Folie critique·Tous les articles·Veronique Desrochers

Monsieur le ministre de la santé

À vous, monsieur le Ministre de la santé, possédant de gros pouvoirs, je vous écris ceci en espérant sincèrement que cela se rende à vous.

Nous avons reçu l’horaire des deuxièmes bains, une décision qui vient de vous. Probablement que votre but premier était de satisfaire et plaire aux résidents, mais j’ai quelque chose à vous mentionner à ce sujet. Avec vos années d’expérience et de pratique, je vous pose cette question : comment peut-on augmenter la charge de travail, et ce sans y ajouter de personnel? Je fais ce métier depuis 11 ans, il me reste 25 ans de service. À ce rythme-là, je dois l’avouer, c’est fort décourageant. Je sens qu’on abuse de notre gentillesse et de notre grand cœur. Nous devons penser que derrière le mot vocation, il y a un humain.

À force d’ajouter des tâches, mais pas le personnel qui vient avec, on ne se cachera pas qu’il y aura des impacts. Mes collègues sont épuisés, mais remplis d’espoir et de volonté. Je mise sur le fait qu’un employé heureux donne un bon rendement auprès de ses patients. Nous devons être considérés, nous avons le premier rôle envers les résidents. Plus il y aura de tâches sans aucune heure en surplus, plus le personnel sera affaibli. C’est une réalité, le peuple vieillit. Nous sommes présents pour eux, pour l’instant. Mais avec cette cadence, j’ai peur pour mes collègues et moi.

Il y a une raison compréhensible dans le fait que les nouveaux employés ne restent pas. Sur papier et sur le terrain, c’est deux choses. Ce n’est pas encourageant de s’engager dans un métier aussi démuni que le secteur de la santé. Nous continuons parce que la passion y est encore, mais sachez que les conditions sont inacceptables.

Pour le moment, vous êtes au pouvoir, mais un jour vous allez vieillir comme tout le monde et subir les décisions que vous avez prises. Vous verrez à quel point il est important que les gens qui prennent soin de vous doivent eux-mêmes être souriants et en santé pour vous offrir des soins de qualité. Je ne comprends pas pourquoi on mise sur la performance plutôt que sur la qualité. Nos résidents méritent le meilleur, mais nous, employés de la santé, ne devons pas être oubliés! Je regarde cela de l’extérieur avec mes yeux de pab[i] et je trouve que c’est d’une tristesse inconsolable. J’aimerais avoir du temps et des moments de calme auprès de ma clientèle.

J’éprouve un grand sentiment de tristesse pour nos personnes âgées, qui ont travaillées toute leur vie pour arriver à un tel résultat. Le cas est alarmant. Je vous rappelle qu’on parle ici d’humains, qui doivent mériter des soins qui vont avec leur rythme personnel. Je défie quiconque de venir passer une journée dans nos souliers de course, qui bientôt seront remplacés par des patins! N’essayez pas de faire de nous des robots, car ce qu’il y a de plus beau et fort dans ce domaine, c’est qu’il est exercé par des gens qui ont le cœur gros comme le monde. À l’âge qu’ils sont rendus, nous nous devons de respecter les personnes âgées et d’appliquer ce que vous avez nommé le milieu de vie.

Une ambiance normale et saine serait de mise pour améliorer nos conditions de travail. Diminuer le stress qui se trame lors de nos journées sans fin. Je n’ai rien contre le fait de donner un deuxième bain, mais donnez-nous les heures et le personnel de plus pour pouvoir y arriver! Si votre profession mise sur la santé, vous devez être équitable autant envers la clientèle vieillissante que ceux qui en prennent soin : nous, personnel de la santé. Mon travail, j’aimerais l’accomplir dans une cadence normale et non un marathon.

Bien à vous…

Véronique Desrochers préposée aux bénéficiaires depuis 11 ans.

Folie veronique logo auteur 

 

 

 

 

 

 

[i] Pab : préposé.e au bénéficiaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *