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DÉPRESSION : L’évaluation psychologique et le premier diagnostique 

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

On est le 8 mai. Le matin, à Louis-H., l’infirmière et les préposées nous réveillent à 7h00 pour déjeuner. J’avais donc dormi 4h30, vue l’heure à laquelle j’ai pu me coucher suite à mon arrivée la veille. Je mange de peine et de misère mes toasts qui ont trempé dans les bines qui avaient déjà l’air digérées. Après avoir remis mon plateau, je suis retournée dans ma civière et je me suis rendormie. À 10 h, on m’a réveillée pour mon évaluation psychologique. Je croyais que cela aurait été plus long. Je suis entrée dans un petit bureau, le même que la veille lorsque j’ai rencontré le psychiatre de garde à mon arrivée. Mais là, il y avait 7 personnes. Je me suis assise en face de ces 7 personnes qui me regardaient. Je n’étais pas bien, je suffoquais et je n’étais absolument pas à l’aise. Ils se sont présentés : résident en psychiatrie, professeur et psychiatre, travailleur social, médecin, etc. Trop de gens pour l’énergie qu’il me restait. Ils m’ont bombardé de questions. J’avais du mal à répondre. Je faisais tous les efforts que j’avais pour avoir l’air  »normal ». J’avais encore peur de ce qui allait se passer avec moi. Les questions étaient personnelles, difficiles et j’ai eu du mal à répondre à quelques-unes d’entre elles. Moi qui ne parlais pas de tout ça, là, je devais vider mon sac. Tout ceci avait des répercussions sur mon avenir. J’ai pleuré. J’ai demandé de m’en aller chez moi. J’ai réclamé de voir mon amoureux. Ils ne me mettaient pas confortable. J’aurais préféré rencontrer qu’une seule personne, pas 7. C’est tellement déstabilisant, mais c’est comme ça que ça fonctionne et je devais le faire.

Ils m’ont ensuite demandé d’attendre à l’extérieur, le temps qu’ils discutent entre eux. Je suis retournée dans ma civière et je me suis endormie. Ça faisait longtemps que je n’avais pas dormi comme ça. Le résidant est venu me chercher. Je l’ai suivi jusqu’au minuscule bureau étouffant. Ils m’ont mentionné un million de choses. C’est là qu’ils m’ont donné un diagnostic. Je ne comprenais rien, je faisais du déni. Ils m’ont mentionné que c’était un diagnostic préliminaire et que je devais être suivie par un médecin et avoir d’autres évaluations. Dans tous le charabia qu’ils m’ont dit, j’ai seulement compris : Bipolaire, trouble de personnalité limite, trouble de l’adaptation (dépression) et anxiété. Puis, ils m’ont dit que je serais transférée dans un centre de crise. Je suis sortie du bureau les deux bras pendants. Je me suis rendue dans la salle commune où on avait le droit de téléphoner. J’ai appelé mon amoureux. Je pleurais et essayais du mieux que je pouvais de lui expliquer ce qu’on m’avait dit. Il était 11 h et j’avais juste hâte que 14 h arrive pour qu’il soit là, avec moi.

À 11h30, la travailleuse sociale vient me chercher, elle a mon dossier d’évaluation en main, fraîchement tapé. Elle me dit que nous allons téléphoner au Centre de crise pour mon inscription. Elle parle à un travailleur social qui s’occupe des accueils et répond à toutes ses questions. Elle raccroche et mentionne qu’il y a une place, mais le lendemain. Elle me dit que je ne peux pas rester ici et me demande si j’ai un endroit où je ne serai pas seule où je pourrai aller. Je réponds que oui, chez mes parents. Mon père ne travaille pas, il sera à la maison avec moi. Elle me donne le papier avec les coordonnées et l’heure du rendez-vous, 19 h. Je lui demande qui s’occupe de mon papier médical pour le travail. C’est là que ma première crise de panique à l’hôpital survient. Elle me mentionne qu’ils ne peuvent effectuer ça, que je dois contacter mon médecin de famille puisque j’en ai un, le temps qu’un psychiatre me soit attribué, chose qui pourrait prendre beaucoup de temps. Je me rends de nouveau à la salle commune et communique avec mon médecin de famille. L’infirmière a eu la gentillesse de faire une recherche Internet pour me trouver le numéro. La secrétaire répond. Je lui explique la situation et elle me répond que le prochain rendez-vous est dans deux semaines. Je pleure, je lui mentionne que c’est urgent, elle répond de nouveau la même chose. Me voyant hyper-ventiler, pleurer et parler fort, l’infirmière s’approche de moi et me demande ce qui se passe. Je lui explique et elle prend le combinée un peu outrée. Elle insiste et demande à parler au médecin, que c’est une urgence. Elle raccroche et me dit de me calmer, qu’elle s’en occupe et comprend tout à fait.

Je retourne me coucher. À 14 h, l’infirmière vient me réveiller et me mentionne que j’ai deux visiteurs. Je vois mon amoureux et ma mère. Je suis tellement heureuse, je me mets à pleurer en les prenant dans mes bras. On va dans la salle commune. L’infirmière s’approche et me mentionne que j’ai mon congé, elle me dit également que j’ai un rendez-vous le soir-même avec mon médecin à 19 h. Il me passe après la fermeture de son cabinet, vu l’urgence. Je suis soulagée. Je bois mon café et discute avec ma mère et mon amoureux, qui ne semblent pas du tout à l’aise. Je comprends. Je suis entourée de cas lourds. Une dame qui parle seule, un homme qui crie toujours, une jeune fille qui ne cesse de se promener, elle est d’ailleurs venue me flatter les cheveux pendant que je dormais après le diner, avant de se faire avertir par le préposé. Elle portait une camisole, ce qui nous laissait voir ses deux bras remplis de cicatrices qu’elle s’est infligée. Je fais la même chose, mais pas sur les bras, j’ai un frisson.

On quitte l’hôpital en direction de la maison de mes parents, où je me couche directement en arrivant. Après le souper, mon amoureux m’amène chez mon médecin. Celui-ci a reçu mon dossier médical et me signe un arrêt de travail à temps indéterminé et me donne un rendez-vous un mois plus tard. Mon amoureux prend toute la paperasse et me dit qu’il s’occupe de tout. On revient chez mes parents. Il repart. Je me couche pour la nuit et je dors merveilleusement bien grâce aux médicaments et calmants qu’ils m’ont prescrits.

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

 

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