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Mon post-partum

Donner la vie, cette fierté qui nous envahit. Un petit être qui va te faire sourire et que tu vas aimer pour le reste de tes jours. Ton conjoint et toi le désiriez tant. Vous aviez tellement hâte de lui voir la bette. Vous l’avez imaginé de la tête aux orteils pendant des mois et des mois. Tu as cette joie qui t’envahit, puis soudainement, du jour au lendemain, tu sens une vilaine tristesse envahir ton corps et ta tête. Que se passe-t-il? Pourquoi avoir envie de pleurer quand tu viens de créer l’être le plus parfait du monde? Eh bien, c’est ce que nous appelons un post-partum…

Pendant 9 mois, tu as toute cette attention sur toi et ton beau bedon tout rond. Tous se précipitent pour le toucher et lui parler. On t’appelle à tous les jours pour savoir comment tu vas, prendre de tes nouvelles, on t’invite partout parce que tout ton entourage veulent voir comment ta bédaine a poussé depuis la dernière fois qu’ils t’ont vue. Tu peux dormir et faire ta sieste quand tu en sens le besoin. Tu sens bébé bouger dans ton ventre, ton chum te trouve belle et parle au bébé régulièrement. On t’organise même une petite fête pour souligner son arrivée. Tu files le parfait bonheur! Puis, 9 mois plus tard, tu donnes naissance. Lorsqu’on t’appelle, c’est pour savoir comment le bébé va. On arrive chez toi, sans t’embrasser, sans presque même te regarder, ni même un premier bonjour. On se garoche sur ton p’tit. Ils ont les yeux rivés sur lui et il n’y a soudainement que lui qui est important. Du moins, c’est comme ça que toi tu te sens en-dedans. Une vraie “merde” dans un gros tas de “merde”. Tu es celle qui a porté cet enfant plusieurs mois, qui l’a tenu au chaud. Tu as souffert 36 heures pour lui donner la vie, mais maintenant qu’il est sorti de ton corps et que tu as fait ta job, t’es plus si importante. Alors la nuit, tu te surprends à pleurer avec ton bébé. Tu l’aimes profondément ton bébé, ça tu le sais. Tu ne te verrais plus vivre sans lui. Mais tu souffres par en-dedans. La fatigue, le manque de force pour faire tes tâches ménagères parce que ta cicatrice te fait terriblement mal. On ne te dit plus à quel point la grossesse te fait bien ou que tu es belle parce que là t’es pognée avec une grosse bédaine molasse et un chignon pas peigné, pas de maquillage parce que t’as pas vraiment le temps pour ça et anyway avec tes cernes mauves, tu n’arriverais même pas à avoir l’air en forme même avec 3 pouces de make-up. Sans parler du fait que tu te vides de sang et que t’es pognée à porter des culottes de grand-mère avec tes longues et épaisses serviettes sanitaires… Tsé, tout pour aider à te sentir belle et en confiance avec ton corps… Pas besoin de dire que ta vie sexuelle est inexistante, hein? Bref! Le soir quand ton chum arrive du travail, tu vas t’enfermer quelques minutes dans les toilettes (parce que quelques minutes c’est tout ce que tu as) puis tu pleures encore, mais pas trop fort. Tu ne voudrais surtout pas te faire entendre, car il ne comprendrait pas. Tu en ressors les yeux rougis en prétextant que ce sont tes allergies (en hiver, bin oui) et on te croit. Quand on ose te demander comment tu vas, tu réponds par réflexe que tout va bien et que tu es dont épanouie de ta nouvelle vie de maman, mais ça c’est bien sûr quand on prend le temps de t’écouter vraiment. Au fond de toi, tu aimerais juste aller te mettre en petite boule dans un coin sombre puis pleurer. Pleurer et dormir. Mais non, tu ne peux pas te permettre ça, car tu as le p’tit à consoler, à bercer et à nourrir. Changer les couches. Vider la poubelle à couches. Tu as les biberons à laver et à stériliser. Le lait à préparer. La tonne de bavettes pleine de régurgit à laver pour le lendemain. Le bain à donner à ton bébé qui a passé sa journée à régurgiter. Tu as ta propre douche à prendre parce que tu sens juste le régurgit de bébé. Et avec tout ça, tu essaies de faire du mieux que tu peux pour pas que ta maison ait l’air d’un dépotoir. Je dis bien, tu essaies. Puis une fois que ton chéri dort et que bébé aussi, tu souhaites pouvoir avoir la chance de dormir un petit 3 ou 4 heures avant de recommencer.

Tu le sais que tu ne vas pas bien. Tu le sais, mais tu n’oses pas en parler par peur qu’on te juge. Par peur qu’on te dise que tu n’es pas une bonne mère pour ton enfant, par peur qu’on t’enlève ton bébé ou par peur qu’on te prescrive de la médication que tu ne veux pas, parce que tsé toi t’as pas besoin de ça voyons. Tu vas te relever seule parce que tu es dont forte… mais non, tu ne l’es pas. Tu penses que tu l’es et que tu vas t’en sortir seule et que tout ça va passer d’ici quelques jours. Puis les jours passent et tu ne vas toujours pas bien. Sauf que là, ça commence à paraître dans ton attitude et ton détachement. Quand on te demande maintenant comment tu vas, tu réponds toujours que ça va, mais tes yeux se couvrent de larmes avant de détourner le regard. Puis un beau soir, tu craques! Au moment où ton chum t’arrête en sortant des toilettes parce qu’il a remarqué tes yeux rouges et vitreux, qu’il te demande si ça va vraiment parce qu’en plus de tes yeux remplis d’eau, tu as passé la soirée à ne presque rien dire et au bord des larmes pour aucune raison. Paf! C’est le signal que tu attendais. Enfin, tu te libères et mon doux que ça fait du bien, t’as aucune idée comment. Ton chum qui te prend dans ses bras réconfortants, qui t’écoute te vider le cœur, sans même dire un mot, te regarde pleurer sans même te juger une seconde et qu’en plus il essuie tes larmes. Je crois qu’au fond de lui, il le ressentait depuis quelque temps mais qu’il n’avait jamais osé poser la question. Jusqu’à ce soir-là où nous sommes restés dans le silence quelque temps, puis j’ai été me coucher pour dormir. Il a pris les rênes le temps que je me relève de ma chute, puis déjà après quelques jours, j’ai commencé à me sentir beaucoup mieux. J’ai commencé à dire aux gens autour de moi que ça n’allait pas aussi bien que je le disais, mais que j’allais mieux maintenant. Après plus d’un an, je n’ai plus peur de dire que oui, j’ai vécu un post-partum et que je l’ai trouvé difficile, mais que je me suis bien relevée. Aujourd’hui, quand je croise de nouvelles mamans autour de moi, je leur demande comment elles vont VRAIMENT.

Parler quand ça ne va pas, c’est libérateur. Ça aide à aller de l’avant et il ne faut pas avoir honte de dire comment on se sent. Il y a tellement de ressources de nos jours qui puissent nous venir en aide si on ne se sent pas à l’aise avec notre partenaire ou nos proches, comme les CLSC, par exemple. Ils sont là pour nous aider, pas pour nous nuire. Ils nous le disent quand ils viennent nous rencontrer quelques jours après la naissance de notre bébé. Ils peuvent nous référer. Mais dans mon cas, en parler à mon conjoint qui est également mon confident et mon meilleur ami a été ma source, ma bouée de sauvetage pour me relever et me sentir mieux afin de commencer mon cheminement vers le bonheur. Le vrai! Je ne lui dirai jamais assez merci de m’avoir regardée dans les yeux ce soir-là en me demandant comment j’allais. Nous vivons le parfait bonheur avec notre petit homme et nous sommes même en attente de notre deuxième petit trésor qui se pointera le nez d’ici quelques jours. Cette fois-ci, je serai mieux préparée à mon post-partum s’il revient frapper chez moi.

Catherine AL alix marcoux

Tu as besoin de parler avec quelqu’un, n’hésite pas à communiquer avec les ressources ICI ou auprès de votre CLSC.

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