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Dépression : ma relation avec la mort

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

En écrivant ces lignes, je viens d’apprendre qu’une connaissance, une personne que j’adorais côtoyer est décédée. Subitement. J’ai le cœur gros et j’ai la tête remplie de questionnements. Je trouve que la vie est parfois mal faite. D’ailleurs, ma relation avec la mort est particulière. Autant je l’ai sollicitée durant plusieurs années afin de me libérer de mon mal (je l’ai frôlée en tentant de m’enlever la vie), autant je désire aujourd’hui la vivre à cent milles à l’heure. Lorsque la mort s’attaque à des personnes que je connais, je ne peux m’empêcher de partir très loin dans ma tête et d’entrer dans un mood qui dure plusieurs jours. Ce genre de sensation qui fait réaliser que la vie ne tient qu’à un fil et aussi comme la mort est tout sauf cohérente. Personnellement, je la côtoie depuis toujours par le biais de mon père qui est malade depuis mon plus jeune âge. Chaque année, il y a des périodes où je crois que le moment fatidique est arrivé, qu’il va partir pour de bon. En d’autres mots, j’ai passé mon existence à attendre que mon père meure. Oui, c’est absolument horrible. J’ai profité de chaque moment avec lui, juste au cas où. En fait, chaque chose était juste au cas où, cette fois-ci, ça serait vraiment la fin. Avec les années, c’est devenu de plus en plus lourd. Depuis un an, cette pression que j’avais constamment sur mes épaules est disparue. Au lieu d’appréhender ce qui arrivera, j’ai décidé de vivre le présent et de gérer le futur que lorsqu’il se pointera, parce que j’ai réalisé que rien de tout ça ne presse. Je n’ai pas besoin de me préparer à un événement sur lequel je n’ai contrôle. Chaque instant, chaque conversation avec mon père est devenu un cadeau de la vie. Depuis que je suis toute petite, j’ai été habituée aux funérailles. Encore aujourd’hui, c’est l’étape du deuil qui me fait le plus mal. Il y a beaucoup de gens de ma famille qui sont décédés, presque chaque année depuis que j’ai huit ans et ce, jusqu’à mes quatorze ans. Par la suite, ce sont des amis que j’ai perdus. Des gens de mon âge et même plus jeunes que moi. Des morts qu’on ne peut expliquer. Plus récemment, il y a quelques mois seulement, deux personnes que j’ai côtoyées sont parties subitement.

Je n’aime pas la mort. Je n’aime pas concevoir que les personnes disparaissent du jour au lendemain. Qu’un jour, on ne puisse plus leur parler, les serrer dans nos bras, les croiser par hasard quelque part. C’est terminé. Il ne reste que le souvenir d’une vie qui a été interrompue à une date. Est-ce que j’ai peur de mourir? Je ne sais plus. J’ai tellement longtemps voulu mourir qu’aujourd’hui, je veux vivre, respirer, profiter, avancer. Je sais qu’un jour ce sera mon tour, j’en ai conscience. Est-ce que cela me terrifie? Pas vraiment, car c’est la logique des choses. La seule chose qui me fait peur, c’est les gens autour de moi qui vont potentiellement en souffrir. C’est en fait ce qui me blesse le plus, le fait de faire souffrir quelqu’un. Je sais que nous n’avons aucun contrôle là-dessus, mais la souffrance causée par un décès est une des pires jamais ressentie. Cette douleur qui, malgré le temps, reste toujours un peu présente en dedans.

 Audrey photo de signature

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

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