DÉPRESSION : Le centre de crise (partie 2)

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

Cela fait 5 jours que je suis au centre de crise et je me sens bien. Mais je m’ennuie de mon chat, de mon beau-fils et de mon amoureux, ce n’est pas pareil de le voir durant une simple visite. J’ai hâte de retourner chez moi, de mettre en application ce que j’ai appris ici et de me remettre sur pied. J’ai peur aussi, peur de retomber au fond du gouffre. Aujourd’hui, je reçois la visite de mon amie Jennifer, je suis heureuse qu’elle vienne me voir, ça fait du bien de savoir qu’une amie veuille venir à cet endroit. Elle m’aide tellement avec les blogues et les filles de Folie Urbaine sont très compréhensives, je sais que je les ai beaucoup inquiétées. N’ayant pas mon cellulaire avec moi puisque c’est mon amoureux qui l’a en sa possession, je suis déconnectée de tout, c’est la meilleure chose pour moi, cela m’aide à me concentrer que sur moi-même et rien d’autre. En arrivant, elle m’offre un délicieux café glacé provenant de mon merveilleux quartier Villeray. On discute une bonne heure et mon amoureux arrive pour passer une heure avec moi lui aussi. Ses yeux. Jamais je n’oublierai ses yeux. Un regard soulagé, mais apeuré aussi. Heureux que je sois prise en charge pour aller mieux, mais perdu en ne sachant pas ce que la suite nous réserve.

Je veux partir. Lors de ma rencontre avec ma travailleuse sociale, je lui mentionne être prête à partir. Elle souhaiterait que je reste encore quelques jours, mais elle comprend. On procède à notre dernière rencontre. Elle m’aide à remplir les formulaires pour les suivis psychologiques dont j’aurai besoin à ma sortie et elle envoie le tout pour que ce soit plus rapide. Elle me donne les contacts pour le CAVAC, les numéros 24 h et tout ce dont j’ai besoin si je tombe en crise. Je suis soulagée d’avoir en main tous ses outils, je me sens enfin aidée. Je me rends compte à quel point l’aide est difficile à obtenir si on ne séjourne pas à l’hôpital. Comment une personne vulnérable peut-elle trouver de l’aide rapidement ? Internet ? C’est tellement mal dirigé avec les nombreux sites qui proviennent de partout, pas juste du Québec, il y a tellement de numéros différents. Cela décourage encore plus. Mais, s’il y a bien juste un numéro qu’il faut connaître, c’est le 8-1-1. Oui, c’est Info-Santé, mais ils sauront te diriger vers la meilleure ressource. Cependant, si ça ne va pas, téléphone au 9-1-1, c’est toujours l’option la plus rapide si tu es en détresse. En quittant le centre, j’aurai des rendez-vous hebdomadaires avec un autre travailleur social, une heure par semaine, jusqu’à ce que j’obtienne des nouvelles du CLSC. Je dois également voir mon médecin régulièrement pour un suivi médical. Je suis prête.

Je ne repars pas les mains vides. Je repars avec des outils qui m’ont été utiles pendant mon séjour et qui le seront pour le reste de ma vie. La peur, celle de ne pas savoir ce qui se passera pour moi, elle m’a hantée de l’urgence à aujourd’hui. C’est le néant total puis notre tête sort enfin de l’eau et on peut enfin prendre la respiration qu’on ne pouvait prendre depuis trop longtemps. Le trio d’activation est quelque chose que toute personne devrait connaître. Il s’agit de trois choses à faire en une journée :

1- Une chose qui te fait du bien ;

2- Une chose que tu aimes faire ;

3- Une chose que tu es obligé de faire, même si tu n’aimes pas.

Par exemple, prendre un bain, cuisiner un bon repas et aller marcher 30 minutes après le souper. J’essaie de le faire chaque jour, ce n’est pas facile, mais c’est un bon truc pour se concentrer sur le positif et de tenter de mettre en place une routine de vie saine quand on a besoin d’un peu d’aide.

On est dimanche. Mon amoureux m’attend à l’accueil, il m’embrasse, me serre dans ses bras très fort. Il prend mon sac et on sort. Je m’installe dans la voiture et je prends une immense respiration. Il me regarde avec ses petits yeux inquiets et me demande si je suis prête à retourner à la maison. Je le regarde et lui répond que oui, je veux rentrer. Cela fait maintenant 10 jours que je n’ai pas été chez moi et qu’on m’a promené d’un endroit à l’autre. La réalité me rattrape tranquillement : l’argent, l’arrêt de travail, la job, etc. J’essaie de relaxer et de ne penser à rien, de simplement dormir coller avec mon amoureux, dans notre lit, chez moi. Je me couche en me disant que demain, je penserai à tout, mais que là, dormir est la seule chose dont mon corps et mon esprit ont besoin.

 

 Valérie_réviseure

 

 

 

 

 

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

DÉPRESSION : Le centre de crise

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

On est rendu mercredi. Je me réveille dans le lit de mes parents. J’ai dormi avec ma mère et mon père sur le divan du salon. Il est 10 h 30. Je me lève, je me fais deux toasts au beurre de pinotte. Je passe la journée à écouter la télé et à dormir. Ma mère arrive à la maison à 16 h 30. Elle a tout fait mon lavage qu’elle a ramené la veille de chez moi. Elle prépare le souper. Sylvain arrive. On soupe. Je prends ma douche et on prépare mon sac pour le centre de crise. Je me mets à pleurer et je mentionne que je ne veux pas y aller, que j’ai changé d’idée. Mon amoureux et ma mère tentent de me consoler et me mentionnent à plusieurs reprises qu’il le faut, que c’est la meilleure décision à prendre pour mon bien, pour aller mieux. On finit mon sac. On embarque dans la voiture. On roule un bon 20 minutes et on arrive devant cet endroit qui semble paisible de l’extérieur. Un bloc appartement qui semble comme les autres. On sonne. On nous accueille et on nous installe dans un petit bureau.

L’intervenant s’installe et les questions débutent. Mon cœur bas tellement fort et mes larmes ne cessent de couler. Il me mentionne que je ne suis pas obligée de rester si je ne le désire pas, que c’est ma décision. Il m’explique aussi que c’est dans mon intérêt. Après une heure de discussion et après avoir écouté mon amoureux et ma mère répondre aux questions de l’intervenant, des choses ont été dites, des choses qui m’ont tellement fait réaliser que je traîne ce mal-être depuis mon enfance. J’accepte de rester. On procède à mon inscription et on m’explique les règles de la maison.
– Lever à 8 h la semaine, 9 h la fin de semaine ;
– Coucher minuit ;
– Droit de sortie, mais doit le mentionner en indiquant l’heure de retour, avant 22 h ;
– Pas le droit de garder de médication, c’est rangé dans une boîte dans le bureau des intervenants et on doit leur demander quand on doit les prendre et on doit le faire devant eux ;
– Quand on va se coucher, on doit remettre tous nos appareils électroniques au bureau des intervenants ;
– Pas le droit de téléphoner après 22 h ;
– Visite de 13 h à 16 h et 18 h à 21 h.

Tout me convient, mais c’est épeurant quand même. Je dois également laver toutes mes choses à l’eau chaude immédiatement. L’intervenant qui procède à mon accueil me tend un jogging et un t-shirt que je dois porter le temps que tous mes vêtements soient propres. Je procède au lavage. Il est maintenant 22 h 30 et tout le monde dort déjà, je suis tellement fatiguée, mais je dois attendre que la sécheuse soit terminée pour monter me coucher. Je prends le temps d’observer l’endroit où j’habiterai quelque temps. J’angoisse beaucoup, mais j’ai tout de même un immense soulagement qui traverse mon corps et qui me libère les épaules d’un peu de poids. La sécheuse sonne, je prends tous mes vêtements et je monte. Les deux femmes avec qui je partage ma chambre dorment profondément. Je m’insère sous les draps et je crois m’être endormie aussitôt.

Durant mon séjour, j’ai appris à me créer une routine qui m’aidera dans ma vie de tous les jours. Je n’aurais pas cru m’intégrer aussi rapidement, mais je me sens bien, je respire, je vis. Mon amoureux, je l’appelle constamment, j’ai peur qu’il ne m’aime plus. Mais il ne cesse de me dire la phrase : je t’aime, je suis fier de toi et tu es tellement forte. Mais la peur de l’abandon rôde toujours au-dessus de ma tête. Je cuisine beaucoup, chose que j’ai toujours aimé faire, mais là j’apprécie encore plus. Les rencontres avec ma travailleuse sociale m’aident beaucoup, elle creuse là où il faut aller et je suis enfin prête à m’y enfouir, une fois pour toutes.

Un soir, mes parents sont venus me chercher pour aller souper. C’était difficile de les voir s’inquiéter comme ça. Je ne suis pas capable de tout leur dire, pas comme je suis capable de le faire avec mon amoureux. Lui, c’est mon meilleur ami, il m’a vue comme personne ne m’a vue. Il a vu la détresse, la douleur, le mal au plus profond de mon être. C’est épeurant de voir quelqu’un comme ça et je ne cesse de me dire qu’il n’aurait pas dû vivre cela. Mais il est là, toujours, et c’est l’homme le plus formidable du monde, je n’aurais jamais pu tomber sur une personne forte, aimante et tellement présente comme lui pour traverser ce que je vis.

Je lis beaucoup au centre, une autre chose que je ne faisais plus. Parmi les choses que je dois établir dans ma vie, c’est de me mettre en priorité et faire des choses que j’aime. J’ai lu le fabuleux livre de Carolane et Josiane Stratis : Les filles sont-elles folles ? Celui-ci m’a tellement aidé à ne pas me sentir seule. Les témoignages m’ont aidé à comprendre et m’ont accompagnée. Aujourd’hui, j’aime renommer le livre en l’appelant : Les filles sont-elles fortes ? Et la réponse c’est oui !

 

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 Valérie_réviseure