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La fois où… mon fils m’a dit que j’avais l’air déprimée

Deuxième jour des vacances.

Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait le premier. Ce n’est pas tellement important.

Je suis en vacances.

Je me réveille à 8 h, ce qui constitue clairement la grasse matinée pour une fille qui se lève à 5 h 45, 11 mois par année.

Je reste dans mon lit à fixer successivement mon cellulaire et le plafond.

Je savoure le moment.

Celui où tu apprécies enfin de ne pas avoir à te donner une poussée en bas du lit pour te motiver à quitter la maison pour gagner ta vie.

Ces longues vacances dont je rêve toute l’année et qui me permettent de recharger mes batteries pour affronter 11 autres mois où je suis prise dans le quotidien, la routine et le stress constant de me surpasser dans toutes les sphères de ma vie.

Ce matin-là, j’ai l’impression que le monde m’appartient et que le temps ne m’est pas compté. Que je peux disposer de ma journée comme je le veux, au gré de mes envies, plutôt qu’au gré de mes obligations !

Je me lève vers 10 h, je rejoins mon fils, qui est déjà installé confortablement dans le sofa avec son bol de céréales à se la couler douce. Il a adopté assez rapidement la routine des vacances, parce que tout le monde sait combien les enfants s’adaptent beaucoup plus vite que nous à la plupart des situations.

Je l’embrasse tendrement et m’installe près de lui pour le regarder quelques minutes et m’imprégner de son odeur comme je le fais presque chaque jour depuis 11 ans.

Ce matin, il n’y a pas de : « Dépêche-toi de déjeuner Isaak, nous sommes pressés. »

Non, aujourd’hui, il peut attendre que ses céréales soient bien imbibées de lait avant de les manger.

Je m’installe près de lui avec mon smoothie. Celui préparé le matin même et non pas la veille pour gagner du temps dans la course infernale du début de journée. Il goûte divinement meilleur fraîchement sorti du Magic Bullet.

J’ai l’air d’un chat qui se délecte devant un bol de crème.

Je flâne sur internet, je fais une storie sur Instagram de mon verre avec le #jenenvacances.

Je retourne dans mon lit regarder un épisode de Beverly Hills 90210 sur l’une de mes vieilles cassettes VHS.

Je me relève pour faire un peu de ménage, je fais une brassée de lavage.

Je vais quelques heures dehors lire sous le soleil, bien confortablement installée dans ma chaise longue. Mon fils vient me rejoindre à plusieurs occasions pour quelques saucettes dans la piscine.

On est bien, la journée se déroule dans la plénitude. Je me sens zen et pas du tout bousculée par le maudit temps.

En début d’après-midi, une petite phrase est lancée et me fait l’effet d’une bombe.

Pendant qu’il joue à la PlayStation, mon fils me lance un regard et me demande : « Est-ce que ça va, maman ? »

Jusque-là, ça va. Sa sollicitude me touche et je lui souris tendrement en lui affirmant que tout va bien.

Pendant les minutes qui suivent, je poursuis mon trio de contemplation qui fait bouger mes yeux de mon ordinateur à un livre ou au plafond. Je suis toujours bien à faire tout et rien en même temps.

Quelques minutes après, il me redemande la même chose : « T’es sûre que ça va, maman ? »

Là, je suis intriguée. Je le regarde franchement et lui réponds : « Mais oui mon amour, ça va, pourquoi tu me reposes la question ? »

« Parce que tu as l’air déprimée. »

BOUM.

Coup de poignard en plein cœur.

J’ai l’air déprimée alors que mon cœur et ma tête n’ont jamais été aussi coordonnés à profiter de l’instant présent et à faire abstraction du temps qui s’écoule à une vitesse vertigineuse.

Je ne comprends pas.

Mes yeux sont-ils si vides d’expressions à ce moment précis pour que mon fils s’inquiète de mon bonheur ? J’ai pourtant l’impression de dégager la joie et le confort d’être là avec lui, sans pression ni horloge pour nous rappeler que ces heures devraient être consacrées à faire des tâches précises.

Serais-je si habituée à vivre dans un chaos constant qui fait en sorte que j’ai toujours l’air de faire 1001 choses en même temps et qu’au moment où je m’arrête, j’ai l’air désorientée ?

Ça m’a frappé en pleine face.

J’ai tenté d’expliquer à mon bébé que non, je n’étais pas déprimée, mais plutôt très heureuse d’être avec lui. De lui faire comprendre que je suis comblée de ne pas avoir l’impression qu’il me faudrait 30 heures dans une journée pour accomplir tout ce en quoi consiste mon quotidien de maman/amoureuse/employée/amie/blogueuse. Que le hamster dans ma tête a ralenti le rythme au point où il se demande lui-même ce qui se passe pour que je sois aussi peu disposée à le faire travailler. Je lui ai raconté à quel point je tente de jongler avec toutes mes obligations et que cette façon d’être, que lui voit comme une attitude dynamique, n’est en fait qu’un rôle que j’endosse pour garder mon titre de femme qui tente de tout réussir dans la vie.

Je lui ai expliqué aussi qu’il était tellement habitué de ne pas me voir tourner en rond et procrastiner que ce n’est pas parce que je le fais quelques jours que je suis malheureuse.

Au contraire.

Je veux lui faire comprendre que même si je tente d’être la meilleure maman/amoureuse/employée/amie/blogueuse 365 jours par année, il est possible que pendant mes vacances, je me permette de prendre plus mon temps pour y arriver.

Il a été rassuré par mes réponse,s même s’il n’a probablement pas saisi toutes mes explications.

Mais moi, j’ai compris beaucoup de choses ce jour-là.

Et je le remercie de m’avoir ouvert les yeux.

Pour lire les autres articles de la série La fois où… c’est par ICI.

Photo de signature pour Jennifer Martin.  

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