Au revoir

Au revoir, mon sauveur

Cette nuit, j’ai fait un rêve. Il était si réel que je pouvais presque sentir ton odeur. Cette odeur qui m’inspirait la sécurité depuis ma plus tendre enfance. Nous étions assis à la table et prenions un verre de vin en placotant et grignotant plein de bonnes choses. Soudainement, je me suis réveillée. Le sentiment de joie qui m’habitait s’est rapidement transformé en tristesse, car j’ai réalisé que ce moment que je venais de passer avec toi n’était qu’illusion. Déjà plus de deux ans que tu nous as quittés. Aucune journée ne passe sans que je ne pense à toi.

Tu étais si important et précieux à mes yeux.

Toi, mon grand-père, mon sauveur, ma figure paternelle.

Lorsque la faucheuse m’a pris mon père, tu as su être présent pour moi, me consoler et me chérir. Je n’aurais pu espérer un meilleur père. Je me souviens que vers l’âge de huit ans, nous pouvions inviter un de nos parents à venir parler de son travail en classe. Sans hésitation, tu as accepté l’invitation. J’étais si fière de te présenter à tous mes camarades. Nous avions une relation unique et un lien hors du commun. Tu me comblais d’amour et de petites attentions, tu m’as même offert une carte de Saint-Valentin jusqu’à mon adolescence. D’ailleurs, c’est à cette période de ma vie que ta santé a commencé à se fragiliser. À la suite de graves ennuis cardiaques, tu as dû être opéré à cœur ouvert pour recevoir des pontages coronariens. Une intervention non sans risques et douleurs. J’avais tellement peur de te perdre. Tu m’as fait la promesse de te battre et de continuer à veiller sur moi. Égoïstement, je ne pensais qu’à une seule chose : t’avoir à mes côtés le plus longtemps possible. L’homme de parole en toi avait dit vrai, tu as gagné une quinzaine d’années avec cette intervention. Je me suis créé ma propre vie, conjoint, enfants, travail, mais tes conseils m’ont toujours accompagnés.

Quand je me suis séparée de mon conjoint des quinze dernières années, tu as été d’un soutien de toutes sortes, hors du commun. Tu m’as soutenue et accompagnée sans jugement ni amertume. Quelle chance j’ai eu d’être encore sauvée par toi! Tu n’as sûrement aucune idée à quel point tu m’as aidée émotivement à passer au travers de cette dure épreuve. Encore une fois, ta grandeur d’âme avait parlé. Mes deux enfants ont aussi eu cette chance unique de créer un lien indestructible avec toi.

Il y a trois ans, ta santé s’est mise à vraiment dégringoler à toute vitesse. Je ne voulais pas voir la réalité en face mais tes jours étaient comptés. Un soir, le 23 décembre 2016 plus précisément, j’ai reçu un appel déchirant de maman qui me disait que tu venais de nous quitter.

À ce moment précis, ma vie s’est arrêtée, aucun mot ne peut décrire la douleur que j’ai ressentie.

Je venais de perdre le premier homme de ma vie. Je n’ai pas eu la chance de te dire au revoir une dernière fois, de te serrer contre moi, de te dire merci pour tout.

La vie est injuste, j’aurais tant voulu être à tes côtés à ce moment-là, t’accompagner lors de ton départ pour ce grand et ultime voyage, toi, mon sauveur depuis toujours. Je sais que ce fut une délivrance pour toi qui souffrais tant depuis longtemps, mais je te voulais encore auprès de moi. J’ai passé par beaucoup d’étapes : la tristesse infinie, la colère, le déni, puis la grande étape si importante, la résilience. Je crois avoir perçu beaucoup de signes de ta présence, des odeurs, des bruits, des lumières qui clignotent. Trois mois après ton départ, j’ai appris qu’un petit bébé se faisait un nid au creux de mon ventre. Une belle petite fille en parfaite santé s’est fait une place au sein de notre famille. Tu ne l’auras jamais vue, contrairement à mes deux autres enfants que tu chérissais énormément. J’aime croire que tu m’as envoyé ce superbe cadeau de départ.

Elle est formidable, tu l’aurais adorée.

Curieuse, allumée, cajoleuse, sensible. Elle est tout aussi extraordinaire que sa grande sœur et son grand frère. J’aurais tant voulu te la présenter, que tu la prennes dans tes bras, toi qui aimais tant les petits bébés. D’ailleurs, mes deux grands amours s’ennuient beaucoup de ta présence, ils t’ont fait un coin photo et on parle beaucoup de toi. La semaine dernière, un monarque est venu se poser sur mon épaule et a passé ensuite la journée sur la rampe du balcon. Puis le lendemain, un papillon identique a accompagné ma grande ado lors d’une promenade à vélo. Était-ce toi?

Mon fils dit qu’il te voit en rêve. Lui rends-tu visite de cette façon?

Si un génie m’offrait de réaliser un seul rêve, je sais tout de suite lequel ce serait : un dernier moment avec toi, un bon verre de vin, une couronne de crevettes et de bons fromages, comme on aimait le faire ensemble, à se raconter nos hauts et nos bas du moment. Pour te prendre dans mes bras et surtout te remercier pour l’homme que tu as été pour moi.

Tu représentes la perfection comme père à mes yeux.

Quelle chance j’ai eu dans la vie et c’est en grande partie grâce à toi. Tu m’as inculqué de superbes valeurs et donné de profonds conseils, mais surtout de l’amour à profusion. J’espère qu’on se reverra de l’autre côté, mais le plus tard possible, car je croque dans la vie à pleines dents et j’ai plein de beaux projets à réaliser et vivre encore. Je dois à mon tour transmettre ses superbes valeurs et conseils à trois humains formidables.

Je t’aime d’un amour infini, mon papi d’amour.

Mélanie Charbonneau
Jeneviève Brassard

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