Éco-anxiété

Comment je gère mon éco-anxiété

Depuis que je suis maman, j’ai une petite tendance anxieuse que je n’avais pas avant. Une sorte de peur latente, présente en arrière-plan de mes pensées. En général, elle ne me handicape pas. Mais il arrive qu’elle revienne en force et prenne beaucoup de place. Il arrive aussi qu’elle se présente sous différentes facettes. Ce qui suit explique une de celles-ci.

Dans la dernière année, j’ai découvert un mot que je ne connaissais pas auparavant, l’éco-anxiété. C’était une petite révélation. J’ai tout de suite su que c’est ce qui m’habitait par intermittence. Éco-anxiété : Ou solastalgie, forme de détresse existentielle causée par les changements climatiques. Le mot solastalgie est un néologisme inventé en 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht, avec un premier article publié sur ce sujet en 2005. C’est une combinaison du mot latin sōlācium (consolation) et de la racine grecque -algia (douleur). Source

Pour moi, cette forme d’anxiété se vit par une peur de ce qui restera de la planète pour mes enfants lorsqu’elles seront rendues adultes. Quel genre de société existera dans 50 ans? De quoi auront l’air les tempêtes? Quelles seront les conséquences des crues des eaux pour les insulaires? Quelle quantité de réfugiés climatiques? De quoi aura l’air la politique? Dans quel état sera notre planète? Les animaux? La végétation? Les glaciers? Est-ce que les humains auront enfin compris leurs rôles et responsabilités? Question d’éviter l’extinction de masse… Alors, vous voyez que lorsque je tombe dans ce cycle, ce n’est ni très beau, ni très joyeux.

Le problème de l’éco-anxiété, c’est que partout, on trouve des «preuves» que l’on devrait s’en faire. Toutes les nouvelles, que ce soit par presse écrite, à la télé ou sur les réseaux sociaux, nous préviennent de catastrophes écologiques, de responsabilité humaine pour la dégradation de l’environnement, de la disparition de centaines d’espèces animales et végétales… Dans mon cas, ça rend le tout plus difficile de faire semblant que ça n’existe pas (n’en déplaise aux climato-sceptiques). Je me permet de mettre des guillemets à preuves, puisque l’anxiété a ce pouvoir pernicieux de déformer certaines informations en les rendant «vraies», alors qu’elles ne sont pas toujours prouvées. Par contre, les scientifiques sont unanimes, le réchauffement de la planète existe, et les humains en sont responsables. C’est ce qui est le plus difficile avec cette forme d’anxiété : arriver à vivre sainement en sachant que l’humain est fautif, que si nous ne changeons pas nos habitudes de consommation, si les politiques ne sont pas plus radicales, nous nous en allons droit vers un mur.

Alors, comment je fais pour ne pas être angoissée tout le temps? Comment arriver à vivre sereinement à travers tout ça?

Je dirais que ça commence par soi. En prenant soin de moi d’abord. Gérer le côté anxieux. En ayant des bonnes habitudes de vie : dormir (en se couchant à une heure raisonnable pour l’heure du lever), manger sainement, aller marcher, être dehors, jouer avec mes enfants, lâcher mon ordinateur ou mon téléphone, etc. Et si c’est nécessaire, aller consulter un.e psychologue, en parler à son médecin, voire si une médication peut aider.

Ensuite, gérer le côté environnemental, savoir ce sur quoi on a une emprise. Je n’ai aucune influence directe sur ce qui se passe au niveau politique aux États-Unis. Mais je peux faire des achats locaux, qui auront un impact sur l’environnement, puisque moins polluant (moins de distance) et éventuellement politique, puisque je ne donnerai pas mon argent là-bas. Personnellement, je tends vers le zéro-déchet, je préconise la réduction à la source, plus encore que le recyclage. J’achète mes vêtements et ceux de mes enfants usagers dans la mesure du possible. Nos meubles sont des antiquités ou des choses que les gens ne voulaient plus mais qui sont encore belles. J’essaye de réparer avant d’acheter à nouveau. Mon chum fait pousser un jardin, ce qui nous permet de manger quelques légumes de saison. Je fais mes produits ménagers, nous avons réduit notre consommation de viande. Je signe des pétitions, je vais à quelques manifestations, je regarde des films inspirants.

Ça peut sembler bizarre, mais j’ai aussi décidé de faire un ménage des pages aimées sur Facebook. J’étais rendue envahie de nouvelles, surtout de mauvaises. Donc à force de revoir les mêmes informations en boucle sur les différentes pages, mon mur débordait de tristesse, de catastrophes. Sans jouer l’autruche, je m’informe maintenant plutôt de pages positives. Je regarde les belles initiatives, les mouvements de masse, ce que l’humain a de plus beau à offrir. De cette façon, je nourris l’espoir. Et l’espoir, c’est ce qui me permet de garder l’équilibre, de garder la tête hors de l’eau, de me rappeler que notre monde est plein de nuances.

J’espère que vous trouverez aussi quelques trucs pour mieux respirer, d’arriver à faire le funambule, entre raison et angoisse, entre connaissance qui paralyse et ne pas voir l’évidence. Je nous souhaite du beau, de bonnes nouvelles, des initiatives mondiales, du collectif, un consensus sur l’urgence d’agir. Je nous souhaite des politiques conscientes et des politiciennes capables d’agir.

Catherine Duguay


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