Dépression : c’est difficile demander de l’aide

Karine parle de demander de l'aide

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

Je me rends compte que c’est plus facile à dire qu’à faire. J’ai toujours dit à mes ami(e)s et à mon entourage de ne jamais hésiter s’ils ont besoin d’aide. Que je suis là pour eux. Par contre, quand il est question de moi, de demander du support, je fige. Je ne le fais pas et je crois qu’on est beaucoup dans le même bateau. Lorsque j’habitais avec mon ex, il le voyait tout de suite et je n’avais pas besoin de lui demander quoi que ce soit: c’était naturel. Il a tellement fait de choses pour combler le vide que je laissais dans notre couple, dans notre appartement. Je ne demandais pas plus d’aide auprès de mes amies. «Ca va, je m’en sors ». C’était plus facile, moins lourd, moins de responsabilités. Mon ex aussi ne demandait pas d’aide. On vivait ça chacun de notre bord, ensemble, mais sans personne d’autre. Quand je suis tombée en arrêt de travail, l’aide est un peu arrivée naturellement. J’ai dû l’accepter, la faire entrer dans ma vie. Je crois que mon ex a ressenti un soulagement à ce moment là. Je ne pouvais plus le cacher. Mes parents nous ont beaucoup aidés. Ma mère m’appelait presque chaque jour et venait me voir chaque semaine.

Aujourd’hui, je suis seule. En appartement. Célibataire. Je n’ose toujours pas demander d’aide quand j’en ai besoin. Quelques fois oui, à mes parents, mais je me sens mal à chaque fois. « T’es ma fille, c’est sûre que je vais t’aider. Faut me le dire quand t’as besoin de quelque chose » me dit ma mère chaque fois qu’elle réalise que je me suis tue.

Je vais parler pour moi, mais une des choses les plus difficiles c’est de demander de l’aide aux gens qui nous entourent. Ouf, oui. Le simple fait de dire que je ne vais pas bien, que je ne pourrais faire telle ou telle chose, c’est un poids immense. J’ai souvent l’impression que je gosse le monde avec mon humeur pas toujours évidente. C’est dans ces moments là que je fais semblant. Je ne montre pas qu’en dedans, ça va pas super bien. Pourquoi gâcher le moment? Même si mes amies me disent « Tu peux me parler n’importe quand ou si tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas ». Mais j’hésite pareil! Il n’y a jamais de bons moments pour dire qu’on ne va pas bien et que peut-être que de l’aide ne serait pas de refus. Dernièrement, mon amie m’a dit qu’elle viendrait m’aider à faire mon ménage à mon appartement, cette lourde tâche que je tente de faire depuis que j’ai emménagé. Je me trouve ridicule. Je me dis que je peux le faire seule, que jamais je ne demanderais ça voyons! La vérité, c’est que c’est apprécié. Que c’est le genre d’aide que j’ai besoin. Mon énergie n’est plus comme elle était avant. Je suis au ralenti. J’ai besoin de plus de repos qu’avant.

Demander de l’aide, c’est de s’avouer à nous-mêmes qu’on en a de besoin. Chercher les ressources pour nous aider. Demander à nos proches un coup de main. Je ne sais pas si c’est quelque chose qui s’apprend avec le temps. Il faut garder en tête que ce n’est pas facile à faire et ne pas blâmer les gens qui ne le font pas. Demander de l’aider, c’est dire haut et fort : je ne vais pas bien.

 

   Audrey photo de signature

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

 

Seule

seule

J’ai 30 ans.

Je suis passée par une dépression.

J’ai su que j’avais un trouble.

Je me suis séparée d’un homme que j’aime.

J’habite seule pour la première fois.

J’ai un bon travail.

Mais je me sens seule.

J’ai toujours aimé la solitude, j’ai toujours eu besoin de mes moments de solitude. Autant quand j’étais jeune, quand j’étais en colocation et même quand j’habitais avec mon ex. J’avais besoin d’un moment juste à moi. Maintenant, ses moments sont permanents, nombreux. J’essaie de les savourer, mais je ne peux m’empêcher de réfléchir, réfléchir et réfléchir. Mon cerveau ne fait que rouler et je n’arrive plus à faire cesser les mots, les images. Je me suis rendue compte que j’avais changé plus que je ne le pensais. Je croyais que j’allais réussir à redevenir celle que j’étais avant, mais avec des outils qui me permettraient d’être heureuse, sans la souffrance qui m’accompagnait depuis si longtemps.

La souffrance est toujours là. Malgré tout ce que je fais pour prendre soin de moi, la solitude m’envahit comme jamais j’aurais cru que cela m’arriverait. J’ai toujours eu trop d’énergie, trop de projets, j’ai toujours eu besoin de m’accrocher à quelque chose pour vivre, pour survivre en fait. Maintenant, c’est vivre que j’aimerais faire, mais je me rends compte que pour réussir à le faire, je dois recommencer à zéro. Tout. Je ne peux plus être celle que j’étais avant, cette femme n’existe plus en fait. J’ai tellement tout fait pour la retrouver que j’ai oublié comment c’était de vivre, de respirer, de profiter, d’avancer.

Je me rends compte que les gens qui m’entourent ne sont plus les mêmes qu’avant non plus. J’ai changé, pour le mieux, pour moi. J’ai passé tellement de temps à focusser sur mon mal, que je n’ai pas remarqué que la vie continuait sans moi. Je me retrouve entourée de gens que je ne connais plus. De gens qui ont pris l’habitude de ne plus me voir également. Je pourrais avoir de la peine, j’en ai eu. Mais j’ai réalisé que c’est tout simplement le cours de la vie et que je devais moi aussi trouver mon chemin. Je ne sais plus qui je suis, je ne me reconnais pas, c’est presque comme si je devais me créer une nouvelle identité. J’ai observé tout autour de moi, j’ai vu que tout roulait, mais sans moi. Je ne peux être en colère, mais la déception, la peine, la douleur sont tout de même présentes. Je suis seule, contre tous, parce qu’au fond on l’est tous. J’ai perdu qui j’étais, je perds aussi ceux avec qui j’étais. Tout perdre d’un coup fait peur, mais je vais continuer à me battre, parce que ça vaut la peine de le faire.

J’ai trop pris pour acquis que j’étais encore la même et que j’étais encore entourée des mêmes personnes et que cela ne changerait pas. Mais tomber dans l’oubli, se faire prendre dans un tourbillon d’habitudes, devenir invisible du jour au lendemain, ce n’est pas un tableau facile à regarder. Je n’ai pas envie d’être ce tableau, malgré que les couleurs soient belles, qu’on l’a tellement aimé, il faut prendre son pinceau et ajouter de nouvelles couleurs et non pas refaire toujours le même dessin.

J’ai eu mal. J’ai encore mal. Mais j’ai arrêté de survivre. J’ai décidé que j’allais vivre et je construirai chaque morceau de chaque journée, seule.