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Dépression : les souvenirs du passé

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

Depuis ma dépression, j’ai l’impression que je ne réfléchis plus de la même manière. J’ai tendance à retourner très loin dans le passé. Je crois que c’est le fait de parler et de mettre des mots sur ce que je ressens. Au début, parler me faisait faire plus de cauchemars qu’avant. Maintenant, j’en fais encore, mais moins. J’ai des périodes plus difficiles que d’autres et des éléments déclencheurs qui font en sorte que je retourne plusieurs années en arrière, et souvent dans des souvenirs que j’aurais préféré enterrer pour toujours.

Mes souvenirs sont moins flous. J’y accorde plus d’importance, j’essaie de guérir certaines blessures encore ouvertes. Je tente d’aller réconforter ma petite moi de 12 ans, celle de 16 ans, celle de 19 ans et plus encore. J’ai l’impression que la force qui grandit en moi aurait été tant bénéfique dans certains moments de ma vie. Je tente de laisser le passé derrière moi, mais il fait partie de mon présent et fera toujours partie de mon avenir. Mais aujourd’hui, j’ai cessé de me reprocher ces événements. J’ai cessé de me faire du mal avec les souvenirs noirs. Ce n’est pas ma faute. C’est arrivé et c’est tout.

Mes souvenirs sont clairs, j’arrive aujourd’hui à m’y replonger et à mettre le doigt sur certaines situations où je crois clairement que j’étais en crise ou que j’aurais dû aller chercher de l’aide. J’ai même déjà eu la réflexion que j’étais chanceuse d’être encore en vie après autant de souffrance. J’ai tellement voulu mourir toute ma vie, que maintenant que ce monstre est sorti de ma tête, j’apprivoise le bonheur et le fait que la vie est simplement ce qu’elle est et ce qu’elle doit être. Le gigantesque mur que je voyais constamment, chaque jour de ma vie, n’est plus là. Il revient quelques fois me hanter, mais j’ai les outils nécessaires pour qu’ils partent rapidement en fumée.

Je suis fière de regarder le passé avec une certaine distance, ne pas entrer dans les remords et juste prendre le recul nécessaire pour apprendre de tout cela. Personne ne devrait vivre ce genre de choses, mais quand on le vit on peut s’en sortir. On doit réaliser que notre vie nous appartient et que seulement nous avons le pouvoir de guérir, de traverser les épreuves et de trouver le bonheur. Je vis avec la maladie mentale, j’apprends à apprivoiser chaque jour ce trouble qui m’habite, il fait partie de la personne que je suis. Mes souvenirs, mon passé, ce sont des éléments que je ne peux glisser sous le tapis. Je leur fais face et les cicatrices deviennent moins douloureuses avec le temps. Je ne dis pas que tout est devenu rose, mais disons juste que j’apprécie les couleurs après avoir vu du noir pendant tellement longtemps.

Photo de signature pour Karine Caron-Benoit. alix marcoux

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

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