Féminisme 101

On parle de féminisme

Qu’on mette les choses au clair tout de suite…le féminisme ne veut pas dire détester les hommes, ni vouloir leur nuire, voir les rabaisser pour dominer le monde, comme le croient quelques antiféministes. Mais comme ça ne semble pas évident à comprendre pour certain(e)s, je vais éclaircir le tout pour vous!

Qu’est-ce que le féminisme?

C’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes, et ce, à tous les niveaux. C’est vouloir redonner du pouvoir aux femmes, leur donner la place qu’elles méritent au même niveau que les hommes.

Oui, parfois, on peut être « frustrées », comme certain(e)s diront. Et avec raison quand on y pense! C’est fâchant que les femmes représentent environ la moitié de la population, mais sont considérées comme inférieures aux hommes, comme le sexe faible… Parce que oui, bien qu’il y ait des changements depuis les dernières années et que les lois affirment l’égalité hommes-femmes, il y a encore plus de chemin à faire qu’on pourrait le croire.

Saviez-vous que…

Naître homme, c’est commencer sa vie avec des privilèges. C’est naître moins vulnérable aux violences, notamment aux violences sexuelles, puisque 82% des victimes d’agressions sexuelles sont des femmes (Statistiques du Regroupement Québécois des CALACS). C’est avoir plus de chances en emploi. Natasha Quadlin, professeure à l’Université de l’État de l’Ohio a publié une étude en avril dernier dans American Sociological Review démontrant que les femmes les plus brillantes à l’école ont moins de chances d’être convoquées en entrevue que les hommes les plus médiocres. C’est aussi mieux gagner sa vie. Au Canada, en moyenne, une femme gagne 74¢ pour chaque dollar gagné par un homme (Statistique de la Fondation canadienne des femmes). C’est être moins jugé si on a des relations sexuelles avec beaucoup de femmes, car on ne lui apposera pas l’étiquette de « gars facile » contrairement aux femmes. C’est pouvoir exprimer sa colère sans qu’on dise qu’il est hystérique et/ou dans ses syndromes prémenstruels. C’est, en général, vivre moins de pression sur son apparence physique et face aux standards de beauté. C’est avoir moins peur de se promener seul le soir et pouvoir s’habiller comme bon lui semble sans qu’on le juge ou le responsabilise d’être agressé sexuellement.

 

« Bruits de bisous, klaxons et sifflements, demandes de faveurs sexuelles, propos vulgaires, attouchements non désirés dans un métro bondé… Près de 90 % des femmes sondées par le Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal (CEAF) estiment que le harcèlement de rue est un problème bien réel dans la métropole. » (Jessica Nadeau, Le Devoir)

 

C’est être représenté davantage dans les publicités, les médias, et pas mal partout, comme étant un être de pouvoir auquel les femmes plus souvent hypersexualisées doivent se soumettre pour le plaisir de ce dernier. C’est être plus facilement respecté dans son choix entre une vie familiale et une vie professionnelle, voir même admiré s’il s’occupe de ses enfants, alors que c’est tout simplement normal.  Et plus encore! Bien entendu, ces privilèges appartiennent davantage aux hommes blancs, hétérosexuels et de classe moyenne. D’autres systèmes d’oppression entrent en ligne de compte pour certains hommes, mais malgré tout, les hommes en général, sont privilégiés et en situation de pouvoir vis-à-vis des femmes. De plus, les autres systèmes d’oppression désavantagent tout autant les femmes. Par exemple, le taux de meurtre est 6 fois plus élevé chez les femmes autochtones que chez les femmes allochtones (Fondation canadienne des femmes).

Bref, le féminisme est de donner la voix aux femmes, de défendre leurs droits, de croire en l’égalité des sexes, de se tenir debout contre les inégalités et de dire ce que l’on pense. Surtout…c’est de s’entraider entres femmes!

Il n’est pas question de culpabiliser les hommes, mais plutôt de les encourager à prendre conscience de leurs privilèges et à dénoncer le système social qui engendre les inégalités de pouvoir. Ainsi, nous avons besoin d’hommes alliés à la cause, c’est-à-dire des hommes féministes eux aussi. N’ayons pas peur de se déclarer haut et fort comme féministes. Ensemble, nous sommes plus forts!

Texte par Marie-Pier Quessy

Crédit photo de couverture : Laura Baker

Folie Sofia logo reviseure

Je suis vulnérable

Joannie parle de vulnérabilité

Vous me percevez comme une femme forte, indépendante et colorée et bien c’est ce que je veux que vous pensiez de moi. Malheureusement, je ne suis pas la personne que vous croyez.

Dernière ma personnalité excentrique, mon ouverture d’esprit hors du commun, mon sens d’humour salé et mon sourire omniprésent, je suis un être vulnérable. Je suis une personne extrêmement sensible, qui veut toujours aider son prochain au détriment de sa personne. Je suis une femme empathique qui a trop souvent fait confiance aux mauvaises personnes. On a profité de ce que je suis! De ma bonté, de ma naïveté.

En dépit de moi, la personne que j’ai le plus aimée dans ma vie m’a brisée. Cet homme en qui j’avais entièrement confiance m’a trompé, menti et volé. Il n’a non pas seulement volé mon argent, mais il a volé la confiance que j’avais envers la vie et les gens qui traversent la mienne. Il a enlevé le feu qui brûlait en moi. Cette intensité de vouloir mordre dans la vie à pleines dents.

Je dois réapprendre à me construire petit à petit en me faisant plaisir et en apprenant à refaire confiance à la vie. Tranquillement, un jour à la fois et accepter que j’ai le droit d’être faible et vulnérable. De lâcher prise quand il en est trop pour moi et de ne pas attendre qu’il soit trop tard. Je dois aussi accepter que je suis humaine et que je ne suis pas de glace face aux intempéries de la vie. J’ai le droit de pleurer et de ne pas être parfaite aux yeux de tous, même si je souhaite être le reflet de l’image que je renvoie.

Je suis femme, je suis amie, je suis sœur, je suis mère, je suis maîtresse, je suis moi. Et personne ne pourra me changer! Je suis telle que je suis. Un être sensible, naïf et vulnérable, OUI VULNÉRABLE, mais qui fait de moi une humaine! Une humaine qui possède une richesse en elle et qui vaut la peine d’être reconnue pour ce qu’elle est. Voilà qui je suis!

Texte par Joannie Rodrigue

 

Trop lâche pour conclure

Trop lâche pour conclure

Ceci est une montée de lait (quasiment crémeuse tellement que j’en suis fâchée)

J’ai une amie qui s’est fait ghoster de la plus horrible des manières… Ce message-là est pour toi, mon grand flanc mou. Ce qui me choque le plus, c’est qu’on est rendu des adultes. DES ADULTES !!! Pas des ados en pleine découverte de leur sexualité. Des grown ups, des parents, etc.

Vous vous êtes parlé pendant plusieurs semaines. Messages fluides, conversations attrayantes, photos coquines. La tension est là. Vous parlez déjà avec envie du moment où vous allez vous voir… Ce jour-là arrive. Tout roule. Tout ce que vous vous êtes dit par message est maintenant tangible. La soirée est superbe, la nuit aussi. Viens le moment où elle doit partir. Tu la prends dans tes bras, tu l’embrasses et lui dis « à la prochaine »… STOP ! C’est là que je te condamne comme un os*** de crétin. Elle va t’envoyer des messages. Tu ne lui répondras pas. Tu vas effacer son numéro et disparaître comme si ce n’était jamais arrivé. En fermant la porte derrière elle, tes couilles ont roulé jusqu’au Kazakhstan. Déjà là, c’est choquant… L’autre chose choquante, c’est que tu te sois rendu jusque-là… Mais comment ?! Je sais qu’on est dans l’ère Tinder… Mais y’a encore du monde qui pense qu’offrir leur sexualité est quelque chose de grand, que ça veut dire beaucoup. Même si ce n’est pas le cas, vous vous étiez dit que c’était juste pour « du fun », le fait qu’elle t’ait choisi, fait de toi une personne spéciale.

Autre point choquant… T’ES UN PÈRE DE FAMILLE !!! T’es censé montrer à tes enfants comment traiter les gens avec respect. Surtout dans « une relation ». Même si cette « relation » ne s’est pas rendue au point d’être « sérieuse ». Pourquoi ne pas l’avoir dit avant ? « Hey, avant qu’il se passe quelque chose, je veux jouer franc jeu. Je ne crois pas que ce sera quelque chose à long terme. »

Dans le pire des cas, tu vas te faire dire non, mais tu vas avoir tout le respect de la personne. Dans le meilleur des cas, tu vas te faire dire oui et avoir tout le respect de la personne.

Faque, mon grand flanc mou, vas chercher tes couilles au Kazakhstan, prends ton téléphone, envoie-lui au moins un message en t’excusant et en lui disant que, malgré la belle soirée que tu as eue, tu ne poursuivras pas cette « relation ». Parce que mieux vaut tard que jamais et faute avouée à moitié pardonnée.

P.S. : À toi qui as gardé ses parties génitales bien en place, et qui as été capable d’le dire, hands up !

P.P.S. : Dans ce contexte-ci, ça concerne un homme, mais c’est tout aussi applicable pour une femme.

Et à toi, mon amie, sache que je t’aime. Que vraisemblablement, il n’a pas su reconnaître la personne formidable que tu es ! Et que s’il n’a pas eu les couilles de te le dire, c’est qu’il n’aurait jamais eu ce qu’il faut pour avoir une personne aussi merveilleuse que toi dans sa vie !

Texte par Sarah-Line Murdock-Barry

 

 

Parce que l’amour n’est pas qu’un sentiment quand on veut qu’il perdure

Julie parle de l'amour qui perdure

Aimer, c’est bien plus qu’un sentiment. Au début, c’est de l’admiration, du désir, de l’attirance. C’est rempli de nouveau. C’est insécurisant et ça apaise à la fois. Les premières années, c’est la découverte du nouveau nous. Les projets sont grandioses ou même s’ils sont petits, on les voit grands. C’est le désir de symbiose. L’anesthésie de la solitude. Juste du beau. Du ressenti. Et c’est donc bon.

Avec le temps, l’amour, c’est la volonté de se donner. C’est le choix de supporter et de partager le quotidien avec une autre personne. C’est un désir profond de continuer malgré les embûches, petites ou grandes. C’est se dire je t’aime et démontrer que quoi qu’il arrive, rien n’ébranlera le nous. Choisir de continuer là où le quotidien nous use. Remanier ses façons de voir la vie, car l’autre aussi va changer au fil des ans. Mais sentir que notre partenaire nous aime toujours autant.

Pour s’aimer à travers le temps, deux personnes doivent avoir une volonté de fer. Un désir profond et commun de vouloir commencer et terminer cette vie ensemble. Quoi qu’il advienne. De toujours se dire ses bons coups, mais aussi parler quand ça ne va pas afin d’ajuster le tir.

Aimer part d’un sentiment de surface qu’est l’attirance, mais s’il est peaufiné et sincèrement rempli de volonté et de confiance, il finit par se définir par un mot : éternel.

Comme toute bonne recette, les ingrédients sont la base. Mais pour en apprécier le goût raffiné, le mode et le temps de cuisson sont la clé. Plus on s’attarde aux détails et plus on prend soin de ne pas sauter d’étape, plus on en appréciera les arômes. Parce qu’il existe une panoplie de fast food, mais le meilleur repas au monde restera toujours celui qui a pris du temps à concocter et qui a été fait avec volonté et amour.

La volonté d’aimer restera toujours un plus grand défi que d’aimer sporadiquement sans attache et au gré du vent.

Et vous ? Avez-vous cette volonté d’aimer pour la vie ?

Texte de Julie Lamerre

Sois comme elles

Karolane s'adresse aux femmes

Chère Beauté,

Je voudrais simplement te dire qu’à cause des standards que tu m’imposes, je me sens laide. Terriblement laide, et ce, depuis ma tendre enfance. Tu me mets sous les yeux des publicités où les femmes sont parfaites. Elles n’ont aucun kilo en trop et chacun de leurs grains de beauté semble être situé juste là où ils le devraient. Mais moi, je ne corresponds pas à ton idéal. J’ai des vergetures un peu partout sur le corps, de la cellulite, des poignées d’amour et surtout je n’ai pas de thigh gap. Chaque jour, tu me fais sentir un peu plus mal de ne pas avoir le ventre plat dont on rêve, toutes les deux.

Donc je vais me mettre à diminuer mes portions, voire à m’empêcher de manger. Je te le jure, Beauté, que je vais avoir ce corps de rêve que tu me pousses à avoir depuis mes 8 ans. Mais quand je vais enfin peser les 110 livres que tu m’infliges pour mes 5 pieds 3, est-ce que je vais me sentir finalement belle ?

Par les médias, tu me montres des femmes que tu considères comme belles. Elles sont loin de me ressembler, je te l’assure. Elles, elles sont parfaites. Du moins, selon toi. Mais plus je les vois, ses femmes, plus j’y crois, moi aussi, à cette idée de perfection. Tu me montres, au travers mes yeux de jeune femme, que c’est toi, la beauté, qui attire les hommes de nos jours. J’ai beau avoir une cote R de 30, si je n’ai pas un corps idéal, ça sert à quoi ? Tu prônes la beauté physique plutôt que l’intelligence. Est-ce normal ? Tout le monde tente d’adhérer à tes standards, donc probablement que ce l’est et que c’est moi qui ai tort. Encore une fois.

Je dois avoir des jambes longues, tellement longues qu’elles ne finissent plus. Une poitrine si voluptueuse que même les femmes se retournent à mon passage. Des fesses à la Kim Kardashian. Une certaine féminité, je dois porter des robes, courtes, et du maquillage, mais ça doit sembler naturel. Il ne faut pas penser que j’ai passé plus de 3 heures devant la glace quand, au fond, c’est le cas. Je dois être mince, assez fine pour entrer dans une taille 0. Avec les smoothies verts, les thés amaigrissants et les exercices du genre 30 days AB Challenge, ça paraît facile d’y arriver. Tellement facile. Je me rendrai compte que ça ne fonctionne pas aussi bien, aussi vite que je… que tu le souhaiterais.

Un beau jour, je vais me lever comme à l’habitude. Je vais me retrouver devant mon reflet comme je le fais tous les matins. Puis, je vais m’écœurer. C’est dans ma routine de me trouver laide, grosse et fade. Cependant, ce matin-là, ce ne sera pas comme tous ces autres matins. Cette fois-ci, je voudrai plus. Tu sais ce qui est le plus fâchant dans cette situation, chère Beauté, c’est que ce jour n’est pas dans quelques années, quelques mois ou bien demain. Ce jour, c’est aujourd’hui. C’est mon combat quotidien.

Je me bats contre toi, constamment. Nous le savons toutes les deux, tu es bien plus forte que moi. La preuve : tu as réussi à me mettre en guerre contre moi-même. Nous sommes maintenant deux à me détester. Tu as gagné, félicitations.

Or, tu as beau me sous-estimer, il y a une chose que tu ne sais pas de moi. Je suis tenace, j’ai du feu dans les yeux. Je ne cherche pas à te plaire, non. Je vais te charmer.

Je vais commencer par manger de moins en moins. Ensuite, ce sera le déjeuner qui s’effacera de mon alimentation. Les dîners et les soupers suivront. Il ne me restera que les médiocres collations que je me traîne pour ne pas perdre connaissance. Je me préoccupe tout de même de ma santé, voyons ! Je te le garantis, lorsque je me regarderai à nouveau dans le miroir, je serai une femme différente. J’aurai le teint pâle, des poches sous les yeux et les cheveux qui tombent. Je me sentirai faible, mais ce n’est pas grave. Je serai enfin belle. Enfin parfaite. Je serai aussi mince que ces mannequins que tu me montres à longueur de journée. On verra, tout comme elles, les os de ma clavicule et de mes côtes.

Je rêve de ressembler à ces modèles que tu m’apprends à aimer depuis toujours. Ventre plat, cuisses minces, cheveux longs, lèvres pulpeuses, yeux en amandes, nez fin, joues creuses, front étroit, cou long sont les choses que tu me vends chez elles. Fâcheusement, il y a des trucs que je ne peux modifier aussi facilement que ma bedaine. Mais ça, tu le sais, tu n’es pas idiote.

Dans les publicités, non seulement tu me vends le corps idéal, mais tu me vends aussi des solutions pour y parvenir. Dans le métro, je vois ces panneaux qui m’offrent des rhinoplasties à moitié prix. Quand je perds mon temps sur Facebook, tu me lances des rabais sur les liposuccions dans les bureaux de Dr Paye-pour-être-belle. Tu me proposes des injections au botox dans les lèvres et dans le front, ainsi mon visage se figera. Il sera éternel, il défiera le temps. Tu me suggères des augmentations mammaires pour, encore une fois, braver les limites de la gravité quand le temps viendra et atteindre un bonnet DD. J’ai des rendez-vous toutes les quatre semaines pour me refaire les ongles. J’ai les cheveux qui frôlent mes fesses grâce à mes rallonges de 24 pouces. Je dépense la quasi-intégralité de mes payes au Sephora pour me faire du contouring et pour reproduire les maquillages des Youtubeuses les plus célèbres. Ma somptueuse beauté, je la dois à ma carte de crédit et à toi, chère Beauté. Après tout, c’est toi qui m’as vendu cet idéal la première, non ?

J’entame ma vie d’adulte avec le crâne bourré d’images de femmes parfaites. « Parfaites », mais pour qui ? Tu en as convaincu plus d’une, que tu savais de quoi tu parlais. Ma sœur, ma voisine, cette fille à qui je ne parle pas dans mon cours d’éducation physique, toutes ces femmes et même ces hommes, nous t’avons cru. Nous croyions que tu étais juste, que tu nous disais la vérité. Mais, au fond, je suis persuadée que tu avais tort. Qui l’aurait cru ?

Je commence à voir des femmes fortes. Des femmes fières de qui elles sont. Elles se trouvent belles et intelligentes. Je les envie tellement. Un peu comme je le faisais avec les mannequins de Victoria Secret que tu me montrais et me demandais d’aimer. Je désirais du plus profond de mon âme leur ressembler. Me balader en sous-vêtement sans avoir honte de mon corps comme elles le font. Aujourd’hui, c’est différent.

Maintenant, je souhaite être comme ces femmes fortes dont je te parle, celles qui sont ingénieuses. Je m’imagine être à la place de cette mère de famille qui a sacrifié ses rêves pour élever ses enfants, de cette femme qui entame des études universitaires pour exercer le travail qu’elle veut faire, de cette femme qui est bien dans son corps et fière de ce dernier même s’il a quelques bourrelets en trop. Ces femmes, elles sont belles. Immensément belles. Et tu sais quoi, chère Beauté ?

Un jour, je gagnerai mon combat contre toi. Je serai une de ces femmes. Je serai belle.

Texte par Karolane Masson

 

Folie Jenevieve logo reviseure

Poussière d’amour

Karolane parle d'amour

On m’a toujours dit que c’était simple de réparer les cœurs brisés. Autant les cœurs brisés d’amour que ceux qui ont connu le vrai chagrin.

Mais dans mon cas, on devrait plutôt parler de « cœur en poussière ».

Je ne me rappelle pu exactement la dernière fois où je l’ai vu dans un état solide, où il avait l’air de tenir en un morceau. Ça fait longtemps. Des siècles, je dirais.

Y’a fait la guerre. Legit le Vietnam ou l’Allemagne en 39-45. Ça fait qu’y’est amoché. Pas mal.

Mais recoller des morceaux en cendres, c’est plus facile qu’on le pense, ça a l’air. En fait, combien de fois ma mère m’a dit d’arrêter de pleurer pour le gars à qui je n’avais jamais parlé, mais dont j’étais ô combien amoureuse. Que ça allait passer, que j’étais plus forte que ça. Qu’un garçon n’avait pas le droit de faire éclater mon cœur en morceaux comme si c’était de la vaisselle en porcelaine. Comme si ce n’était pas grand-chose. Comme si le fait que mon cœur était aussi fragile que du verre lui permettait de le lancer de toutes ses forces contre le sol, où ça allait être possible de retrouver tous les petits éclats de mon amour entre les craques de la céramique de la cuisine.

Sauf que cette fois-ci, on ne parle pu de peine d’amour de petite fille de 13 ans qui pense que les films d’amour, c’est la réalité tellement elle veut y croire. C’est clairement plus. Plus qu’une amourette qui n’a pas abouti, finalement.

Un cœur brisé, c’est comme de la bouffe d’astronaute. Vite de même, on croit que c’est juste d’la poudre ou de quoi de ben louche pis de pas comestible (un peu comme du Kraft Dinner, au fond). Mais quand on y ajoute de l’eau, y’a de quoi qui apparaît.

Bon, ce n’est peut-être pas dans l’état qu’on pensait que ça allait être, mais ça forme un tout. Pas pire solide en plus. Pis, ça fait la job. Du moins, pour un court instant.

Sauf que l’être humain est composé à 65 % d’eau, non ?

Si ça fonctionne vraiment, pourquoi mon cœur ne s’est pas déjà recousu malgré tout ce que j’ai essayé de faire pour le réparer ? Pour bourrer les ouvertures qui le composent.

J’imagine que c’était juste un pansement qui venait boucher les trous que j’ai dans le thorax, le temps d’un moment. Mais l’affaire, c’est que quand ton cœur est rendu une passoire, y’a besoin d’un peu plus qu’un vulgaire morceau de diachylon cheap acheté au Dollarama.

En fait, je ne suis même pas certaine que du plâtre serait assez efficace. De toute façon, je ne pense pas que ce soit imperméable.

Faque, l’astronaute en moi saute de galaxie en galaxie pour tenter de murer, en vain, le trou noir que t’as laissé au fond de mon torse.

Mon cœur est rendu poussière d’étoiles. J’ai des fragments d’artère un peu partout, mais surtout chez toi. Je les ai oubliés là, sur ton plancher, entre le four et le frigo. Ils y traînent depuis quelques mois déjà. Mais je comprends que tu ne les remarques plus.

Probablement que tu crois simplement que t’es dû pour passer un bon coup de vadrouille.

T’es trop occupé à tomber en amour pour faire le ménage de toute façon.

T’as des constellations dans les yeux à la regarder. Elle pis sa personne juste trop parfaite. Son nez trop étroit, ses yeux trop bleus, ses seins trop ronds, ses fesses trop squattées, son 5’3’’ qui te permet de lui donner des baisers tendres dans le cou trop aisément.

Tu la regardes comme tu regardes les étoiles filantes au travers de ton télescope. T’es émerveillé.

Pis tu te promets d’essayer d’y croire. Que ton vœu va se réaliser cette fois-ci.

Elle est ton souhait du 11 h 11.

C’était moi que tu regardais comme ça. Tu n’avais d’yeux que pour moi. Ton astre vedette.

Et bien maintenant, à cause de toi, je ne suis rien d’autre que poussière d’amour.

 

Texte par Karolane Masson

Les contraires s’attirent…même en amitié

Les contraires s'attirent...même en amitié

Ado Rebelle avec un vrai gros R, je détestais toute forme d’autorité, je ne voulais rien savoir de faire comme les autres. J’en ai fait des niaiseries et j’en ai essayé des affaires, des affaires de toutes sortes ! Le noir était la seule couleur de ma palette et la trame sonore de mon existence Smell like teen spirit ! Lâcher l’école à 16 ans, partir de chez mes parents, j’avais besoin d’air, besoin qu’on me foute la paix !

Un jour, sur ma route, s’est trouvé cette ado qui était tout ce que je n’étais pas ! Coton ouaté avec un p’tit minou dessus, poster de Mario Pelchat, chambre pastel, son samedi idéal était bol de popcorn devant un film au salon avec sa maman ! Une bonne fille qui ne parlait pas fort et d’une gentillesse infinie !

Notre 1re rencontre fut tout ce qu’il a de plus improbable. Ma mère est une collègue de travail de son père, ils étaient devenus des amis. Un jour, alors que j’étais allée magasiner avec elle, elle m’a proposé d’aller prendre un café chez ce collègue/ami… ouin, ok ! La face que ma future meilleure amie a faite quand elle m’a vue dans sa maison ! Pauvre elle, ma réputation avait fait son œuvre et elle avait presque peur de moi, mais avec ma grande facilité verbale, elle a vite compris que la fille n’était pas ce que sa réputation laissait croire !

Tout nous séparait, elle tripait sur Kevin des Backstreet Boys et moi sur Kurt Cobain de Nirvana, elle aimait les ensembles en coton ouaté et moi les jeans troués, elle se coiffait de lulu, moi les cheveux noirs devant les yeux, elle était calme et docile alors que moi j’étais articulée et je défiais l’autorité !

Elle a mis un peu de sagesse dans ma vie, j’avais du fun à passer mon samedi soir à regarder un film de filles, dans son pyjama à pattes, en compagnie de sa maman. Et moi, j’ai mis un peu de rébellion dans son adolescence en lui faisant foxer l’école !

Nous sommes à l’aube de nos 25 ans d’amitié ! Qui l’aurait cru ! Jamais de chicanes, quelques désaccords sans plus ! La vie m’a un peu assagie et la vie l’a rendue plus sûre d’elle ! Nous sommes encore des contraires, mais surtout, nous sommes encore et toujours de grandes amies, les meilleures amies !

 

Je t’aime Minnie xxx

Texte par Mé.

Pour mes 30 ans

Pour mes 30 ans

Pour mes 30 ans, j’ai essayé quelque chose de nouveau et je suis rentrée dans un mur. LITTÉRALEMENT frappé un mur.

Ce que j’ai pas eu envie de dire trop fort, c’est que dimanche, au matin de ma nouvelle décennie j’étais seule… j’avais envie d’être seule. J’avais le cœur gros de nostalgie, de questions, comme à chacun de mes anniversaires. Tourner la page d’une année me fait toujours regarder en arrière. Comme si quand un chapitre finit j’ai besoin d’en faire un résumé.

Je ne serais pas fidèle à moi-même si je n’avais pas ce désir d’avancer et faire mieux. Ce besoin d’évoluer et donc de me questionner. Mais c’est dur. Être dans ma tête c’est épuisant. Puis là, je venais de finir un projet important… ce gros CHECK sur ma bucketlist qui durait depuis 4-5 ans. Qui m’a accaparé depuis le début de l’année en me mettant dans un état constant de fille qui court à 100 miles à l’heure.

Fini. J’ai à peine eu le temps d’en profiter que c’était déjà derrière. Le deuil. Une réussite dont je suis fière. Mais un vide soudain d’après événement. Ça, c’est le mur de mes peurs, celui qui est fictif. Celui qui me fait sentir pas importante quand je n’en fais pas assez. Celui qui me fait de l’ombre à moi et mon bonheur. Un mur qui veut parfois m’empêcher d’avancer, de passer au prochain chapitre.

À mon réveil, je n’étais pas d’humeur et j’avais envie de partager ce moment avec personne d’autre que moi. Ma mauvaise humeur, je préfère ne pas la partager. Je me suis convaincue que j’étais assez forte pour aller manger seule et surtout que je « méritais » un bon lunch le jour de mes 30 ans.

Arrivée au resto, noyée dans le chaos du dimanche, les gens, le bourdonnement, j’ai commencé à ressentir de la solitude. J’ai voulu fuir un peu et concentrer mon attention sur mon cellulaire qui me notifiait un après l’autre, des bonnes fêtes multiples, ce qui n’aidait pas mon sentiment soudain. Car virtuellement bombardée d’amour, j’étais concrètement ignorée. La pauvre serveuse était occupée et moi étant sur mon cellulaire, elle m’a un peu oubliée. J’ai eu l’impression d’être quelque part où ma présence n’était pas. Je me sentais… pas importante. Les larmes sont montées et j’ai tout fait pour les empêcher de couler. L’orgueil. J’ai réussi.

J’aimais pas ce «mood» dans lequel je me trouvais, mais je savais que j’avais besoin de le vivre. Il fallait que je trouve une manière de casser mon mur de peurs…

Ma belle amie sportive m’a alors invitée à faire de l’escalade pour ma toute première fois. Quand j’ai vu son texto « popper » J’ai pensé : « Es-tu folle? J’ai jamais fait ça et j’ai peur des hauteurs. » Mais sentant que ma journée ne pouvait pas être pire… j’y suis allée!

J’ai détesté ça au point d’aimer quand même. En fait, ça m’a fait frapper mon vrai mur. J’apprenais le «lâcher-prise», c’est-à-dire que j’apprenais à lâcher le mur, faire confiance et descendre tranquillement. Sauf que je ne savais pas quoi faire avec mes mains donc j’ai tournoyé sur moi-même et rentré dans le mur. Ça n’a pas fait mal. Ça m’a presque fait du bien. De se sentir ainsi en vie et réaliser que «Y’a rien là». Je n’ai pas une seule fois réussi à finir une piste et monter jusqu’en haut mais, d’une fois à l’autre, j’en faisais un peu plus et surtout, j’avais moins peur.

Et puis, je suis sortie de là avec le sourire. J’ai compris que mon mur de peurs, le fictif, j’avais pas à trouver une manière de le casser mais plutôt de l’escalader. Si je n’arrive pas complètement en haut, c’est pas grave, y’a de quoi être fière de chaque étape. Si je tombe y’a toujours des gens pour nous «assurer» On n’est pas seuls.

Tu veux savoir quoi? Le mur, il est chiant juste si tu restes en bas tout le temps, sans jamais voir le soleil. Des peurs, y’en aura toujours. Le mur, il ne disparaitra pas. Mais si tu peux chiller en haut de temps en temps et profiter du soleil en admirant la vue, ça change vraiment la perspective.

Texte par Isabelle Jetté

 

La fertilité, un passage plus que difficile et non prévu

Texte anonyme sur la fertilité

Après plus de 5 ans de relation, nous avons acheté une maison en fonction de notre désir de fonder une famille (une maison avec 4 chambres pour être certain d’avoir assez de place pour nos futurs enfants) et un petit chien. Notre complicité, notre amour, nos buts communs, on ne pouvait demander plus comme relation amoureuse. On était faits pour être ensemble, on s’était trouvés alors que nous étions à peine majeurs. Tu sais quand tu te dis que tu as trouvé l’amour de ta vie alors que tu as à peine 18 ans ! Il y en a qui cherche cette personne durant toute une vie, nous, on s’était déjà trouvés.

Le conte de fée a viré au cauchemar lorsqu’on a décidé d’avoir un premier bébé. On vit dans une société qui fait semblant qu’un bébé arrive rapidement et sans problèmes… Qui cri haut et fort qu’il a de la difficulté à procréer ? PERSONNE ! Après plus de 6 mois à essayer et ne voir aucun résultat, j’ai paniqué. Après l’arrêt de la pilule, j’ai eu mes menstruations qu’une ou deux fois. Il y avait un problème, je le sentais… Mon chum trouvait que j’étais un peu vite en affaires. Beaucoup moins stressé comparé à moi, il était de nature plus patiente aussi alors que moi je ne le suis pas du tout. Ma gynécologue me trouvait intense, elle me disait que ça pouvait prendre 2 ans avant de tomber enceinte. Soit patiente, tu es jeune, qu’elle me dît. Elle m’a fait douter, mais je savais qu’il y avait un problème. Ayant la chance d’être suivi par un médecin pour un autre problème de santé, celui-ci n’a pas hésité à me recommander à un spécialiste en fertilité.

Quand tu te rends dans une salle d’attente pour cette raison, tu as honte, tu es gêné… Tu penses que ce n’est pas normal d’avoir de la misère à tomber enceinte. Tu te rends vite compte que c’est un problème tellement fréquent et répandu, mais encore tellement tabou ! Pourquoi on ne nous a jamais dit qu’il se pouvait qu’on puisse avoir de la misère à tomber enceinte ? C’est un miracle que de porter la vie, mais on n’en est pas conscient lorsque cela arrive facilement et rapidement.

Après plusieurs tests (pas très plaisant et glamour), nous avons eu les résultats…

Je vais toujours me souvenir de cette annonce et de l’état dans lequel on se sentait. J’avais l’impression qu’on me disait que j’allais mourir d’ici quelques mois. Le médecin parlait, mais je n’entendais plus rien, c’était un écho de sa voix qui se rendait à moi. « Vous ne tomberez jamais enceinte (10 % de chance) à moins d’avoir recours à un don d’ovules (d’une sœur, d’une amie ou de façon anonyme) » Nous étions démolis à la suite de cette annonce. J’avais l’impression que ma vie me filait entre les mains. Porter la vie, avoir le bedon arrondi, porter notre enfant, le fruit de notre amour, c’était un rêve de jeune fille !

J’étais tellement contre l’idée de devoir avoir recours au don d’ovules, il n’était pas question que je me tourne vers cette option. Je suis allée en clinique privée pour obtenir l’avis d’un nouveau médecin. Il nous a conseillé d’essayer la fécondation in vitro (FIV) après 2 inséminations artificielles. Nous étions prêts à essayer ces options et aller au bout de ce projet. La fin de la gratuité pour les traitements de fertilité venait de tomber et nous devions payer plus de 10 000 $ pour tenter notre chance. Nous avons décidé de faire les sacrifices nécessaires pour peut-être avoir la chance d’avoir un bébé. Nous ne voulions avoir aucun regret plus tard, malgré le pari risqué puisque nous n’avions aucune certitude d’avoir un bébé après l’investissement d’un tel montant.

Nous avions un horaire très serré de médicaments et d’injections matin et soir (les piqûres devaient être faites toujours à la même heure). Difficile de continuer à vivre normalement pendant ce processus. Il n’y a que ça qui existe, sans compter les nombreux rendez-vous. Notre vie, c’est maintenant les traitements de fertilité. Le stress de se retrouver dans ce processus, la nouveauté, l’agenda plus que rempli avec tous les rendez-vous et la gestion de la médication.

Finalement, aucun bébé n’est venu égayer notre quotidien à la suite à ce traitement…

À suivre…

Texte anonyme

À toi, petite jeunesse

Anne-Frédérique parle de code vestimentaire

Dans la vie de tous les jours, je n’écoute pas les nouvelles et je ne lis pas le journal, à moins que ça me passe sous les yeux. J’ai Netflix et Facebook. Parfois, on sort chercher de la bouffe qu’on ne devrait pas manger, mais on le fait pareil juste parce que ça fait changement de nos repas déjà planifiés. C’est souvent à ce moment-là que je vois les nouvelles à la télévision ou dans le journal. Puis, chaque fois, je suis un peu mitigée avec l’actualité…

P’tite jeunesse, laisse-moi te raconter un peu mon histoire.

1— Les carrés jaunes, c’était déjà un mouvement… Tu sais, y’a 6 ans déjà, on était dans mon printemps érable. Je dis « mon » parce que j’ai moi-même participé au mouvement des carrés rouges/verts/jaunes. Oui, oui, on avait les carrés rouges, qui étaient contre la hausse des frais de scolarité. Les carrés verts qui étaient pour la hausse puis on avait les carrés jaunes qui sont arrivés un peu après. Eux, ils étaient en faveur d’une hausse plus graduelle que drastique. Ils étaient à mi-chemin entre le pour et le contre.

2— Fille, sérieux ? Laisse-moi te jaser un peu de la vie… J’ai 27 ans, mon secondaire, je l’ai fini y’a 10 ans… Pis j’te vois déjà me dire : « Oui, mais, dans ton temps, ce n’était pas pareil ! » Mais dans le fond, oui…

Écoute… J’ai dû faire mon secondaire avec les chandails bedaines, les jeans à tailles ultras basses pis 80 livres de trop pour que « ce soit cute ». Pis si y’en avait eu des esti de jeans tailles hautes pis des chandails qui m’arrivent en dessous des fesses, j’aurais payé tout mon p’tit change pour l’avoir… Mais y’en avait pas. Oh, pis moi, les leggings, on avait le droit de les porter seulement sous une jupe ou des shorts… ouais, c’était considéré comme des collants ! On devait toujours se battre avec le linge pour qu’il nous reste sur le dos sans trop montrer de peau… Pour vrai, ce n’était pas le fun pis on voulait tellement être à la mode. Pis la mode, c’était ça, avoir 6 pouces de peau qui n’est jamais couverte.

Anne-Frédérique parle de code vestimentaire

Pourtant, on avait les mêmes foutus règlements, I mean, j’me suis déjà fait demander de mettre un t-shirt des objets perdus parce qu’on voyait un peu (beaucoup) trop mon bas de dos/craque de fesses… Sérieusement, c’était vraiment dégueulasse de faire ça… t’sais un chandail qui pue et que tu ne sais pas à qui il appartient ? Pour vrai, on n’avait pas le droit de faire grand-chose avec nos vêtements… Pas de bretelles spaghetti, c’était la largeur de 3 doigts minimum pour la bretelle. Les shorts, 3 doigts au-dessus du genou (pas verticaux, horizontaux. J’te dis ça parce que les filles de mon école s’essayaient quand même). Comme pour les jupes, on n’avait pas le droit d’avoir les épaules dénudées pis les décolletés, on n’en parlera même pas… J’me suis même fait confisquer mes Vans slip on. Pourquoi ? Y’avait des têtes de mort… pis je rageais en saint-si-vous-plais… le ¾ de mes vêtements avaient des têtes de mort ! Faque, on improvisait ! Pis on s’arrangeait comme on pouvait. J’te jure que les tubes quand c’est arrivé, on en abusait (c’est comme une camisole pas de bretelles, pis ça faisait que les t-shirts avaient les 4-5 pouces qui manquaient pour cacher le muffin top).

J’ai fini mon secondaire en look emo, en pantalon d’armée ou des jeans de gars, des t-shirts d’enfant pis des pantoufles pour me promener dans les corridors… Un jour, le directeur de l’école m’a regardé et m’a demandé : « Pourquoi t’es en pantoufles à l’école ? » Puis j’lui ai tout simplement dit : « Parce que vous m’avez confisqué mes souliers ». Il m’a laissé faire parce que même si je n’étais pas dans la conformité du code vestimentaire, je rentrais quand même dans les règles.

Et tu sais quoi ? J’ne suis pas morte, pis mon Dieu que je remercie l’école d’avoir eu un code vestimentaire… J’veux dire que j’ai appris énormément à faire preuve d’ingéniosité pour avoir un style à mon image qui rentrait dans les règles.

Savais-tu que tes crampes menstruelles sont mille fois pires quand ton bas de ventre/dos est à découvert tout le temps ? Sérieux, c’est vrai et désagréable.

Oh et savais-tu que je suis allée dans les cadets… t’sais, l’endroit où l’uniforme est de mise à 4 000 000 000 %. Même lors des camps d’été ! Et sincèrement, ça a du bon tout ça…

J’avais des amis, je n’ai jamais su leur rang social, leur religion, s’ils vivaient aisément ou pas, ou quoi que ce soit du genre et pour vrai, c’était parfait de même. J’ne me suis jamais fait écœurer parce que j’avais le même uniforme que les autres. (Mais à l’école, j’me faisais écœurer parce que moi je n’en portais pas, du Babyfat) On avait tous les mêmes shorts, t-shirts, souliers et le même uniforme de cadet. Y’avais pas de harcèlement, les filles ne t’écœuraient pas parce que tu n’étais pas habillée sexy ou pas à la mode et en plus, ça cachait les 80 livres de trop qui font que les vêtements que tu convoites tellement ne sont pas le fun à porter.

J’comprends que tu veux t’exprimer, t’as le droit ! Mais écoute-moi 30 secondes… le code vestimentaire que t’as présentement à l’école, c’est la base pour le reste de ta vie… La job de l’école, c’est de te former pour le reste de ta vie… pas juste en français, math, anglais et tout… Ça passe aussi par des p’tites choses comme ça que tu ne vois pas tout de suite, mais que tu vas comprendre 10 ans plus tard. Et j’te vois déjà me dire : « Oui, mais ma liberté d’expression ? » Tu ne l’as pas perdue… tu l’as toujours et tu la conserveras, en dehors du contexte d’école/job. Tu sais, tous les milieux de travail demandent un minimum de code vestimentaire, TOUS. C’est dans ce genre de situations que tu vas apprendre à faire des compromis, mettre de l’eau dans ton vin comme mes parents le disent.

Anne-Frédérique parle de code vestimentaire

Mais en dehors de ces plages horaires d’école/travail, tu peux t’habiller comme tu veux. Tu veux mettre ton chandail fishnet avec une bralette orange flash et ta minijupe au ras des fesses, go for it. Mais juste dans tes plages horaires libres.

Je sais de quoi je parle. J’suis une ex emo, maquilleuse, tatouée, avec des cheveux colorés, des piercings et du linge troué… Encore et toujours un peu rebelle, on s’entend que j’ai tout un package deal. J’ai essayé d’être « plus comme tout le monde » et ce n’est pas moi, donc j’ai décidé de dealer avec.

Si j’ai été capable de me trouver des outfits qui me représentaient bien tout en restant décente pour être en gestion et comptabilité, t’es capable de faire ton secondaire avec ces règles-là. Le meilleur dans tout ça, c’est que ça m’a permis de me forger un style propre à moi dans un contexte où le cadre vestimentaire et un peu plus serré et de pouvoir quand même me démarquer de mes pairs. Ça, honnêtement, c’est la meilleure chose que tu peux faire : apprendre à rester toi-même dans un contexte où c’est plus difficile, mais surtout de sortir du lot dans tout ça.

Je sais que tu voudrais que tout le monde soit égal là-dedans… mais malheureusement, c’est un peu comparé des pommes avec des oranges… Tu vois, les garçons portent des shorts qui arrivent pas mal tout le temps aux genoux, des pantalons (ok, des fois en dessous des fesses et ça, ce n’est clairement pas acceptable), des chemises, des t-shirts, des cotons ouatés et des fois des camisoles que la bretelle couvre au moins 3 doigts de peau. C’est plate de le dire, mais tant que les gars ne porteront pas la même chose que les filles, le règlement ne pourra pas être le même pour les deux.

3— Écoute, bravo de vouloir te révolter et changer le monde, mais y’a des raisons pas mal plus importantes de te révolter que des shorts plus courts que mi-cuisses (by the way, lucky you, je te rappelle que dans mon temps… c’était 3 doigts au-dessus du genou), des bretelles spaghetti et des t-shirts qui vont par-dessus les leggings. Toute cette drive-là que tu as à vouloir changer le monde, garde-la et utilise-la pour une cause qui va vraiment aider la société. Je sais que tu es capable de faire une différence, p’tite jeunesse.

L’été arrive dans quelque mois… tu vas avoir 2 mois entiers pour exprimer ta liberté d’expression. Après, t’auras toujours les soirs, les fins de semaine et les congés… sauf si tu travailles.

Texte par Anne-Frédérique Auclair