Dépression : La médication

dépression la médication

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

J’avais déjà pris des antidépresseurs dans le passé. J’avais l’impression que ça ne m’aidait pas, alors j’arrêtais de les prendre. L’automne avant ma dépression, mon médecin a insisté pour que je recommence à les prendre, et ce, de manière définitive. Selon lui, tous mes symptômes étaient reliés et ce médicament m’aiderait. En plus de ce médicament, j’avais commencé à prendre quelque chose pour mon estomac. J’ai dû faire un séjour à l’urgence suite à de gros reflux gastriques qui avaient tous les symptômes d’une crise cardiaque, la peur que j’ai eue ! Bref. Je trouvais déjà que c’était beaucoup pour moi deux médicaments, tous deux reliés à l’immense stress que je vivais, mais encore à ce moment, je n’écoutais pas les signes très clairs que j’étais épuisée et que je devais m’arrêter pour me soigner.

Quand je suis tombée en arrêt de travail et que j’ai vécu l’hospitalisation et tout le reste dont je vous ai parlé dans mes précédents textes, on n’a pas changé ma médication sur le coup. Ma psychiatre voulait voir mon cheminement avant. Je suis retournée à l’urgence un soir où j’ai menacé mon chum de me tuer. Ça faisait 2 mois que j’étais en arrêt de travail et j’avais encore plus mal, mon état se détériorait. Je savais que ce ne serait pas immédiat, mais je savais aussi que j’allais vraiment mal et que j’en avais marre de souffrir autant. J’avais besoin qu’on m’enlève ce poids de douleur que je ressentais sans arrêt dans ma poitrine. C’est là qu’on m’a prescrit un stabilisateur d’humeur, un médicament qui est quand même fort. On m’a avisé des effets secondaires, mais je m’en foutais, je voulais vivre, aller mieux.

Ce n’est pas tout le monde qui a besoin de médication pour aller mieux. Pour moi, vivre une dépression en plus d’apprendre à vivre avec un trouble qu’on m’a diagnostiqué au même moment, c’était beaucoup. Avec la thérapie, la méditation, la lecture et tout le reste, j’ai appris à m’écouter plus, à avoir envie d’aller mieux. Je ne dis pas que sans mes médicaments je ne serais pas capable, mais pour l’instant ça m’aide à me construire une routine, à comprendre mon corps, ma tête et à vivre sans souffrance. Cette souffrance qui a détruit des années de ma vie, je ne la ressens presque plus et j’ai l’impression de renaître, d’avoir une chance de reprendre ma vie en main. J’ai trop longtemps pensé que je ne valais rien, que je ne servais à rien, que je méritais tout le mal que j’ai vécu. Aujourd’hui, j’apprends à m’aimer, à avoir confiance en moi et à accepter les épreuves du passé en me déculpabilisant, parce que non, je ne méritais pas cette violence.

Avec la thérapie et la médication, j’ai arrêté de me mutiler, j’ai cessé d’avoir des idées suicidaires et des cauchemars. Dans ma tête, les images de toutes les manières que je pouvais atténuer mes souffrances ont disparu. J’ai encore du travail à faire sur mon estime de moi ainsi que sur ma routine de vie, mais je vais bien et c’est vraiment le plus important pour moi. J’ai enfin la sensation que je peux avancer sans boulet autour du pied. Je serai comme je suis toute ma vie, mais avec un poids immense en moins sur les épaules.

Je ne fais pas la promotion de la médication. Mais je crois sincèrement que celle-ci est utile à beaucoup de gens, moi inclus. J’ai essayé plusieurs choses naturelles, mais sans que ça fonctionne. Je n’ai pas honte de dire que j’ai une béquille qui m’aide à avancer, cette béquille m’aide et je n’ai pas honte de dire qu’elle m’a sauvé la vie.

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

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Dépression : les relations

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

Quand on vit une épreuve telle que la dépression, ce n’est pas juste nous qui souffrons, malheureusement, nos proches aussi. Mon mal-être m’a amené à vouloir mourir, à tenter de mourir. J’ai survécu. Je croyais au plus profond de moi-même que les gens autour de moi seraient mieux sans moi. À force de me faire du mal, je leur en ai fait aussi. Les yeux de mon ex-chum (nous ne sommes plus ensemble), je ne les oublierai jamais. C’était de l’amour mélangé avec de la peur, ma mère avait les mêmes. Je me suis rendu compte que les relations que j’entretenais avec les autres souffraient en même temps que moi et que j’inquiétais les gens.

Quand j’ai été hospitalisée, que j’ai eu mon diagnostic et que j’ai débuté la médication et la thérapie, je l’ai senti le soulagement. Pas uniquement le mien, mais également celui de mes proches. Mais quand on est soudainement aussi vulnérable que je l’ai été, très vite les conflits surviennent. J’avais l’impression d’être une enfant qu’on surveille pour ne pas qu’elle fasse de bêtises. Je savais que ce n’était pas pour mal faire, mais un simple comportement ou une parole bizarre et j’avais droit aux milles questions : Ça va ? Es-tu sûre ? J’inquiétais tout le monde et j’avoue que ça ajoutait beaucoup à ma colère que j’avais déjà du mal à contrôler.

Pendant mon arrêt de travail, je sortais à peine de chez moi, je trouvais le temps long et chaque journée était une incertitude. Apprendre à vivre avec mes émotions, c’est un travail immense que je fais encore aujourd’hui. Étant en couple, mon travail sur moi a eu d’immenses répercussions sur mon chum. Cela faisait déjà plus d’une année qu’il me voyait dépérir sans savoir quoi faire ni quoi dire. Mes crises étaient insupportables et elles n’ont pas disparu du jour au lendemain. Il a été patient, adorable même. Mon trouble a brisé beaucoup de choses, il prenait trop de place dans mon couple. Aujourd’hui, nous ne sommes plus ensemble, pas par manque d’amour, ça non, mais il devait penser à lui, prendre soin de lui comme moi-même j’apprends à prendre soin de moi. La rupture est encore douloureuse, je m’ennuie de lui. Il m’a accompagnée dans l’épreuve la plus difficile de toute ma vie, pour ça je l’aimerai pour toujours.

Avec ma famille et mes ami.es, ce n’est pas toujours évident. Des fois, on ne comprend pas mes réactions, mes émotions, mes mots. Je me trouve chanceuse d’avoir des gens autour de moi qui comprennent que des fois, c’est pas de ma faute et qui m’acceptent comme je suis, parce que oui, c’est ce que je suis. J’apprends à travailler sur moi, à apprivoiser cette bête qui m’habite, mais je ne peux pas la détruire, elle fait partie de moi et je dois simplement l’apprivoiser pour la contrôler.

Les relations avec les autres, j’apprends à les entretenir, chose que je n’ai pas toujours su faire, mais on m’a dit que ça s’apprend et je compte bien apprendre. J’ai beaucoup d’amour autour de moi et je n’ai pas l’intention de m’écrouler de nouveau. Je ne veux plus faire de mal autour de moi, juste du bien. Une dépression, ça fait des dégâts, mais j’aime dire que ça crée aussi du beau et c’est à ça que j’ai envie de m’accrocher. Les relations que j’ai aujourd’hui sont plus fortes que jamais et les personnes qui étaient là et qui le sont encore je les aime et pour eux je vais toujours me battre.

 

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

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Dépression : Le jugement 

dépression le jugement

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

Quand on dit à quelqu’un qu’on est en arrêt maladie, on se fait demander : « ah oui? Qu’est-ce que tu as? ». La personne te scrute pour voir c’est quoi la cause. Au moment de répondre : « Je suis en dépression », tu vois déjà le jugement traverser les yeux de cette même personne. Je ne veux pas généraliser, ce n’est pas tout le monde qui est comme ça. Ici je parle des personnes qui entrent dans la catégorie : Je-ne-comprends-pas-ce-que-je-ne-vois-pas ». Et malheureusement, il y en a trop. À cause de ces personnes, trop de gens s’isolent, ce qui est la pire chose à faire lorsqu’on souffre. Chaque bonne journée est importante. Je me souviens d’une journée où je me suis levée de bonne humeur, j’étais bien, je me sentais belle. Je me suis habillée, maquillée un peu avant d’aller prendre une petite marche pour aller me chercher un café. Chose que je faisais de temps en temps, bouger fait partie de la thérapie et de la routine qu’on tente de se créer. Ce matin-là, j’ai décidé de me rendre à un café encore plus loin qu’à l’habitude et je l’ai pris sur place. J’étais assise à une table, avec mon café et mon livre. Une connaissance est entrée et on s’est parlé. Elle m’a demandé : « Tu es en vacance?’ ». Je lui ai répondu que non, que j’étais actuellement en arrêt maladie et au fil de la conversation je lui ai confié être en arrêt pour une dépression. C’est là que j’ai vu son regard. Un regard que je déplore, un regard qui ne devrait plus exister en 2018. Elle m’a répondu une phrase que je n’oublierai jamais : « Ah oui? Ça paraît pas, tu as l’air en forme! » Une phrase qui ne devrait également pas exister, tu ne dis pas ça à une personne qui vient de te confier qu’elle vit une des épreuves les plus difficiles de sa vie. Je ne savais pas quoi lui répondre, j’avais juste envie que la conversation termine le plus vite possible. Elle a ensuite enchainé en parlant de sa tante qui elle aussi a vécu une grosse dépression, qu’elle était toujours au lit, etc. Pourquoi compares-tu les gens comme ça? J’avais l’impression d’être un imposteur à ses yeux.

Cette journée qui avait si bien débuté s’est noircit avec cette rencontre. J’ai eu du mal à marcher jusqu’à chez moi, quand je suis arrivée, je me suis écroulée, j’ai pleuré et je me jugeais moi-même. Aujourd’hui je me rends compte que j’aurais pu lui répondre, la sensibiliser. La dépression on ne la voit pas, c’est vrai, mais la souffrance existe. Ce n’est pas parce que la personne souri et sort de chez elle, qu’elle va bien. Elle va mieux à chaque instant où elle ne souffre pas et c’est long.

Je suis restée discrète un moment, malgré ce que les médecins me disaient : de sortir, de faire des choses que j’aime et qui me font du bien. J’avais peur de me faire juger une fois de plus. Après un temps, j’ai pris sur moi et j’ai décidé d’ignorer les autres et de mettre ma guérison en priorité, c’est moi qui suis importante. Après mon retour au travail, j’ai su que certains portaient des commentaires tel que : « elle n’a pas l’air malade ». Ça m’a fait mal parce qu’encore aujourd’hui, je suis fragile, plus forte que jamais, mais encore fragile. Une dépression, ça ne se guérit jamais en entier, il reste des traces et retomber peut survenir n’importe quand. J’apprends encore à faire fi des commentaires, mais le jugement est une chose qui est difficile à ignorer. L’humain est comme ça.

Avant de prononcer un mot ou lancer un regard, pensez à l’humain devant vous et dites-vous que derrière son sourire se cache un courage immense, celui d’être devant vous, de sourire et de prendre le dessus sur sa souffrance qu’il combat chaque seconde.

 Folie Sofia logo reviseure

 

 

 

 

 

 

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Dépression : L’accès à l’aide psychologique 

dépression, l'accès à l'aide psychologique

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

Une dépression, c’est beaucoup de changements dans une vie. Avoir accès à de l’aide psychologique, ça ne se fait pas en claquant des doigts. C’est difficile. Dans mon cas, puisque je suis passée à l’urgence et que j’ai eu des séjours en psychiatrie et en centre de crise qui m’ont aidée avec les formulaires, j’ai rapidement eu mon évaluation dans un CLSC, 4 semaines plus tard. Déjà là, c’était long, mais on m’a dit que non. Durant les 4 premières semaines où j’étais chez moi, je broyais du noir. Je n’avais pas assez d’outils pour me sentir en sécurité avec moi-même, mais j’étais tout de même chez moi. Dès que mon chum quittait la maison, il m’envoyait des messages textes régulièrement pour prendre de mes nouvelles. J’avais aussi un numéro de téléphone d’urgence qui était un moyen pour moi de parler de comment je me sentais sans que ce soit toujours mon chum qui écope de mes mal-être.

Arrivée au CLSC pour mon évaluation, la travailleuse sociale m’explique qu’elle doit me faire remplir des formulaires et que je dois répondre à un questionnaire. Une fois de plus, je dois tout raconter, durant plus d’une heure, même si c’est déjà écrit sur 2 papiers. C’est la procédure. Par la suite, elle me mentionne que mon dossier sera acheminé à un autre service qui déterminera ma cote de priorité. Dans ma tête, je me suis dit : « Je veux juste mourir, y’a rien d’urgent là ! » Mon médecin de famille, étant généraliste, ne pouvait rien faire pour moi. Il me répétait qu’il attendrait les recommandations d’un psychiatre dès que j’en aurais un. Il signait mes papiers et c’était tout. J’avoue avoir pleuré énormément. L’incompréhension est immense, surtout quand tu es sans cesse lancé d’un bord et de l’autre du système de santé. J’ai tellement entendu la phrase : « Il y a des listes d’attentes, on a trop de demandes. » J’avais l’impression de m’enfoncer encore plus, je me faisais du mal physiquement pour compenser ce qui me faisait mal en dedans.

Puis, deux semaines plus tard, j’ai rencontré mon psychologue, celui qui me suit encore aujourd’hui et avec qui j’ai vraiment l’impression de progresser. J’ai vu beaucoup de psychologues dans ma vie et j’ai toujours eu l’impression que ça ne servait à rien, mais avec lui, c’est tout le contraire. Au début, j’avais un rendez-vous chaque semaine, il m’écoutait et m’aidait à apprivoiser la grosse bête qui était à l’intérieur de moi. Il est encore là et chaque rendez-vous est bénéfique.

La semaine suivant ma première séance de thérapie, j’ai eu l’appel d’une psychiatre : j’avais un rendez-vous d’évaluation, un autre. Ce rendez-vous consistait à confirmer le diagnostic. Durant plus d’une heure, j’ai recommencé à tout raconter mon histoire qui englobait maintenant presque 2 mois depuis mon hospitalisation. Mais cette fois-ci, on est allé très loin dans mon enfance, elle a creusé où elle sentait que c’était nécessaire. Mon dossier a été transmis et la semaine suivante, je rencontrais ma psychiatre, celle qui me suit depuis ce jour-là. Je suis prise en charge, ma médication est surveillée et j’ai beaucoup d’outils. C’est un travail à temps plein, mais j’ai des gens professionnels qui m’aident.

Je ne comprends pas pourquoi l’aide psychologique est si difficile à obtenir. Toutes les étapes à franchir pour simplement voir un psychologue et dire : « Ça va pas. » Il y a heureusement de nombreuses lignes d’écoute et des organismes d’aide qui peuvent être le premier recours. Ne perdez pas espoir, le chemin est long, mais l’arrivée en vaut la peine.

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

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DÉPRESSION : Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux, quand tu es en arrêt de travail, ce n’est pas évident. Cela peut sembler anodin, mais ce ne l’est pas. En plus des jugements de gens qui associent sourire à guérison ou autre, il y a aussi le volet employeur, collègues, assurances, etc. Tu as peur qu’un simple statut, commentaire, changement de photo de profil ou toute autre chose te nuise. Pourtant, les médecins me disaient : fais des choses que tu aimes, des choses du quotidien. Pour moi, les réseaux sociaux c’est quelque chose que j’aime, sinon, je ne serais pas blogueuse. Mais chaque fois qu’un de mes textes sortait, je paniquais. Pourtant, faire des choses qui me font du bien fait partie de la guérison. Mon psychologue me disait de m’écouter avant tout, de faire ce que j’aimais pour m’aider à retrouver une routine et m’aider dans mon cheminement, une chose à la fois. Le blogue, je n’étais pas obligé de l’alimenter par mes textes. Les filles étaient super ouvertes et m’ont dit dès le départ de prendre le temps qu’il fallait et de penser à moi avant tout. Cependant, je l’ai fait parce que cela me faisait du bien, c’était la seule chose que je faisais qui me donnait l’impression d’être « normale ». Un mot que je déteste, mais qui m’est impossible de ne pas utiliser parce que, oui, j’avais l’impression d’être anormale aux yeux de tout le monde.

J’avais l’impression d’être scrutée à la loupe. Me faire dire, tu ne devrais pas publier ce selfie, publier ce statut, etc. Voyons ! Je devais me censurer uniquement parce que j’étais malade. Pourquoi une personne ayant une jambe cassée peut publier des photos de son plâtre et de ses progrès, mais pas moi ? Si j’étais fière une journée parce que j’avais réussi à aller faire toutes mes commissions d’un coup, pourquoi ne pouvais-je pas le partager ? J’avais des bonnes et des mauvaises journées, mais j’avais envie de montrer les bonnes, de montrer que d’être en dépression ce n’est pas uniquement d’être dans son lit et de ne rien faire ou de se promener d’un rendez-vous médical à un autre. Chaque bonne journée cachait des heures incroyables de sommeil pour me remettre de celle-ci, mais juste la fierté d’avoir été au parc avec mon beau-fils, c’était incroyable.

Se cacher. Ne plus exister. Vivre dans le secret. Je me sentais obligée de rester dans l’ombre. Juste cela m’a beaucoup atteint. J’ai dû faire attention à tout même si pour moi, tout ce que je faisais était dans le but d’aller mieux à temps plein et non une journée sur deux. J’ai passé beaucoup de temps sur Facebook et Instagram à regarder la vie des autres et à me divertir de la sorte. Pour une blogueuse, ne rien partager, c’est pas évident. Un jour, je me suis tannée et je me suis dit que j’allais arrêter d’avoir peur, sinon je n’arriverais pas à me dépasser. En plus de trouver du positif dans tout ce qui ne l’était pas, mon objectif était de penser à moi, uniquement à moi et peu importe la manière. Je suis restée moi-même et j’ai recommencé à être active sur les réseaux sociaux, moins souvent qu’avant, mais juste les petits moments que je partageais me faisaient du bien puisque c’était simplement moi. Je n’avais pas envie d’effacer qui j’étais pour ne pas me faire taper sur les doigts ou me faire dire que je n’étais pas malade pour vrai.

On m’a jugé, on m’a mis en garde, on m’a traité de plusieurs manières, mais j’ai cessé d’écouter les autres, car mon dossier médical était pour moi la seule chose qui avait du pouvoir. Mon psychologue m’a félicité à plusieurs reprises et quand ça arrivait, l’estime de soi ne faisait que prendre encore plus de place et écraser la douleur qui restait.

 Valérie_réviseure

DÉPRESSION : L’arrêt de travail

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On est lundi, je suis chez moi. Je suis seule à la maison, mon amoureux travaille, mais m’a laissé un message texte qui me fait sourire. Je ne cesse de me dire à quel point je suis chanceuse de l’avoir dans ma vie. Je ne suis pas facile avec lui et je comprends tellement à quel point cela doit être difficile pour lui. Malgré tout il est là et j’ai l’impression que notre amour n’en sortira que plus fort. Mon chat est collé sur moi et je prends un long moment pour le flatter et juste profiter de cet instant. Il fait beau dehors, un gros soleil. Et c’est là que je réalise que je suis en arrêt de travail, pour un temps indéterminé, signé par mon médecin. Mon amoureux s’est chargé de remplir toute la paperasse pour les ressources humaines de mon travail ainsi que pour les assurances. J’ai d’autres papiers à signer, des papiers à envoyer et des appels à faire. Je me sens submergé, je dois le faire moi-même et ça m’angoisse, c’est compliqué, surtout que je suis tellement épuisée, faible et je ne comprends pas tout. C’est beaucoup de pression de devoir prouver qu’on ne va pas bien quand ce n’est pas physiquement visible. Je dois faire face à des jugements ou des gens qui ne sont pas sympathiques ni compréhensifs au téléphone. Le mot dépression a l’air de faire chier tout le monde et pourtant c’est réel, ça existe et ça fait autant mal qu’un pied dans le plâtre, sinon plus.

Je passe la journée dans mon lit à pleurer après chaque coup de téléphone. Je me sens impuissante face à toute cette charge de paperasse que je ne comprends pas. Je sors du lit uniquement pour aller à la toilette, je ne mange même pas tellement je n’ai aucun appétit. Je me sens mal de ne pas être comme j’étais au centre de crise, je ne fais que dormir et pleurer. Je me sens coupable d’abandonner mes collègues, moi qui était surchargée de dossiers et je sais déjà qu’ils devront prendre la relève. J’ai peur qu’on me déteste, qu’on m’en veuille, peur d’y retourner et faire face à tout le monde. J’ai beau me dire que c’est la meilleure chose qui pouvait arriver, qu’après autant d’années à essayer d’être Wonder Woman, que je prenne le temps de me reconstruire, de réaliser à quel point je suis humaine et que mon sac à dos est plus que plein et que je dois le vider une chose à la fois.

Dans l’après-midi, je reçois un appel du centre de crise, ils veulent faire un suivi pour ma première journée à la maison. Je suis envahie par un immense soulagement, comme si j’avais besoin de ça pour être capable de fonctionner. Il me dit alors que je ne dois pas me sentir coupable de dormir, de ne rien faire, que c’est normal, mon corps est fatigué depuis si longtemps qu’il a besoin de reprendre énormément de force. Il me dit que je dois l’écouter, que c’est ce que je dois faire en priorité : m’écouter et faire ce dont j’ai besoin. Cet homme a été important dans ma vie, je ne pourrai jamais assez le remercier, il a su me mettre sur le bon chemin, un chemin que j’ai continué avec d’autres gens qui m’ont aidé et qui m’aident encore aujourd’hui.

Un arrêt de travail c’est quelque chose d’incompréhensible pour la majorité des humains. Certains appellent cela un congé de maladie, mais c’est tout sauf un congé. J’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à cet arrêt, j’angoissais sur tout, mais surtout, je me sentais coupable de prendre soin de moi. Un jour, j’ai réalisé que j’avais le droit, que ma vie était importante et que c’était la priorité. Je devais guérir pour pouvoir reprendre le cours de celle-ci. Chaque journée, minute, seconde était nécessaire à me reconstruire et à perdre l’idée de mort qui flottait au-dessus de ma tête depuis l’adolescence.

Les gens ne comprennent pas ce qu’ils ne peuvent voir. Ce n’est pas parce qu’on sourit qu’on est guéri. Ce n’est pas parce que j’assiste à l’anniversaire de quelqu’un que je suis capable de retourner au travail. Ce n’est pas parce que je publie une photo de moi sur Facebook ou Instagram que je ne suis plus en dépression. Ce n’est pas parce que je retourne au travail que je ne suis plus malade. Mais bon, ça, c’est une autre histoire.

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

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DÉPRESSION : Le centre de crise (partie 2)

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Cela fait 5 jours que je suis au centre de crise et je me sens bien. Mais je m’ennuie de mon chat, de mon beau-fils et de mon amoureux, ce n’est pas pareil de le voir durant une simple visite. J’ai hâte de retourner chez moi, de mettre en application ce que j’ai appris ici et de me remettre sur pied. J’ai peur aussi, peur de retomber au fond du gouffre. Aujourd’hui, je reçois la visite de mon amie Jennifer, je suis heureuse qu’elle vienne me voir, ça fait du bien de savoir qu’une amie veuille venir à cet endroit. Elle m’aide tellement avec les blogues et les filles de Folie Urbaine sont très compréhensives, je sais que je les ai beaucoup inquiétées. N’ayant pas mon cellulaire avec moi puisque c’est mon amoureux qui l’a en sa possession, je suis déconnectée de tout, c’est la meilleure chose pour moi, cela m’aide à me concentrer que sur moi-même et rien d’autre. En arrivant, elle m’offre un délicieux café glacé provenant de mon merveilleux quartier Villeray. On discute une bonne heure et mon amoureux arrive pour passer une heure avec moi lui aussi. Ses yeux. Jamais je n’oublierai ses yeux. Un regard soulagé, mais apeuré aussi. Heureux que je sois prise en charge pour aller mieux, mais perdu en ne sachant pas ce que la suite nous réserve.

Je veux partir. Lors de ma rencontre avec ma travailleuse sociale, je lui mentionne être prête à partir. Elle souhaiterait que je reste encore quelques jours, mais elle comprend. On procède à notre dernière rencontre. Elle m’aide à remplir les formulaires pour les suivis psychologiques dont j’aurai besoin à ma sortie et elle envoie le tout pour que ce soit plus rapide. Elle me donne les contacts pour le CAVAC, les numéros 24 h et tout ce dont j’ai besoin si je tombe en crise. Je suis soulagée d’avoir en main tous ses outils, je me sens enfin aidée. Je me rends compte à quel point l’aide est difficile à obtenir si on ne séjourne pas à l’hôpital. Comment une personne vulnérable peut-elle trouver de l’aide rapidement ? Internet ? C’est tellement mal dirigé avec les nombreux sites qui proviennent de partout, pas juste du Québec, il y a tellement de numéros différents. Cela décourage encore plus. Mais, s’il y a bien juste un numéro qu’il faut connaître, c’est le 8-1-1. Oui, c’est Info-Santé, mais ils sauront te diriger vers la meilleure ressource. Cependant, si ça ne va pas, téléphone au 9-1-1, c’est toujours l’option la plus rapide si tu es en détresse. En quittant le centre, j’aurai des rendez-vous hebdomadaires avec un autre travailleur social, une heure par semaine, jusqu’à ce que j’obtienne des nouvelles du CLSC. Je dois également voir mon médecin régulièrement pour un suivi médical. Je suis prête.

Je ne repars pas les mains vides. Je repars avec des outils qui m’ont été utiles pendant mon séjour et qui le seront pour le reste de ma vie. La peur, celle de ne pas savoir ce qui se passera pour moi, elle m’a hantée de l’urgence à aujourd’hui. C’est le néant total puis notre tête sort enfin de l’eau et on peut enfin prendre la respiration qu’on ne pouvait prendre depuis trop longtemps. Le trio d’activation est quelque chose que toute personne devrait connaître. Il s’agit de trois choses à faire en une journée :

1- Une chose qui te fait du bien ;

2- Une chose que tu aimes faire ;

3- Une chose que tu es obligé de faire, même si tu n’aimes pas.

Par exemple, prendre un bain, cuisiner un bon repas et aller marcher 30 minutes après le souper. J’essaie de le faire chaque jour, ce n’est pas facile, mais c’est un bon truc pour se concentrer sur le positif et de tenter de mettre en place une routine de vie saine quand on a besoin d’un peu d’aide.

On est dimanche. Mon amoureux m’attend à l’accueil, il m’embrasse, me serre dans ses bras très fort. Il prend mon sac et on sort. Je m’installe dans la voiture et je prends une immense respiration. Il me regarde avec ses petits yeux inquiets et me demande si je suis prête à retourner à la maison. Je le regarde et lui répond que oui, je veux rentrer. Cela fait maintenant 10 jours que je n’ai pas été chez moi et qu’on m’a promené d’un endroit à l’autre. La réalité me rattrape tranquillement : l’argent, l’arrêt de travail, la job, etc. J’essaie de relaxer et de ne penser à rien, de simplement dormir coller avec mon amoureux, dans notre lit, chez moi. Je me couche en me disant que demain, je penserai à tout, mais que là, dormir est la seule chose dont mon corps et mon esprit ont besoin.

 

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

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DÉPRESSION : Le centre de crise

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

On est rendu mercredi. Je me réveille dans le lit de mes parents. J’ai dormi avec ma mère et mon père sur le divan du salon. Il est 10 h 30. Je me lève, je me fais deux toasts au beurre de pinotte. Je passe la journée à écouter la télé et à dormir. Ma mère arrive à la maison à 16 h 30. Elle a tout fait mon lavage qu’elle a ramené la veille de chez moi. Elle prépare le souper. Sylvain arrive. On soupe. Je prends ma douche et on prépare mon sac pour le centre de crise. Je me mets à pleurer et je mentionne que je ne veux pas y aller, que j’ai changé d’idée. Mon amoureux et ma mère tentent de me consoler et me mentionnent à plusieurs reprises qu’il le faut, que c’est la meilleure décision à prendre pour mon bien, pour aller mieux. On finit mon sac. On embarque dans la voiture. On roule un bon 20 minutes et on arrive devant cet endroit qui semble paisible de l’extérieur. Un bloc appartement qui semble comme les autres. On sonne. On nous accueille et on nous installe dans un petit bureau.

L’intervenant s’installe et les questions débutent. Mon cœur bas tellement fort et mes larmes ne cessent de couler. Il me mentionne que je ne suis pas obligée de rester si je ne le désire pas, que c’est ma décision. Il m’explique aussi que c’est dans mon intérêt. Après une heure de discussion et après avoir écouté mon amoureux et ma mère répondre aux questions de l’intervenant, des choses ont été dites, des choses qui m’ont tellement fait réaliser que je traîne ce mal-être depuis mon enfance. J’accepte de rester. On procède à mon inscription et on m’explique les règles de la maison.
– Lever à 8 h la semaine, 9 h la fin de semaine ;
– Coucher minuit ;
– Droit de sortie, mais doit le mentionner en indiquant l’heure de retour, avant 22 h ;
– Pas le droit de garder de médication, c’est rangé dans une boîte dans le bureau des intervenants et on doit leur demander quand on doit les prendre et on doit le faire devant eux ;
– Quand on va se coucher, on doit remettre tous nos appareils électroniques au bureau des intervenants ;
– Pas le droit de téléphoner après 22 h ;
– Visite de 13 h à 16 h et 18 h à 21 h.

Tout me convient, mais c’est épeurant quand même. Je dois également laver toutes mes choses à l’eau chaude immédiatement. L’intervenant qui procède à mon accueil me tend un jogging et un t-shirt que je dois porter le temps que tous mes vêtements soient propres. Je procède au lavage. Il est maintenant 22 h 30 et tout le monde dort déjà, je suis tellement fatiguée, mais je dois attendre que la sécheuse soit terminée pour monter me coucher. Je prends le temps d’observer l’endroit où j’habiterai quelque temps. J’angoisse beaucoup, mais j’ai tout de même un immense soulagement qui traverse mon corps et qui me libère les épaules d’un peu de poids. La sécheuse sonne, je prends tous mes vêtements et je monte. Les deux femmes avec qui je partage ma chambre dorment profondément. Je m’insère sous les draps et je crois m’être endormie aussitôt.

Durant mon séjour, j’ai appris à me créer une routine qui m’aidera dans ma vie de tous les jours. Je n’aurais pas cru m’intégrer aussi rapidement, mais je me sens bien, je respire, je vis. Mon amoureux, je l’appelle constamment, j’ai peur qu’il ne m’aime plus. Mais il ne cesse de me dire la phrase : je t’aime, je suis fier de toi et tu es tellement forte. Mais la peur de l’abandon rôde toujours au-dessus de ma tête. Je cuisine beaucoup, chose que j’ai toujours aimé faire, mais là j’apprécie encore plus. Les rencontres avec ma travailleuse sociale m’aident beaucoup, elle creuse là où il faut aller et je suis enfin prête à m’y enfouir, une fois pour toutes.

Un soir, mes parents sont venus me chercher pour aller souper. C’était difficile de les voir s’inquiéter comme ça. Je ne suis pas capable de tout leur dire, pas comme je suis capable de le faire avec mon amoureux. Lui, c’est mon meilleur ami, il m’a vue comme personne ne m’a vue. Il a vu la détresse, la douleur, le mal au plus profond de mon être. C’est épeurant de voir quelqu’un comme ça et je ne cesse de me dire qu’il n’aurait pas dû vivre cela. Mais il est là, toujours, et c’est l’homme le plus formidable du monde, je n’aurais jamais pu tomber sur une personne forte, aimante et tellement présente comme lui pour traverser ce que je vis.

Je lis beaucoup au centre, une autre chose que je ne faisais plus. Parmi les choses que je dois établir dans ma vie, c’est de me mettre en priorité et faire des choses que j’aime. J’ai lu le fabuleux livre de Carolane et Josiane Stratis : Les filles sont-elles folles ? Celui-ci m’a tellement aidé à ne pas me sentir seule. Les témoignages m’ont aidé à comprendre et m’ont accompagnée. Aujourd’hui, j’aime renommer le livre en l’appelant : Les filles sont-elles fortes ? Et la réponse c’est oui !

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

 Valérie_réviseure

DÉPRESSION : L’évaluation psychologique et le premier diagnostique 

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

On est le 8 mai. Le matin, à Louis-H., l’infirmière et les préposées nous réveillent à 7h00 pour déjeuner. J’avais donc dormi 4h30, vue l’heure à laquelle j’ai pu me coucher suite à mon arrivée la veille. Je mange de peine et de misère mes toasts qui ont trempé dans les bines qui avaient déjà l’air digérées. Après avoir remis mon plateau, je suis retournée dans ma civière et je me suis rendormie. À 10 h, on m’a réveillée pour mon évaluation psychologique. Je croyais que cela aurait été plus long. Je suis entrée dans un petit bureau, le même que la veille lorsque j’ai rencontré le psychiatre de garde à mon arrivée. Mais là, il y avait 7 personnes. Je me suis assise en face de ces 7 personnes qui me regardaient. Je n’étais pas bien, je suffoquais et je n’étais absolument pas à l’aise. Ils se sont présentés : résident en psychiatrie, professeur et psychiatre, travailleur social, médecin, etc. Trop de gens pour l’énergie qu’il me restait. Ils m’ont bombardé de questions. J’avais du mal à répondre. Je faisais tous les efforts que j’avais pour avoir l’air ”normal”. J’avais encore peur de ce qui allait se passer avec moi. Les questions étaient personnelles, difficiles et j’ai eu du mal à répondre à quelques-unes d’entre elles. Moi qui ne parlais pas de tout ça, là, je devais vider mon sac. Tout ceci avait des répercussions sur mon avenir. J’ai pleuré. J’ai demandé de m’en aller chez moi. J’ai réclamé de voir mon amoureux. Ils ne me mettaient pas confortable. J’aurais préféré rencontrer qu’une seule personne, pas 7. C’est tellement déstabilisant, mais c’est comme ça que ça fonctionne et je devais le faire.

Ils m’ont ensuite demandé d’attendre à l’extérieur, le temps qu’ils discutent entre eux. Je suis retournée dans ma civière et je me suis endormie. Ça faisait longtemps que je n’avais pas dormi comme ça. Le résidant est venu me chercher. Je l’ai suivi jusqu’au minuscule bureau étouffant. Ils m’ont mentionné un million de choses. C’est là qu’ils m’ont donné un diagnostic. Je ne comprenais rien, je faisais du déni. Ils m’ont mentionné que c’était un diagnostic préliminaire et que je devais être suivie par un médecin et avoir d’autres évaluations. Dans tous le charabia qu’ils m’ont dit, j’ai seulement compris : Bipolaire, trouble de personnalité limite, trouble de l’adaptation (dépression) et anxiété. Puis, ils m’ont dit que je serais transférée dans un centre de crise. Je suis sortie du bureau les deux bras pendants. Je me suis rendue dans la salle commune où on avait le droit de téléphoner. J’ai appelé mon amoureux. Je pleurais et essayais du mieux que je pouvais de lui expliquer ce qu’on m’avait dit. Il était 11 h et j’avais juste hâte que 14 h arrive pour qu’il soit là, avec moi.

À 11h30, la travailleuse sociale vient me chercher, elle a mon dossier d’évaluation en main, fraîchement tapé. Elle me dit que nous allons téléphoner au Centre de crise pour mon inscription. Elle parle à un travailleur social qui s’occupe des accueils et répond à toutes ses questions. Elle raccroche et mentionne qu’il y a une place, mais le lendemain. Elle me dit que je ne peux pas rester ici et me demande si j’ai un endroit où je ne serai pas seule où je pourrai aller. Je réponds que oui, chez mes parents. Mon père ne travaille pas, il sera à la maison avec moi. Elle me donne le papier avec les coordonnées et l’heure du rendez-vous, 19 h. Je lui demande qui s’occupe de mon papier médical pour le travail. C’est là que ma première crise de panique à l’hôpital survient. Elle me mentionne qu’ils ne peuvent effectuer ça, que je dois contacter mon médecin de famille puisque j’en ai un, le temps qu’un psychiatre me soit attribué, chose qui pourrait prendre beaucoup de temps. Je me rends de nouveau à la salle commune et communique avec mon médecin de famille. L’infirmière a eu la gentillesse de faire une recherche Internet pour me trouver le numéro. La secrétaire répond. Je lui explique la situation et elle me répond que le prochain rendez-vous est dans deux semaines. Je pleure, je lui mentionne que c’est urgent, elle répond de nouveau la même chose. Me voyant hyper-ventiler, pleurer et parler fort, l’infirmière s’approche de moi et me demande ce qui se passe. Je lui explique et elle prend le combinée un peu outrée. Elle insiste et demande à parler au médecin, que c’est une urgence. Elle raccroche et me dit de me calmer, qu’elle s’en occupe et comprend tout à fait.

Je retourne me coucher. À 14 h, l’infirmière vient me réveiller et me mentionne que j’ai deux visiteurs. Je vois mon amoureux et ma mère. Je suis tellement heureuse, je me mets à pleurer en les prenant dans mes bras. On va dans la salle commune. L’infirmière s’approche et me mentionne que j’ai mon congé, elle me dit également que j’ai un rendez-vous le soir-même avec mon médecin à 19 h. Il me passe après la fermeture de son cabinet, vu l’urgence. Je suis soulagée. Je bois mon café et discute avec ma mère et mon amoureux, qui ne semblent pas du tout à l’aise. Je comprends. Je suis entourée de cas lourds. Une dame qui parle seule, un homme qui crie toujours, une jeune fille qui ne cesse de se promener, elle est d’ailleurs venue me flatter les cheveux pendant que je dormais après le diner, avant de se faire avertir par le préposé. Elle portait une camisole, ce qui nous laissait voir ses deux bras remplis de cicatrices qu’elle s’est infligée. Je fais la même chose, mais pas sur les bras, j’ai un frisson.

On quitte l’hôpital en direction de la maison de mes parents, où je me couche directement en arrivant. Après le souper, mon amoureux m’amène chez mon médecin. Celui-ci a reçu mon dossier médical et me signe un arrêt de travail à temps indéterminé et me donne un rendez-vous un mois plus tard. Mon amoureux prend toute la paperasse et me dit qu’il s’occupe de tout. On revient chez mes parents. Il repart. Je me couche pour la nuit et je dors merveilleusement bien grâce aux médicaments et calmants qu’ils m’ont prescrits.

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DÉPRESSION : L’hospitalisation 

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Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

À mon arrivée à l’hôpital, les ambulanciers ont mentionné que j’avais tenu des propos qui indiquaient que j’essayais de me faire du mal et que cela pouvait avoir des dangers sur ma vie. Dès que nous avons passé au triage, l’infirmière m’a amené à un lit. Mon amoureux est arrivé à ce moment-là, avec le sac que j’avais préparé juste au cas. Une chance, je n’avais pas de sous-vêtements et c’était la seule chose que j’avais le droit de garder. L’infirmière m’a demandé de me déshabiller. Elle était obligée de rester près de moi. La chemise d’hôpital n’avait pas de cordes, mais des snaps. Ensuite, une préposée a installé une chaise devant mon lit et s’est assise. On m’a expliqué que c’était la procédure. Quand j’avais envie de pipi, cette même préposée qui m’accompagnait jusqu’à la porte. Au moins, elle ne regardait pas, j’avais donc un minimum d’intimité, c’était la seule que j’avais. J’avoue que je commençais à avoir vraiment peur, je ne m’appartenais plus. J’ai mentionné aller mieux et vouloir retourner chez moi, mais le médecin a dit que je ne pouvais prendre aucune décision vu les propos que j’ai tenus. Je n’arrêtais pas de pleurer et j’étais tellement épuisée. Ils m’ont donné un calmant.

On m’a fait des prises de sang, on m’a posé une multitude de questions, mais aussi à mon amoureux. Ses yeux, je ne les oublierai jamais. Il me regardait différemment, comme il ne m’avait jamais regardé auparavant. Ça aussi ça m’a fait vraiment peur. J’ai eu peur que ce soit trop pour lui et qu’il décide de me laisser tomber. Mais c’est le contraire qui est arrivé. Il s’est occupé de TOUT : contacter mon emploi pour expliquer que j’étais hospitalisée et qu’il donnerait plus de détails dès qu’il en aurait, il a contacté mes amies et mes parents. Il a été formidable. Il a dû manquer son travail ce soir là également, il ne voulait pas partir.

Après 5 heures, une jeune femme est arrivée dans une civière et elle pleurait vraiment beaucoup. Sa voix était vraiment rauque. Elle aussi avait un préposé assis au bout de son lit. Elle n’arrêtait pas de pleurer et parler, c’était vraiment épeurant. Je ne pouvais m’empêcher de la regarder et avoir peur. Elle était magnifique malgré ses larmes, les cheveux turquoise. Après un certain temps, elle a téléphoné à son chum en lui demandant de venir la chercher. Elle sacrait, insultait les employés de l’hôpital comme quoi ils ne voulaient pas la laisser partir, etc. C’est là que le médecin a mentionné sa tentative de suicide. Elle avait avalé un pot en entier et ils ont dû lui faire un lavage d’estomac. Elle insistait pour partir. Rien à faire. J’étais sous le choc. Ça aurait pu être moi 3 semaines plus tôt si je n’avais pas vomi tous les comprimés que j’avais avalés.

L’infirmière est repassée et m’a expliqué que je serais transférée à Louis-H. Lafontaine, puisque l’hôpital n’avait pas d’aile psychiatrique. Là, j’ai compris que c’était sérieux ce qui m’arrivait. J’avais des frissons. Je l’ai regardée et je lui ai dit : ”Je ne veux pas devenir comme elle, s’il-vous-plaît. Aidez-moi.” Le soir-même, on m’a finalement transférée, puisqu’un lit s’était libéré. J’avais la chienne. Je ne pouvais pas partir avec mon amoureux, c’est en taxi, accompagnée d’un infirmer et mon dossier qu’on s’est rendus à Louis-H. Mon amoureux nous suivait avec sa voiture.

En arrivant par la porte de l’urgence, l’infirmier a remis mon dossier et est parti. L’agent de sécurité m’a demandé de tout enlever ce que j’avais dans mes poches ainsi que mon manteau. Je l’ai trouvé un peu con puisqu’on m’avait déjà tout enlevé à l’hôpital, mais bon. Il m’a fait passé sous le détecteur de métal. Mon amoureux est arrivé juste après. On m’a installée dans le bureau de l’infirmière qui a consulté mon dossier, posé quelques questions et m’a expliqué comment se déroulerait mon séjour. J’étais fatiguée, il était presque minuit et je voulais juste dormir, même si j’étais apeurée. Pièce capitonnée? Camisole de force? Médication trop forte? J’avoue que j’avais plusieurs scénarios en tête.

Une préposée m’a ouvert un casier et a mis mon sac que mon amoureux avait apporté, ainsi que mon manteau et mes chaussures. Je pouvais garder mon pyjama, mais pas de brassière, pas pour la nuit. J’ai rencontré le psychiatre de garde. Il était gentil et drôle. Il m’a expliqué qu’ils me garderaient jusqu’à mon évaluation complète que j’aurais le lendemain ou le surlendemain. L’infirmière m’a donné quelque chose pour dormir. J’ai dû dire bye à mon amoureux, la chose la plus difficile du monde. Être seule dans un endroit que je ne connais pas. Il allait venir le lendemain à 14 h, heure du début des visites.

Je me suis installée dans mon lit qui était situé dans l’urgence, comme dans tous les hôpitaux, des lits dans des corridors. Je me suis endormie aussitôt.

 

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