Mon anxiété, son évolution depuis que je suis maman.

Quand j’étais petite, j’étais le genre à vouloir être parfaite dans tout ce que j’entreprenais. Je faisais du vélo à deux roues, mais je voulais aussi montrer que j’étais capable de lâcher les deux mains. Je faisais du dessin, mais je pouvais aussi détailler chaque aspect de celui-ci et créer des dégradés. Je pouvais avoir 70 % mais me taper sur la tête, recopier tous mes mots jusqu’à temps qu’au prochain j’aie 90 %. En devenant adolescente, c’était de plus en plus présent. Je pouvais être malade avec un examen, ne pas dormir de la nuit. Avoir peur de me faire juger, avoir peur de ne pas dire le bon mot, la bonne phrase. Avoir peur de décevoir, avoir peur de ne plus me faire aimer. J’ai même décidé d’être une autre Marie-Pier, changer mes cheveux, me faire percer un peu partout. Accepter de me faire manquer de respect par qui voulait bien me donner un peu d’attention. Mon anxiété me grugeait de l’intérieur, j’avais l’impression de toujours faire face à un nouvel échec. J’avais l’impression que ma personne était destinée à tomber encore et encore, me relever, mais encore avoir l’impression que j’aurais dû faire mieux. J’aurais donné la lune pour comprendre ce qui faisait que j’étais prête à tout donner pour recevoir juste un ok, arrête-toi et respire.

Au cégep, j’ai commencé la technique en travail social. Bonjour les confrontations et l’introspection. Je voulais éviter de passer par cette étape, celle de devoir avouer que j’avais besoin d’aide, que mon anxiété me rendait malade, que j’étais pas capable d’accepter d’être moins bonne, que j’avais absolument besoin d’être parfaite toujours. J’ai rencontré une psychologue l’année suivante. Elle m’a fait comprendre que j’avais de l’anxiété de performance, que c’était très présent dans la société, et que j’allais le travailler. J’ai fait des exercices, sorti mes petits démons, remonté jusqu’à très loin.

Quelques années ont passé, j’allais de mieux en mieux, cela revenait par moment, lorsque j’étais trop stressée, mais j’arrivais de plus en plus à l’identifier et à appliquer mes moyens.

Puis ma fille est née, mon corps a changé, davantage au niveau des hormones. Mon anxiété a remonté en flèche assez rapidement. Au début, je me suis dit que c’était normal, que j’étais dans une période d’adaptation, que c’était nouveau, que j’avais pas de contrôle et que je ne connaissais rien. Puis les mois ont passé, je me suis rendue compte, après deux mois de vie, que je voulais retourner travailler un peu. Je faisais de l’évitement de ma mini, elle venait susciter chez moi des réactions, des frustrations et de l’incompréhension. J’avais peur au moindre pleur qu’elle avait, j’avais peur de ne pas être une maman exemplaire. J’avais peur de ne pas lui donner assez mes bras, assez mon écoute et assez de mon amour, j’avais peur de lui transmettre mon anxiété. Je m’en voulais tellement d’avoir cette anxiété. Elle a grandi, elle a maintenant un an. Elle a tout un caractère. Par moment, je lève le ton. Par moment, je suis dans ma chambre, par terre et en pleurs. Je me dis que j’ai rien compris du Naître et grandir, et que malgré que je sois intervenante, je l’ai pas pantoute. Je lis les articles sur la bienveillance, qu’il faut garder notre calme en tout temps, qu’il faut être le modèle pour notre enfant, qu’il faut écouter son émotion. Je suis d’accord, mais dans la réalité, je suis humaine. Certaines personnes ont la capacité d’être toujours zen (mon chum). Pour ma part, le cerveau roule à dix milles à l’heure chaque seconde. Mon anxiété s’est empirée dans les deux derniers mois. J’avais l’impression d’échouer lorsque j’élevais le ton, j’avais l’impression d’échouer quand j’avais plus de patience, ni d’énergie. J’avais l’impression d’en faire trop. Stage, école, travail, maman, maison et le chien et mon chum. Essayer de voir mes amis, ma famille, trouver du temps pour être une bonne blonde et une bonne mère. Je n’y arrivais plus. Je regardais autour de moi et je voyais juste des mamans heureuses, bien et souriantes. Je l’aime autant ma petite, elle me rend heureuse, rien à voir avec le fait que je fais de l’anxiété. Je ne la regrette aucunement. On dirait que je n’avais jamais entendu une autre mère me dire qu’elle était elle aussi épuisée. On dirait que ce n’est pas permis de dire cela quand on est maman, sinon c’est comme mal vu.

Un jour, je me suis assise par terre, j’ai eu le cœur qui a serré très fort, j’ai eu l’impression de mourir. Crise de panique.

J’ai pleuré à en trembler, j’ai appelé ma mère.

J’ai dis maman, ça va vraiment pas, et j’ai pleuré. Elle a écouté et m’a dit que ça allait aller, que je faisais de mon mieux et que j’étais une bonne mère pour ma fille.

J’ai appelé mon père, il m’a écoutée, il m’a dit qu’il s’inquiétait pour moi, qu’il me voyait aller, qu’il fallait que je me repose et que je m’occupe de moi.

J’ai donc recommencé à voir la psychologue, j’ai vu un médecin également. Je suis en processus de guérison. L’anxiété, ça peut paralyser, ça peut nous empêcher d’aller à un endroit, car la peur est trop grande. J’avais peur de tout, j’étais fragilisée, j’avais peur de perdre mon chum, perdre ma fille. J’avais peur.

C’est pas écrit dans ma face HELP, mais quand quelqu’un vous parle d’anxiété, c’est pas facile, on sait pas toujours quoi dire. Selon moi, écouter, prendre dans les bras la personne souffrante. Quand quelqu’un se blesse, cassure du bras, on se mobilise, on lui fait une soupe, on ouvre la porte. Même chose ici : prenez le temps. Dire ça va aller, dans mon temps l’anxiété n’existait pas, voyons tu te prends trop la tête, tu réfléchis trop (je suis au courant). On essaie un jour après l’autre. Pour ma part, je suis bien entourée, j’ai un chum en or qui comprend pas toujours, mais qui m’appuie, j’ai des amies et une famille qui me supportent. Take care mes beautés, et pour le temps des fêtes, je me souhaite de juste relaxer, un jour à la fois, un grand respire pour toi.

Photo par : Audrey Carle

Marie-Pier Carle alix marcoux

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

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