La fois où…j’ai réalisé que je n’aurais pas le temps de tout faire

Quand j’étais petite, j’avais hâte de grandir.

J’avais hâte à plus tard.

À ce qui s’en venait, à ce que je projetais.

J’avais une imagination débordante, un univers infini à conquérir et des projets à accomplir.

Après chaque étape, j’étais convaincue que la prochaine serait meilleure. Plus excitante et moins éprouvante.

Le temps me semblait long quand je m’ennuyais et inévitablement trop court quand je rayonnais de bonheur.

J’écrivais mes aspirations, mes bonnes et moins bonnes journées dans un journal. J’écrivais des poèmes à double sens pour exprimer des choses dont je ne voulais parler à quiconque, mais que j’avais besoin d’extérioriser, d’en laisser une trace quelque part.

Je voulais devenir celle-ci, ensuite celle-là. J’ai changé maintes fois d’idée sur la personne que je voulais être. Et je m’interroge encore aujourd’hui sur celle que je suis présentement et celle que je serai éventuellement.

Pourtant, quand j’ai vu pour la première fois à 14 ans le film Les grandes espérances, Gwyneth Paltrow affirmait ceci : « On est comme on est, il ne faut pas croire que les gens changent. » Ça m’avait marqué parce que je voulais tellement croire qu’avec le temps on pouvait devenir meilleur.e ou tout simplement devenir quelqu’un d’autre. Être la somme de toutes ses bonnes ou mauvaises expériences. J’en veux un peu à Gwyneth d’avoir pété ma bulle. Même si je sais qu’elle n’a pas nécessairement raison. Je crois sincèrement qu’on peut arriver à changer, d’une façon ou d’une autre.

J’ai toujours oscillé dangereusement entre le bonheur et le découragement. Je n’oserais pas dire malheur, parce que j’ai compris avec les années que le malheur n’est pas d’échouer à un examen, de vivre une peine d’amour, de prendre 15 livres ou d’avoir l’impression d’être une mauvaise mère. Non. Le malheur, c’est la maladie, la mort, la guerre, les attentats, un accident grave, la perte d’un enfant et toute autre chose qui laisse littéralement un trou en plein cœur.

Non, ma vie est loin d’être un malheur et si j’ai pu me proclamer malheureuse, c’est parce que je n’avais pas encore assez vécu et regardé réellement ce qui se passe autour de moi pour comprendre.

Mon découragement actuel est ceci : je n’aurai pas le temps de tout faire. Je serai même un peu mélodramatique en affirmant que c’est probablement la chose qui me gruge le plus le cœur en ce moment. Je suis effrayée à l’idée de mourir avec l’impression que je n’ai pas accompli plus de choses sur ma ligne de vie.

J’ai 36 ans, et j’ai peur.

De manquer de temps.

De manquer d’énergie.

De manquer de guts.

De manquer d’ambition.

De manquer des moments importants.

Je commence à me dire que mon métier m’ennuie et que je devrais peut-être envisager un changement de carrière. Mais j’ai peur… à cause de tout ce que je viens d’énumérer.

J’ai peur de ne jamais aller en Californie, parce que c’est mon voyage de rêve et certaines raisons m’empêchent pour l’instant d’y aller en famille, comme je le désire. Je vais peut-être finir par m’y rendre, mais je ne sais pas quand. Et ça me fait peur…

J’ai peur de manquer de patience ou d’imagination pour enfin écrire le roman dont je rêve. Je vois mes auteures préférées enchaîner les livres, les salons et j’espère un jour me faire une petite place dans leur monde. Avant qu’il ne soit trop tard.

Je regarde ma vie défiler année après année et une boule d’angoisse se forme insidieusement dans mon ventre. Je la ressens comme un poids de plus en plus lourd. Elle ne m’empêche pas de fonctionner, mais elle est là.

Me rappelant tous les jours que le temps passe et que ma vie n’est plus ce qui s’en vient, mais bien ce qui se passe maintenant.

Et que j’ai intérêt à me dépêcher.

Me dépêcher de vivre et de réaliser les choses qui m’importent le plus.

Photo de signature pour Jennifer Martin.      

2 réponses sur “La fois où…j’ai réalisé que je n’aurais pas le temps de tout faire”

  1. Je te dirai ceci : Crois en ton talent et fonce!
    Sincèrement, ce texte ferait un prélude fort intéressant pour un roman.
    Chaque fois que je lis un de tes textes, mon intérêt est accroché. Je suis captivée et une fois la fin amorcée, j’en veux plus!

    1. Ahhh c’est vraiment gentil! Ça me touche beaucoup!
      L’idée fait tranquillement son chemin, je compte bien réaliser ce rêve un jour.

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