Toi, mon anxiété

Je te hais petite bête noire qui vient hanter mes pensées et mon bien-être bien plus souventqu’autrement. Tu arrives sans avertir pour détruire ma petite vie paisible.

Toi, qui fais partie de ma vie depuis toujours ou presque.

Tu as changé ton apparence et ta façon de me traquer au fil des années. Quand j’étais petite, je réussissais à te nommer en te donnant le nom de peinedans mon cœur. Mon père étant décédé lorsque je n’avais que deux ans et demi, la crainte deperdre aussi ma mère était omniprésente. Sans vraiment nommer la chose, j’avais si peurqu’elle disparaisse à son tour, qu’elle m’abandonne. Toutes les nuits, j’allais la rejoindre pour me blottir contre elle. La nuit est tout simplement l’enfer pour une personne anxieuse, surtout une petite fille.

Rendue à l’adolescence, cette anxiété s’est transformée en angoisse de performance à tous les niveaux, dans mes résultats scolaires, dans mon apparence physique. Je voulais plaire à tout prix, que ce soit auprès de ma famille, mes amies, mes enseignants ou des garçons. Je ne me trouvais jamais assez bonne, assez gentille et assez belle. Les crises d’angoisse faisaient partie de mon quotidien et ce, parfois plusieurs fois par jour.

Un examen était un véritable cauchemar pour moi, un exposé oral était ma mort. Vomissements, migraines, mains moites, cœur qui bat la chamade, les symptômes physiques étaient si nombreux que je ne saurais tous les énumérer. Au début de l’âge adulte, elle est revenue de façon un peu plus légère mais lorsque je suis tombée enceinte de ma fille ainée, elle m’a empoisonné la vie plus qu’elle ne l’avait jamais fait.

À quatre mois de grossesse, j’ai fait un décollement placentaire, ce qui aurait pu causer la perte de ma petite fille. J’ai dû être alitée pour deux mois complets. On m’avait alors mentionné que les chances de mener ma grossesse à terme étaient assez minces, que je ne devais pas bouger le petit doigt. Chaque seconde de cette grossesse m’a causé de l’angoisse. Je vivais avec l’idée de perdre mon petit bébé à tous moments.  J’ai écouté les recommandations, espéré mais surtout stressé pendant deux longs mois. Par chance, ma belle grande fille aura 14 ans le mois prochain et elle est en pleine santé. Par la suite, la peur de la mort subite du nourrisson a hanté toute la première année de vie de ma petite poulette. Vers ses deux ans, nous avons décidé de lui faire  un petit frère ou une petite sœur, les fausses couches se sont accumulées une à une. La perte de chacun de ces petits bébés a entrainé de l’anxiété généralisée, la peine et l’angoisse de ne jamais reporter la vie, mais aussi la tristesse d’avoir perdu trois petits êtres qui avaient débuté leur vie au creux de mon ventre.

Puis à un moment où je ne m’y attendais pas du tout, mon petit Jeremy a fait son apparition. Chaque moment de cette grossesse fut d’un stress épouvantable. J’ai finalement eu mon petit bonhomme trois semaines d’avance et il était en parfaite santé. Cette petite bête qu’est mon anxiété n’est pas restée cachée bien longtemps, la peur de perdre mes enfants avec des scénarios de fou se mettait en branle sans m’avertir. Le mot qui me causait (et qui me cause encore autant d’angoisse) : MORT. La peur que l’un d’eux me quitte ou encore que moi je les quitte, que je tombe malade ou qu’un accident m’arrive. C’est surement relié à la propre mort de mon père. Ce mot m’a toujours terrifiée.

Quelques années ont passé, mon couple battait de l’aile, il a fallu nous rendre à l’évidence, la séparation était fort probablement la meilleure solution. J’ai passé des nuits entières à remuer le passé, le présent. À me sentir trahie, abandonnée, à me juger et surtout à tellement m’en vouloir de faire vivre cette dure épreuve à mes deux enfants. J’avais tellement espéré fonder une famille heureuse et unie. Avec le temps, la douleur s’est effacée et j’ai réalisé que mes enfants vivaient la situation relativement bien. Les nuits, seule je me sentais étouffer, l’angoisse me prenait avec une force de guerrière. Le jour, je tentais d’être forte devant mes deux amours, de ne rien laisser paraitre à mes collègues ou à ma famille. J’ai rencontré un homme avec qui j’avais plusieurs affinités. Cela m’apaisait un peu et me redonnait confiance en moi, intérieurement j’avais tout de même peur d’être à nouveau trahie, trompée, d’avoir mal et surtout de faire du mal à mes enfants. Ce fut une grande adaptation mais pour le mieux, je crois.

Tout ce qui suit dans ma vie m’a aussi causé de l’angoisse et de l’anxiété mais un peu moins intensément. Une petite fille s’est ajoutée à notre cocon familial. Oui, j’ai vécu l’angoisse de cette grossesse, mais de façon un peu plus légère. J’ai accepté l’idée d’être médicamentée pour m’aider à passer des bons moments dans la vie. Cette médication ne règle pas tout et chaque stress de la vie quotidienne peut me causer une crise d’angoisse alors imaginez-vous des gros chocs de la vie, comme un décès, une perte d’emploi, un déménagement.

Je passe encore bien des nuits à remuer mes pensées, mon petit hamster tourne sans cesse. J’ai compris et accepté mon état. Pour certains c’est le diabète, d’autres la glande thyroïde eh bien moi, c’est mon cerveau qui a besoin d’un petit coup de pouce dans la vie. La méditation n’enlèvera jamais la totalité de mon anxiété mais elle apaise un peu la douleur de ce mal-être sinon constant.

Même si ma vie est quasi parfaite, je suis une personne anxieuse et je le resterai, cela fait partie de mon quotidien, j’apprivoise jour après jour cet état d’esprit mais je la hais toujours autant lorsqu’elle refait surface et je ne la souhaite pas à mon pire ennemi.

Mélanie Charbonneau
Sophia Bédard

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