va poser des tonnes et des tonnes de questions en lien. Son univers va se résoudre à tourner autour de tout ce qui a trait aux dinosaures, pendant tout le temps où son intérêt sera stimulé.

Puis, il va passer à un autre domaine. Le corps humain, les planètes, les groupes alimentaires, le temps médiéval, les drapeaux, …

Le hic avec un enfant HP (à Haut Potentiel) c’est qu’on ne sait jamais l’extension exacte de sa connaissance.

Un peu comme avec la lecture. Il a su lire à 4 ans. Or, il n’a pas balbutié, n’a même pas décortiqué. Il voyait un mot, et sans hésitation, il le prononçait.

Mai-son. Tem-pé-ra-tu-re. Vo-ya-ge.

Un jour, après avoir écrit sur le tableau du réfrigérateur à la garderie, il me dit:

“Maman, pourquoi tu as écrit: Gabriel part à midi?”…

Et ma collègue de dire: “C’est écrit en lettres attachées!!”

Je n’avais même par remarqué! Il avait 5 ans et allait commencer la maternelle dans quelques mois.

Cela donne le vertige, je vous assure.

Et puis, cela vient avec son lot de défis.

Chaque consigne devient un débat.

“Pourquoi doit-on prendre une douche à chaque jour, maman?”

(Même discussion à CHAQUE jour, et il n’a pas encore trouvé que j’ai une explication suffisante.)

“Maman, tu as dit de laver les cheveux aux 2 jours, mais si je le fais aux 3 jours cela va être plus égal!!” (Il voulait même faire une séquence de 2 jours/3 jours/2 jours.)

Je ne veux pas ranger mon jeu, maman, je n’ai pas terminé les 60 cartes-défis!
Et il va falloir que je recommence à 1, si je le range!”
(C’est plus fort que lui, continuer un jeu à partir de la carte-défi #32 est inimaginable à ses yeux!)

Aussi, il y a son hypersensibilité. Sa gestion des émotions. C’est son talon d’Achille. C’est comme un trop plein de sentiments qui jaillissent de lui sans qu’il n’ait le moindre contrôle possible.

Sur ce côté, il n’est pas né du voisin, c’est un empathe, tout comme moi. Il peut commencer à pleurer car j’ai une violente migraine et qu’après 10 minutes à me caresser le front gentiment, je lui demande s’il peut me laisser seule quelques instants.

Ou même partir en pleurs, 15 minutes après que papa soit parti pour la soirée, parce qu’il s’ennuie déjà de lui.

Et il est inconsolable! Il est réellement triste. Les grosses larmes qui roulent sur les joues et tout le reste.

Mon coeur de mère craque un peu plus à chaque fois. Il est adorable.

Dans ses sentiments, il y a aussi la déception, ou plutôt la peur de décevoir.

C’est un perfectionniste chevronné. Depuis toujours, en vrai.

Même à 18 mois, quand il faisait sa tour de cubes empilables, il les plaçait minutieusement, pour que les côtés avec des chiffres soient tous du même côté et remarquablement alignés et espacés également tout autour.

Une fois, il descendait les marches de la maison et un de ses pieds avait glissé au lieu d’atteindre la pallier suivant… il était remonté tout en haut et recommencer sa descente pour qu’elle soit parfaite.

C’est très cute à cet âge-là mais beaucoup moins, rendu à 6 ans, quand il fait de l’anxiété de performance, au point d’être figé sur place devant la porte du dojo parce qu’il pleure en s’imaginant qu’il va mal placer sa main gauche lors du 7ième mouvement de son 3ième kata.

Et le pire dans tout cela, c’est qu’il adore le karaté. Quand nous avons vu à quel point il devenait stressé et intransigeant avec lui-même, nous lui avons demandé si c’était trop pour lui. Si la comparaison qu’il faisait envers les autres et le désir de plaire à son Maître, en plus de vouloir nous plaire, étaient trop à assimiler et s’il préférait arrêter d’en faire.

Car, il se comparait, beaucoup, et sans distinction d’âge, d’années d’expérience ou de niveaux de ceintures. Pourtant, en le voyant, haut comme 3 pommes au milieu des autres, des enfants entre 6 et 12 ans, c’était déjà une victoire en soi. Mais lui décidait de voir juste ce qu’il voulait. Il voyait que son mouvement n’était pas parfait et qu’on venait non l’aider à devenir meilleur, mais le corriger! Et j’avais beau lui dire que tous les autres étaient corrigés, il s’entêtait à se juger de manière draconienne.

Il ne voulait pourtant pas arrêter d’y aller.

Il y allait donc, pleurait durant les 45 minutes du cours, mais continuait à faire chaque mouvement…

J’aurais voulu aller le chercher, le prendre dans mes bras et l’emmener loin de ce lieu, de ce défi qui le faisait pleurer.

Pourtant, je voulais lui enseigner la persévérance et l’estime de soi. Je voulais qu’il affronte ses démons et non que ceux-ci le chassent de ce même lieu qu’il aimait.

Donc, nous sommes allés consulter. J’avais les outils de mère et d’éducatrice en mains, pour l’aider et l’épauler. Mais venant de moi, il ne les écoutait pas. Son Maître et ses disciples aussi voulaient l’aider au mieux de leurs connaissances et avec les meilleures intentions du monde mais, en vain…

Deux semaines sans karaté, à se confier, à parler de sa gestion des émotions et à mettre le doigt sur la bonne émotion surtout. Deux semaines, à comprendre et assimiler son rôle d’enfant; celui de s’amuser, celui d’apprendre, celui de se permettre de se tromper, celui d’avancer, coûte que coûte.

Il a gagné. Il l’a gravi sa montagne.

Il est revenu plus humble, plus complaisant, le coeur plus léger. Il a retrouvé son sourire, même quand on doit rectifier sa jambe ou qu’il perd l’équilibre.

Il y a des jours où une colline se pointe, mais sans plus.

Et à l’école?

Cela allait vraiment bien. En maternelle, son enseignante savait le stimuler et il était toujours fier de ramener ses beaux billets WOW qui soulignaient son dépassement de soi.

En première année, il s’occupe autrement quand ses camarades apprennent les syllabes, les mots et depuis peu, à lire des phrases. Tout va bien, du côté des notes dans son bulletin… pour le moment.

Juste avant le congé des Fêtes, son enseignante m’appelle pour me faire part de son inquiétude concernant les activités bricolages que notre fils ne termine pas.

En fait, il les commence à peine…

Il devait découper, coller et colorier une quarantaine de décorations pour son arbre de Noël. Il avait 60 minutes pour le faire. Il a découpé 9 boules.
C’est tout. En une heure. Ni collé, ni colorié.

Il n’a aucun intérêt pour ce type d’activité.

Un cercle vicieux se met donc en branle.

Le problème c’est qu’à partir de cela, elle devait noter sa capacité à bien compter et à résoudre les phrases mathématiques.
(Exemple: choisir un nombre entre 10 et 15 pour le nombre d’étoiles qu’il y aura dans ton sapin.)

Il a bien répondu sur la feuille mais vu que la partie bricolage n’est pas faite, il aura 28% pour ce travail! C’est tout de même frustrant, car elle sait qu’il sait compter jusqu’à 100 000…. et plus.

Un nouveau défi se profile à l’horizon!

En somme, comme dans tout, il y a toujours deux côtés à une médaille.

Oui, mon fils est une éponge intellectuelle, ses devoirs et ses leçons sont finis en 5 minutes littéralement et je n’ai pas à me battre pour lui apprendre des sons ou à multiplier. Mais tout n’est pas toujours clair dans le ciel non plus.

Je n’ai jamais aimé la comparaison, je crois fermement que chaque enfant est différent et surtout unique.

La manière de penser et de voir le monde avec des yeux d’enfants est celle que je préfère, car elle est innocente et créative à souhait!

 

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