DÉPRESSION : L’arrêt de travail

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

On est lundi, je suis chez moi. Je suis seule à la maison, mon amoureux travaille, mais m’a laissé un message texte qui me fait sourire. Je ne cesse de me dire à quel point je suis chanceuse de l’avoir dans ma vie. Je ne suis pas facile avec lui et je comprends tellement à quel point cela doit être difficile pour lui. Malgré tout il est là et j’ai l’impression que notre amour n’en sortira que plus fort. Mon chat est collé sur moi et je prends un long moment pour le flatter et juste profiter de cet instant. Il fait beau dehors, un gros soleil. Et c’est là que je réalise que je suis en arrêt de travail, pour un temps indéterminé, signé par mon médecin. Mon amoureux s’est chargé de remplir toute la paperasse pour les ressources humaines de mon travail ainsi que pour les assurances. J’ai d’autres papiers à signer, des papiers à envoyer et des appels à faire. Je me sens submergé, je dois le faire moi-même et ça m’angoisse, c’est compliqué, surtout que je suis tellement épuisée, faible et je ne comprends pas tout. C’est beaucoup de pression de devoir prouver qu’on ne va pas bien quand ce n’est pas physiquement visible. Je dois faire face à des jugements ou des gens qui ne sont pas sympathiques ni compréhensifs au téléphone. Le mot dépression a l’air de faire chier tout le monde et pourtant c’est réel, ça existe et ça fait autant mal qu’un pied dans le plâtre, sinon plus.

Je passe la journée dans mon lit à pleurer après chaque coup de téléphone. Je me sens impuissante face à toute cette charge de paperasse que je ne comprends pas. Je sors du lit uniquement pour aller à la toilette, je ne mange même pas tellement je n’ai aucun appétit. Je me sens mal de ne pas être comme j’étais au centre de crise, je ne fais que dormir et pleurer. Je me sens coupable d’abandonner mes collègues, moi qui était surchargée de dossiers et je sais déjà qu’ils devront prendre la relève. J’ai peur qu’on me déteste, qu’on m’en veuille, peur d’y retourner et faire face à tout le monde. J’ai beau me dire que c’est la meilleure chose qui pouvait arriver, qu’après autant d’années à essayer d’être Wonder Woman, que je prenne le temps de me reconstruire, de réaliser à quel point je suis humaine et que mon sac à dos est plus que plein et que je dois le vider une chose à la fois.

Dans l’après-midi, je reçois un appel du centre de crise, ils veulent faire un suivi pour ma première journée à la maison. Je suis envahie par un immense soulagement, comme si j’avais besoin de ça pour être capable de fonctionner. Il me dit alors que je ne dois pas me sentir coupable de dormir, de ne rien faire, que c’est normal, mon corps est fatigué depuis si longtemps qu’il a besoin de reprendre énormément de force. Il me dit que je dois l’écouter, que c’est ce que je dois faire en priorité : m’écouter et faire ce dont j’ai besoin. Cet homme a été important dans ma vie, je ne pourrai jamais assez le remercier, il a su me mettre sur le bon chemin, un chemin que j’ai continué avec d’autres gens qui m’ont aidé et qui m’aident encore aujourd’hui.

Un arrêt de travail c’est quelque chose d’incompréhensible pour la majorité des humains. Certains appellent cela un congé de maladie, mais c’est tout sauf un congé. J’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à cet arrêt, j’angoissais sur tout, mais surtout, je me sentais coupable de prendre soin de moi. Un jour, j’ai réalisé que j’avais le droit, que ma vie était importante et que c’était la priorité. Je devais guérir pour pouvoir reprendre le cours de celle-ci. Chaque journée, minute, seconde était nécessaire à me reconstruire et à perdre l’idée de mort qui flottait au-dessus de ma tête depuis l’adolescence.

Les gens ne comprennent pas ce qu’ils ne peuvent voir. Ce n’est pas parce qu’on sourit qu’on est guéri. Ce n’est pas parce que j’assiste à l’anniversaire de quelqu’un que je suis capable de retourner au travail. Ce n’est pas parce que je publie une photo de moi sur Facebook ou Instagram que je ne suis plus en dépression. Ce n’est pas parce que je retourne au travail que je ne suis plus malade. Mais bon, ça, c’est une autre histoire.

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

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