À toi, petite jeunesse

Anne-Frédérique parle de code vestimentaire

Dans la vie de tous les jours, je n’écoute pas les nouvelles et je ne lis pas le journal, à moins que ça me passe sous les yeux. J’ai Netflix et Facebook. Parfois, on sort chercher de la bouffe qu’on ne devrait pas manger, mais on le fait pareil juste parce que ça fait changement de nos repas déjà planifiés. C’est souvent à ce moment-là que je vois les nouvelles à la télévision ou dans le journal. Puis, chaque fois, je suis un peu mitigée avec l’actualité…

P’tite jeunesse, laisse-moi te raconter un peu mon histoire.

1— Les carrés jaunes, c’était déjà un mouvement… Tu sais, y’a 6 ans déjà, on était dans mon printemps érable. Je dis « mon » parce que j’ai moi-même participé au mouvement des carrés rouges/verts/jaunes. Oui, oui, on avait les carrés rouges, qui étaient contre la hausse des frais de scolarité. Les carrés verts qui étaient pour la hausse puis on avait les carrés jaunes qui sont arrivés un peu après. Eux, ils étaient en faveur d’une hausse plus graduelle que drastique. Ils étaient à mi-chemin entre le pour et le contre.

2— Fille, sérieux ? Laisse-moi te jaser un peu de la vie… J’ai 27 ans, mon secondaire, je l’ai fini y’a 10 ans… Pis j’te vois déjà me dire : « Oui, mais, dans ton temps, ce n’était pas pareil ! » Mais dans le fond, oui…

Écoute… J’ai dû faire mon secondaire avec les chandails bedaines, les jeans à tailles ultras basses pis 80 livres de trop pour que « ce soit cute ». Pis si y’en avait eu des esti de jeans tailles hautes pis des chandails qui m’arrivent en dessous des fesses, j’aurais payé tout mon p’tit change pour l’avoir… Mais y’en avait pas. Oh, pis moi, les leggings, on avait le droit de les porter seulement sous une jupe ou des shorts… ouais, c’était considéré comme des collants ! On devait toujours se battre avec le linge pour qu’il nous reste sur le dos sans trop montrer de peau… Pour vrai, ce n’était pas le fun pis on voulait tellement être à la mode. Pis la mode, c’était ça, avoir 6 pouces de peau qui n’est jamais couverte.

Anne-Frédérique parle de code vestimentaire

Pourtant, on avait les mêmes foutus règlements, I mean, j’me suis déjà fait demander de mettre un t-shirt des objets perdus parce qu’on voyait un peu (beaucoup) trop mon bas de dos/craque de fesses… Sérieusement, c’était vraiment dégueulasse de faire ça… t’sais un chandail qui pue et que tu ne sais pas à qui il appartient ? Pour vrai, on n’avait pas le droit de faire grand-chose avec nos vêtements… Pas de bretelles spaghetti, c’était la largeur de 3 doigts minimum pour la bretelle. Les shorts, 3 doigts au-dessus du genou (pas verticaux, horizontaux. J’te dis ça parce que les filles de mon école s’essayaient quand même). Comme pour les jupes, on n’avait pas le droit d’avoir les épaules dénudées pis les décolletés, on n’en parlera même pas… J’me suis même fait confisquer mes Vans slip on. Pourquoi ? Y’avait des têtes de mort… pis je rageais en saint-si-vous-plais… le ¾ de mes vêtements avaient des têtes de mort ! Faque, on improvisait ! Pis on s’arrangeait comme on pouvait. J’te jure que les tubes quand c’est arrivé, on en abusait (c’est comme une camisole pas de bretelles, pis ça faisait que les t-shirts avaient les 4-5 pouces qui manquaient pour cacher le muffin top).

J’ai fini mon secondaire en look emo, en pantalon d’armée ou des jeans de gars, des t-shirts d’enfant pis des pantoufles pour me promener dans les corridors… Un jour, le directeur de l’école m’a regardé et m’a demandé : « Pourquoi t’es en pantoufles à l’école ? » Puis j’lui ai tout simplement dit : « Parce que vous m’avez confisqué mes souliers ». Il m’a laissé faire parce que même si je n’étais pas dans la conformité du code vestimentaire, je rentrais quand même dans les règles.

Et tu sais quoi ? J’ne suis pas morte, pis mon Dieu que je remercie l’école d’avoir eu un code vestimentaire… J’veux dire que j’ai appris énormément à faire preuve d’ingéniosité pour avoir un style à mon image qui rentrait dans les règles.

Savais-tu que tes crampes menstruelles sont mille fois pires quand ton bas de ventre/dos est à découvert tout le temps ? Sérieux, c’est vrai et désagréable.

Oh et savais-tu que je suis allée dans les cadets… t’sais, l’endroit où l’uniforme est de mise à 4 000 000 000 %. Même lors des camps d’été ! Et sincèrement, ça a du bon tout ça…

J’avais des amis, je n’ai jamais su leur rang social, leur religion, s’ils vivaient aisément ou pas, ou quoi que ce soit du genre et pour vrai, c’était parfait de même. J’ne me suis jamais fait écœurer parce que j’avais le même uniforme que les autres. (Mais à l’école, j’me faisais écœurer parce que moi je n’en portais pas, du Babyfat) On avait tous les mêmes shorts, t-shirts, souliers et le même uniforme de cadet. Y’avais pas de harcèlement, les filles ne t’écœuraient pas parce que tu n’étais pas habillée sexy ou pas à la mode et en plus, ça cachait les 80 livres de trop qui font que les vêtements que tu convoites tellement ne sont pas le fun à porter.

J’comprends que tu veux t’exprimer, t’as le droit ! Mais écoute-moi 30 secondes… le code vestimentaire que t’as présentement à l’école, c’est la base pour le reste de ta vie… La job de l’école, c’est de te former pour le reste de ta vie… pas juste en français, math, anglais et tout… Ça passe aussi par des p’tites choses comme ça que tu ne vois pas tout de suite, mais que tu vas comprendre 10 ans plus tard. Et j’te vois déjà me dire : « Oui, mais ma liberté d’expression ? » Tu ne l’as pas perdue… tu l’as toujours et tu la conserveras, en dehors du contexte d’école/job. Tu sais, tous les milieux de travail demandent un minimum de code vestimentaire, TOUS. C’est dans ce genre de situations que tu vas apprendre à faire des compromis, mettre de l’eau dans ton vin comme mes parents le disent.

Anne-Frédérique parle de code vestimentaire

Mais en dehors de ces plages horaires d’école/travail, tu peux t’habiller comme tu veux. Tu veux mettre ton chandail fishnet avec une bralette orange flash et ta minijupe au ras des fesses, go for it. Mais juste dans tes plages horaires libres.

Je sais de quoi je parle. J’suis une ex emo, maquilleuse, tatouée, avec des cheveux colorés, des piercings et du linge troué… Encore et toujours un peu rebelle, on s’entend que j’ai tout un package deal. J’ai essayé d’être « plus comme tout le monde » et ce n’est pas moi, donc j’ai décidé de dealer avec.

Si j’ai été capable de me trouver des outfits qui me représentaient bien tout en restant décente pour être en gestion et comptabilité, t’es capable de faire ton secondaire avec ces règles-là. Le meilleur dans tout ça, c’est que ça m’a permis de me forger un style propre à moi dans un contexte où le cadre vestimentaire et un peu plus serré et de pouvoir quand même me démarquer de mes pairs. Ça, honnêtement, c’est la meilleure chose que tu peux faire : apprendre à rester toi-même dans un contexte où c’est plus difficile, mais surtout de sortir du lot dans tout ça.

Je sais que tu voudrais que tout le monde soit égal là-dedans… mais malheureusement, c’est un peu comparé des pommes avec des oranges… Tu vois, les garçons portent des shorts qui arrivent pas mal tout le temps aux genoux, des pantalons (ok, des fois en dessous des fesses et ça, ce n’est clairement pas acceptable), des chemises, des t-shirts, des cotons ouatés et des fois des camisoles que la bretelle couvre au moins 3 doigts de peau. C’est plate de le dire, mais tant que les gars ne porteront pas la même chose que les filles, le règlement ne pourra pas être le même pour les deux.

3— Écoute, bravo de vouloir te révolter et changer le monde, mais y’a des raisons pas mal plus importantes de te révolter que des shorts plus courts que mi-cuisses (by the way, lucky you, je te rappelle que dans mon temps… c’était 3 doigts au-dessus du genou), des bretelles spaghetti et des t-shirts qui vont par-dessus les leggings. Toute cette drive-là que tu as à vouloir changer le monde, garde-la et utilise-la pour une cause qui va vraiment aider la société. Je sais que tu es capable de faire une différence, p’tite jeunesse.

L’été arrive dans quelque mois… tu vas avoir 2 mois entiers pour exprimer ta liberté d’expression. Après, t’auras toujours les soirs, les fins de semaine et les congés… sauf si tu travailles.

Texte par Anne-Frédérique Auclair

Ma jeunesse à Montréal Partie 2. – les années 90

charline ma vie à montreal

1993

La rue Bruchési.

I will always love you joue pour la 23ième fois sur ma cassette de la trame sonore du film « The bodyguard ». Je n’ai rien d’une grande chanteuse, mais avec ELLE, Whitney, ma voix semble moins fausse… et puis je chante au travers de mon micro, voire mon ventilateur sur pied, alors ma voix est encore plus « spéciale »! Hahaha!

À des millions d’années-lumière des cellulaires et des réseaux sociaux, j’attends que la ligne téléphonique se libère pour pouvoir appeler ma best Ana, et lui demander si elle veut bien aller magasiner au Centre commercial Côte-Vertu avec moi.

(Wow! Je viens de réaliser que « dans mon temps », planifier une simple sortie ne se faisait pas aussi aisément qu’aujourd’hui.)

Nous voici donc, 90 minutes plus tard, au coin de la rue Charland, à courir pour ne pas rater notre autobus 121. Mes grandes boucles d’oreilles créoles qui se balancent dans tous les sens, mes jeans pattes d’éléphant qui traînent au sol, j’ai à peine le temps de sortir mon billet d’autobus et le donner au chauffeur, qu’il démarre en trombe.

On s’assoit dans le fond du bus, et d’un seul écouteur chacune, nous entendons la musique entraînante d’Ace of Base sur mon Walk-Man.

Durant le trajet, on parle de nos cours au secondaire, des professeurs, des derniers ragots de l’école et de nos amis.

Ce chemin, nous avons dû le faire des centaines de fois, pour aller faire du lèche-vitrine plus que pour réellement acheter des vêtements. Des fous rires, nous en avons eus, à ne plus être capables de s’arrêter ou de se souvenir comment cela avait débuté.

C’est le genre de souvenir qui vous décroche un sourire, n’importe quand. Qui vous rappelle que dans l’adolescence, c’était la belle vie, sans responsabilité lourde ou de questionnement existentiel.

Montréal est empreinte de ces moments : dans mon quartier, à chaque coin de rue que j’ai frôlé, dans les parcs que j’ai fréquentés, les ruelles où j’ai pédalé.

St-Michel, c’est mon patelin, mon tapis de bienvenue sur cette planète. Montréal m’a vue grandir, m’émerveiller, m’épanouir, me morfondre, m’exciter, rêver.

Montréal, c’est mes racines.

Quand j’y reviens, mon cœur de jeune fille revit.

Je m’y sens accueillie.

Bien sûr, elle a beaucoup changée.

Les nids-de-poule, les infâmes cônes orange, les taxis trop pressés… Or, je l’aime telle qu’elle est. Inconditionnellement.

C’est ma ville depuis toujours, elle est vivante, multiculturelle, en constant développement et surtout, elle est vraie!

Étant maintenant en banlieue, Montréal est une oasis, une ressource, où je retourne lorsque j’ai la nécessité de refaire un plein.

Le marché Jean-Talon, la rue Fleury, le parc des Hirondelles, le Métro; tous des lieux que j’aime revoir et faire connaître à mes enfants.

Eux grandiront à Mascouche, connaîtront les grandes cours, les autobus aux heures et les maisons 3 étages…

Une tout autre expérience de vie, certes, mais elle leur sera propre et à l’image de ce qu’ils y auront vécus.

J’ai bien hâte de comparer leurs réalités et les souvenirs qui les auront animés durant leur jeunesse.

 

Ma jeunesse à Montréal Partie 1 – les années 80

Charline parle de sa jeunesse à Montreal

1985

La rue Parthenais.

 

Ma meilleure amie Nathalie est dans sa fenêtre et me salue, d’en haut.

Je viens de descendre de la voiture de mon père, où j’étais assise sur lui, côté conducteur.

Je me sens fière. Grande.

 

Quelques fois, j’avais le droit à ce moment unique, seul avec lui…

 

Il arrêtait au début de notre rue, je sautais sur ses genoux et je pouvais «conduire» jusqu’à devant notre appartement de la rue Parthenais. Quel magnifique souvenir!

 

« Nathalie! Tu viens jouer?»

Elle hoche la tête, me sourit et disparaît.

La voilà aussitôt qui arrive, son cloche-pied rouge fraise dans les mains.

Super! Elle se met à sauter sur un pied et ses deux lulus vont dans tous les sens.

 

Lili, c’est comme ma sœur.

On se comprend, on s’amuse et on a toujours de quoi à se dire. Il n’y a pas une journée où on ne se voit pas.

J’aime bien aller chez elle, jouer dans sa chambre. La chanceuse a sa propre pièce! On s’amuse alors avec Fraisinette ou on se déguise et on fait semblant d’être des dames avec nos chapeaux et nos colliers.

 

Et puis, il arrive que j’y croise son grand frère Sylvain. (Soupir)

Le beau grand Sylvain. Ses yeux clairs et ses longs cheveux blonds en bataille. Il ressemble à un de ces musiciens, qu’on voit dans les vidéoclips à Musique Plus.

 

Quand il se fait tard, après le souper, on se parle depuis nos balcons pendant qu’on prend soin de nos poupées respectives.

 

Même que quelques fois, discrètement, je monte sur le bord de ma baignoire et je lui parle depuis la minuscule fenêtre du puits de lumière, qui donne sur sa chambre.

Mais chut, c’est notre secret!

À l’école, on se jase un peu moins. Nathalie est déjà en première année tandis que moi, je viens à peine de commencer la maternelle.

 

J’adore l’école!

 

Dessiner, apprendre, jouer, bricoler, chanter.

Vanie, notre enseignante est chaleureuse et aimante. Elle nous fait des câlins rassurants et nous regarde avec des yeux compréhensifs et patients.

 

Elle m’a marqué par sa gentillesse et par l’amour inconditionnel qu’elle nous offrait. Avec le temps, je me suis même rendue compte qu’elle a façonné l’éducatrice que je suis devenue, un peu à son image.

 

À l’heure de la récréation, je cours vers l’immense arbre qui se trouve dans le fond, près de la clôture. J’aime bien sentir ses écorces sous mes paumes. Je marche sur ses grosses racines et tourne autour de lui, en chantant des comptines. Il me fait du bien. Je ressens sa vieille âme, son vécu, je communique avec le seul bout de nature qui existe dans notre cour d’école.

Un peu plus tard vers nos 7-8 ans, Lili et moi, on aimait se promener sur nos vélos et aller jouer dans le champ qui était juste à quelques mètres de nos maisons. On essayait d’y faire de la gymnastique ou on se faisait des longues parties de Tag, avec d’autres enfants de notre rue.

 

Quand Nathalie est allée dans la cour des grands, on s’est naturellement perdues de vue. Nous avions alors chacune nos amis et c’était un peu «insensé» qu’elle puisse avoir une amitié avec une plus jeune…

 

Il y a quelques années, elle m’a avoué sur Facebook qu’elle avait trouvé cela triste qu’on se soit côtoyées durant tout ce temps, primaire et secondaire, sans jamais renouer d’amitié. Mais je ne lui en ai jamais vraiment voulu. Je garde de merveilleux souvenirs d’elle et de nos temps de jeux…

 

(Revenez me lire dans 2 semaines, je vous emmènerai faire un tour dans les années 90, cette fois-ci)

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