Poussière d’amour

On m’a toujours dit que c’était simple de réparer les cœurs brisés. Autant les cœurs brisés d’amour que ceux qui ont connu le vrai chagrin.

Mais dans mon cas, on devrait plutôt parler de « cœur en poussière ».

Je ne me rappelle pu exactement la dernière fois où je l’ai vu dans un état solide, où il avait l’air de tenir en un morceau. Ça fait longtemps. Des siècles, je dirais.

Y’a fait la guerre. Legit le Vietnam ou l’Allemagne en 39-45. Ça fait qu’y’est amoché. Pas mal.

Mais recoller des morceaux en cendres, c’est plus facile qu’on le pense, ça a l’air. En fait, combien de fois ma mère m’a dit d’arrêter de pleurer pour le gars à qui je n’avais jamais parlé, mais dont j’étais ô combien amoureuse. Que ça allait passer, que j’étais plus forte que ça. Qu’un garçon n’avait pas le droit de faire éclater mon cœur en morceaux comme si c’était de la vaisselle en porcelaine. Comme si ce n’était pas grand-chose. Comme si le fait que mon cœur était aussi fragile que du verre lui permettait de le lancer de toutes ses forces contre le sol, où ça allait être possible de retrouver tous les petits éclats de mon amour entre les craques de la céramique de la cuisine.

Sauf que cette fois-ci, on ne parle pu de peine d’amour de petite fille de 13 ans qui pense que les films d’amour, c’est la réalité tellement elle veut y croire. C’est clairement plus. Plus qu’une amourette qui n’a pas abouti, finalement.

Un cœur brisé, c’est comme de la bouffe d’astronaute. Vite de même, on croit que c’est juste d’la poudre ou de quoi de ben louche pis de pas comestible (un peu comme du Kraft Dinner, au fond). Mais quand on y ajoute de l’eau, y’a de quoi qui apparaît.

Bon, ce n’est peut-être pas dans l’état qu’on pensait que ça allait être, mais ça forme un tout. Pas pire solide en plus. Pis, ça fait la job. Du moins, pour un court instant.

Sauf que l’être humain est composé à 65 % d’eau, non ?

Si ça fonctionne vraiment, pourquoi mon cœur ne s’est pas déjà recousu malgré tout ce que j’ai essayé de faire pour le réparer ? Pour bourrer les ouvertures qui le composent.

J’imagine que c’était juste un pansement qui venait boucher les trous que j’ai dans le thorax, le temps d’un moment. Mais l’affaire, c’est que quand ton cœur est rendu une passoire, y’a besoin d’un peu plus qu’un vulgaire morceau de diachylon cheap acheté au Dollarama.

En fait, je ne suis même pas certaine que du plâtre serait assez efficace. De toute façon, je ne pense pas que ce soit imperméable.

Faque, l’astronaute en moi saute de galaxie en galaxie pour tenter de murer, en vain, le trou noir que t’as laissé au fond de mon torse.

Mon cœur est rendu poussière d’étoiles. J’ai des fragments d’artère un peu partout, mais surtout chez toi. Je les ai oubliés là, sur ton plancher, entre le four et le frigo. Ils y traînent depuis quelques mois déjà. Mais je comprends que tu ne les remarques plus.

Probablement que tu crois simplement que t’es dû pour passer un bon coup de vadrouille.

T’es trop occupé à tomber en amour pour faire le ménage de toute façon.

T’as des constellations dans les yeux à la regarder. Elle pis sa personne juste trop parfaite. Son nez trop étroit, ses yeux trop bleus, ses seins trop ronds, ses fesses trop squattées, son 5’3’’ qui te permet de lui donner des baisers tendres dans le cou trop aisément.

Tu la regardes comme tu regardes les étoiles filantes au travers de ton télescope. T’es émerveillé.

Pis tu te promets d’essayer d’y croire. Que ton vœu va se réaliser cette fois-ci.

Elle est ton souhait du 11 h 11.

C’était moi que tu regardais comme ça. Tu n’avais d’yeux que pour moi. Ton astre vedette.

Et bien maintenant, à cause de toi, je ne suis rien d’autre que poussière d’amour.

 

Texte par Karolane Masson

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