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Bizarre ou quoi?

L’être queer

Dans les discours sur les genres et les sexualités, l’utilisation du terme queer est courant, donc, avec l’explosion des théories et des discussions sur ces sujets, il est normal d’en entendre de plus en plus parler. Queer, ce mot qui englobe un ensemble de choses qui peuvent sembler tellement plus abstraites les unes que les autres qu’il est facile de ne pas savoir comment s’y retrouver. Je le sais et je comprends. Avant de m’intéresser à ce que ça pouvait représenter, j’étais complètement perdue quant à toutes les définitions qu’on m’en offrait.

 Queer est m u l t i p l e et c’est ce qui en fait sa beauté.

Pour partir à la base, queer provient de l’anglais qui signifie étrange/bizarre voir même hors norme. On l’entendait (et l’entend toujours) dans un contexte d’insulte pour tout ce qui sortait du cadre hétérosexuel-normatif et des pratiques sexuelles diverses. Le mot a par la suite été récupéré et réapproprié par certain.es comme un acte réactionnaire envers les systèmes d’oppression afin de permettre aux personnes marginalisées, en terme d’identité de genre et d’orientation sexuelle sortant du cadre cisgenre* (j’ai mis un petit lexique à la fin de ce texte pour définir quelques termes) et/ou de l’hétérosexualité. Il est donc à en comprendre que le terme a son lot d’histoire et de revendications.

Queer représente bien la diversité du spectre du genre, puisque sa définition est aussi diverse que les gens qui s’y rattachent.

Dans sa multitude de définition, l’«être queer» représente cette volonté de contester les dichotomies quant aux identités et aux sexualités, d’arrêter de penser de façon binaire (homme-femme, hétéro-homo…), de remettre en question ces catégories si définies et limitées dans une idée d’inclusion et d’égalité pour toutes les personnes. On y célèbre les différences tout en prenant compte des notions de privilèges (cis, blanc, hétéro) et de l’intersectionnalité* qui modifie chacun.es. L’identité queer représente la compréhension qu’on est constamment en changement et qu’il en est de même pour notre identité. Il y a aussi toute cette libération sexuelle permettant de voir le sexe comme quelque chose de positif et comme une expérience propre à chacun. L’«être queer» se retrouve toujours redéfini selon la personne qui en parle ; il est multiple à travers ses individualités.

L’univers des Drag-Queens & Kings

Pour comprendre comment l’identité queer peut être liée à l’univers du drag, il faut voir dans cet art l’exagération des caractéristiques, dites féminines ou masculines, permettant une certaine critique de ce qui est socialement perçu comme étant femme ou homme ; on y permet de jouer sur le spectre du genre et d’explorer ses représentations/leurs constructions sociales. Le drag peut être une forme de divertissement, mais il peut aussi être politique, puisqu’une plateforme est offerte pour s’exprimer et, qu’en plus, il est possible de repousser/contester les limites du «normal».

Sasha Velour (je suis en amour avec elle) est un exemple de ce mélange entre politique et divertissement, Drag et Queer. Elle profite de son éducation universitaire (elle a d’ailleurs étudié les théories queer, ce qui a particulièrement influencé son parcours) pour réfléchir son drag et ainsi apporter cette dimension politisée quant aux enjeux auxquels elle tient ; en s’affichant comme queer, elle rend visible la communauté et encourage les personnes à en parler, à rendre apparente les luttes LGBTQIA2S+ et leur histoire. La reine de la 9e saison de RuPaul Drag Race a, lors de son couronnement, fait une leçon d’histoire queer (il est possible de visionner ce moment en suivant ce lien: ICI). Son militantisme-activisme est aussi percevable à travers ses autres projets: son magazine Velour est un hymne et un rassemblement de divers artistes s’y rattachant et, à l’achat de certains produits sur son site House of Velour, elle remet 10% à Queer Detainee Empowerment Project*. Elle décrit le drag comme étant un art qui permet de prendre une source de marginalisation et de le transformer en source de pouvoir. Son message en est un d’amour, d’acceptation, d’empowerment. Elle profite de sa position privilégiée et de son amour des arts pour représenter sa vision du queer.

 Son look défie les conventions: elle arbore un crâne nu (représentatif de sa mère qui a succombé au cancer et, qui en perdant ses cheveux, avait de la difficulté à retrouver sa féminité, mais malgré tout, laissait son crâne sans perruque, foulard ou autre) en plus d’un monosourcil. Sa présentation très distincte veut modifier les standards de beauté, car elle considère qu’il est possible de rendre le laid/l’étrange-queer, magnifique.

Malgré ce que compétitionner à l’émission de RuPaul a pu lui apporter, elle n’a pas été gênée de critiquer les propos transphobes de son hôte et de souligner que la communauté trans a participé à l’univers du drag dès les débuts, puisqu’il s’agissait d’un espace où il leur était possible d’explorer le spectre et que c’est en ouvrant la porte aux personnes cis que ceuzes-ci se sont aussi impliqué.es. Comme on tente sans cesse de repousser les normes et de créativiser les expressions de genre, il semble aller de soit de défendre la validité des minorités de genre en les rendant plus visibles et en tentant de leur donner un lieu sécuritaire. Ainsi, puisque les drag queens-kings ont une plateforme leur permettant d’exprimer leur créativité, leurs idées, pourquoi ne pas en profiter pour défendre les droits LGBTQIA2S+, puisque ça s’écrit dans l’essence même de cet univers.

« Gender is a construct, tear it apart. »

– Sasha Velour

« We need to start posing alternatives: fem, faggy, hairy, butch queen, fat vampire alternatives. That gives us something beautiful to celebrate. We drag queens, kings and unicorns are radical dreamers; and it is you – the audience – who co-sign our fantasies, who get to be the revolutionaries and take these ideas out into the world. »

Sasha Velour, « What Drag Does »

Petit Lexique

Cisgenre / Personne cisgenre: Personne dont le genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

Différence entre GENRE et SEXE: Le genre est une construction sociale et un système de croyances qui définit entre autre ce qui est féminin/masculin, tandis que le sexe se rattache aux caractéristiques biologiques tels que les organes reproducteurs.

Queer Detainee Empowerment Project: Fournit de l’aide aux immigrants lesbiennes, gais, bisexuels, queer, bispirituels, transgenres, non-conformistes et séropositifs et à leurs familles actuellement dans des centres de détention, ceuzent qui sont récemment libéré.es des centres de détention ou qui risquent d’entrer en détention à New York.

Intersectionnalité: Concept utilisé dans les théorisations entre autres féministes, sociologiques, politiques, etc., servant à faire ressortir la pluralité des oppressions/ discriminations quant aux groupes marginalisés et, ce, en fonction par exemple de la classe, du sexe et de la race. Il est important de souligner que ce concept a d’abord été expliqué dans un contexte de lutte des féministes noires qui désiraient représenter la multitude d’identités et d’expériences et les rapports avec les différentes formes de pouvoir (pour faire un portrait très rapide).

LGBTQIA2S+: L=Lesbiennes, G=Gais, B=Bisexuels, T=Trans, Q=Queer, I=Intersexes, A= Asexuels, 2S= 2 Spirits/Bispirituels, + pour les allié.es, en questionnement, autres.

 

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