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DÉPRESSION : La chute 

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

La fin de semaine a été lourde. Je n’arrêtais pas de pleurer, de crier. Je ne voulais que dormir, je n’avais pas faim. Je savais que je n’allais pas bien, j’avais même préparé un sac au cas où la douleur dans ma poitrine devienne si intense que je finisse par avoir l’impression que j’allais mourir. Mon chum était au courant. Disons que cela faisait plusieurs années que j’étais une montagne russe vivante, mais depuis 6 mois, c’était juste l’enfer : pour moi, mais également pour lui. À plusieurs reprises, il m’a dit que je devais demander un arrêt de travail à mon médecin, chose que je refusais instantanément : j’ai pas d’argent pour ça, je suis juste fatiguée, je vais aller mieux, je ne peux pas laisser mes collègues comme ça, etc. La semaine avant ma chute, je faisais de plus en plus allusion à l’hôpital. J’avais l’impression d’étouffer de l’intérieur, ma poitrine était tellement douloureuse, j’avais du mal à me concentrer et j’avais des pertes de mémoires. J’avais recommencé à prendre des antidépresseurs depuis 8 mois, mais ça ne changeait rien.

C’était lundi. J’ai un black-out de cet avant-midi. Je me souviens de l’ambulance, de l’ambulancier qui me parlait. La première chose que je me souviens avoir dit c’est : « je veux mourir s’il-vous-plaît, je veux arrêter d’avoir mal, aidez-moi à mourir. » Ce qui s’est passé avant cet échange, eh bien, je me suis rendue en voiture au travail qui se trouve à 30 minutes de chez moi. J’ai répondu à des courriels et des appels téléphoniques. J’avais oublié de mettre des sous-vêtements sous mon jeans, chose que je n’oublie jamais puisque j’en porte toujours. J’ai envoyé des textos à mon chum, qui s’est inquiété et m’a même écrit qu’il m’amenait à l’hôpital le soir même! Ma collègue et amie est venue me voir pour aller diner à son bureau. Je me parlais à moi-même à haute voix, je semblais perdue. En mangeant, je n’étais pas là. Elle s’est inquiété et me l’a dit. J’ai pleuré. J’ai fixé le vide et je ne répondais plus. C’est là qu’elle a téléphoné le 9-1-1. J’étais ailleurs. Tout cela, je ne m’en souviens plus. C’est mon amie et mon chum qui me l’ont raconté.

Toujours dans l’ambulance, après avoir dit ce que j’avais en moi depuis si longtemps, l’ambulancier m’a posé plusieurs questions. Pour la première fois, j’ai répondu honnêtement à celles-ci, je n’en pouvais plus. J’avais peur, je ne savais pas ce qui se passerait. On roulait vers l’hôpital et j’avais de la difficulté à respirer, malgré le masque à oxygène. Mon coeur battait tellement vite, je ne sentais plus mes jambes. J’étais vulnérable. J’avais la chienne, celle qui vient te tordre les tripes et te serre la colonne vertébrale en entier. La question qui m’a le plus fait de mal était : as-tu déjà essayé de te faire du mal en vue de mourir? Quand j’ai répondu oui, j’ai eu un immense frisson. Le fait de le dire m’a fait réaliser que c’était réel, que j’ai réellement essayé de mettre fin à mes jours.

Arrivée à l’hôpital, je pleurais encore, je ne savais pas qu’on pouvait pleurer autant de larmes. J’étais devant l’incertitude, je me sentais vulnérable.

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

 

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