J’ai vu la dépression, mais elle m’est inconnue

La dépression, je l’ai toujours vue, mais je ne l’ai jamais reconnue au premier coup d’œil.

Pour moi, la dépression était comme le secret du caramel dans la Caramilk. Tout le monde se demande comment elle s’y retrouve, mais personne ne s’interroge VRAIMENT sur son origine. C’est là, tout simplement.

J’étais pleine de préjugés face à elle, certains très tenaces et qui ont encore la vie dure.

Je te les épargne. Tu pourrais m’en vouloir.

Mais depuis 2 ans, je la côtoie de manière beaucoup plus intime.

Je l’ai vue. De mes propres yeux.

Je l’ai vue atteindre des personnes très proches et d’autres, moins proches. S’immiscer dans leur quotidien pour leur pourrir la vie, pour les dépouiller de leur joie de vivre et mettre en veilleuse l’éclat dans leur regard. Les détourner de leurs projets de vie, de leur quotidien heureux, de leur quête du bonheur. Je l’ai vue s’attaquer à leur humeur, leur appétit, leur poids, leur énergie et réduire au minimum leur capacité à vivre leur vie.

J’ai eu peur pour ces personnes.

À ma grande honte, j’ai eu pitié.

À mon grand regret, j’ai eu envie de les secouer.

Avec tout mon cœur, j’ai eu envie de prendre une partie de leur mal pour le transformer en bien-être.

À tort, j’ai pensé que ça partirait tout seul avec un peu de volonté.

Quand je te dis que mes préjugés ont la vie dure.

Je n’ai jamais lu autant de textes sur la dépression que depuis 2 ans. Que ce soit les nombreux articles que l’on retrouve sur le Net, les témoignages de personnalités publiques ou d’excellents livres comme celui de Josiane et Carolane Stratis, Les filles sont-elles folles ? On a plus peur d’écrire sur le sujet, de documenter ce qu’on connaît de la dépression.

Mais dans ces nombreux écrits, on en dit parfois trop, parfois pas assez.

Mais des fois, c’est EXACTEMENT ça aussi. Les bons mots qui expliquent vraiment ce qui en est.

On ne parle pas de licornes, de crème glacée sur le bord de la piscine, de nouvelle jupe trop nice ou de nouveaux restaurants à essayer. On parle de signes, parfois silencieux ou à peine perceptibles. On parle de symptômes, de la présence ou l’absence d’éléments déclencheurs, de rechutes, de médication, de dommages collatéraux. On parle d’isolement, de léthargie, on parle du choc, du vide. On parle de l’entourage qui subit, l’entourage qui l’ignore, l’entourage impuissant. Mais aussi des gens qui sont là, qui soutiennent et tentent de comprendre. Ceux qui sont là au début, au milieu et à la fin.

Depuis deux ans, la dépression se glisse sournoisement dans la vie de personnes qui me sont chères. Elle me met en face de mes préjugés, me laissant entendre que je ne suis pas à l’abri moi non plus. Elle est sans pitié, distribuant ses coups de façon subtile et réussissant à atteindre des personnes que je croyais invincibles ou qui se croyaient à l’abri de sa force de frappe.

Des gens comme moi qui pensent que ça ne leur arrivera pas à eux.

Mais ça leur arrive.

Et peut-être qu’un jour, mes derniers préjugés tomberont.

Et que ça m’arrivera à moi aussi.

      

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