Si j’avais (les choses que j’aurais voulues faire)

Si j’avais...

Il y a tellement de choses que jaurais aimé faire ou que jaurais dû faire! Je me suis souvent remise en question concernant le grand SI JAVAIS. Est-ce que lannée de mes 30 ans ma fait plus repenser à mes choix de vies? Je réponds sans hésiter : sans aucun doute. Je pense à tellement de choses que jaurais aimé faire, telles que des voyages, l’école, les choix de voiture et jen passe.

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Le portrait impossible

Claudie parle de portrait impossible

Ça fait des semaines, voire des mois, que j’essaie de peindre un portrait de toi pour te sortir de ma tête. J’essaie de composer l’esquisse avant de la coucher sur papier ; décider des couleurs, des ombres, des formes, mais tu demeures insaisissable. Alors j’essaie de peindre un portrait de toi qui serait plutôt fait de mots, même si une simple suite de phrases bâclées ne te rendrait pas justice.

Tu es contradictions et, par conséquent, tu n’es rien et tout à la fois. Tu es silence et cris. Tu es lumière et noirceur. Tu es équilibre et vertige. Tu es sobriété et ivresse. Tu es droiture et laisser-aller. Tu es en cage, mais tu t’envoles, même s’il me semble que tu pourrais aller encore plus haut, comme vers l’infini. Tu es fort, mais tellement fragile. Tu es solide et pourtant brisé. Tu. Es. Vivant.

Il y a une telle conviction dans ta manière d’incarner chaque instant, tant d’existence dans ta présence, même silencieuse, que le vide né de ton absence semble abyssal et suffocant.

J’imagine tristement que cette manifestation intangible de toi sème parfois une certaine controverse. J’imagine que, pour certains, même dans ce silence, tu parles trop fort. J’imagine qu’on a dû te demander de te taire souvent… trop souvent. J’imagine qu’on a trop souvent choisi de t’ignorer pour rependre un peu de la place que tu saisis sans trop la vouloir ni savoir quoi en faire. Mais, mon cœur, ce n’est pas toi qui prend la place, c’est la place qui te prend toi ; comme si la vie voulait être faite de parcelles de toi et que les molécules de l’air voulaient fusionner avec ton esprit singulier. Comme si le monde se précipitait dans tes mains dès qu’elles sont ouvertes et que, maladroit et prudent, tu cherchais à le déposer par peur de le briser. Je crains que tu ne saches pas à quel point tu es digne de tenir ce monde du bout des doigts ; à quel point, s’il y avait bel et bien un Créateur, tu serais sa plus grande fierté. Toi aussi tu es fier, tellement fier, et pourtant incertain. Tu es affection et bienveillance, tout autant que riposte et insurrection. Tu es paix et combat. Tu es douceur et violence.

Tu as ce pouvoir surhumain de transformer le temps en espace et de transformer l’espace en tangible ; tu transmets un peu de toi à l’invisible. Tu es partout. Tu habites tout. Tu fais tout vibrer dans une symphonie métaphysique.

Je suppose qu’à ne point comprendre le trajet parcouru entre une partie de toi et l’autre extrémité, tu peux être trop souvent inquiété par une arrogante solitude que tu continues de construire et déconstruire. Mon cœur, il n’est pas donné à tout le monde de savoir apprécier le spectre des possibilités offertes par la plus pure humanité, de savoir trouver belle l’incertitude, et encore moins de l’aimer.

Saches que ceux qui te résistent sont les plus tristes. Saches que ceux qui s’abandonnent à ta gravité le feront sans fin et joyeusement, intensément, sans s’en excuser. Saches que ceux qui t’aiment, t’aiment tout entier. Saches également que je fais partie de ceux-là, que je gravite autour de toi, même si tu ne souhaites pas capturer de satellite. Tu es liberté.

Texte par Claudie Saulnier

Le poids mental qui reste

Veronique parle de la gestion de son poids

Nous avons tous un poids idéal ou appelons-le; le poids santé. Celui qui est supposé nous rendre confortable et en santé. Mais qu’en est-il de celui de surplus qui n’y est plus, mais qui reste encré en nous? Je m’explique…

Dans le passé, j’ai eu des expériences malsaines avec le réconfort que me procurait la nourriture. J’ai pesé jusque 225 livres. Je n’avais que 19 ans. Avec le temps, la gestion de moi-même, la volonté, la maturité et mon mode de vie, je n’ai acquis que du positif. Les bonnes habitudes d’entraînement, la nourriture saine et la constance ont fait disparaître ce que je n’arrivais plus à voir dans une glace. Mais voilà que 8 ans plus tard, je n’arrive pas à oublier la fille que j’étais.

Pourtant devenue celle que je voulais être, je n’arrive pas à effacer l’ancienne moi. Je réalise les efforts et les exploits qui m’ont mené à aujourd’hui mais l’autre ne me quitte pas l’esprit. Lorsque je me regarde dans le miroir, je n’arrive pas à me voir telle que je suis. Comme toutes les filles ou presque, j’ai des complexes, mais en ayant eu un excès de poids, je trouve difficile de faire la part des choses.

Il s’agit de prendre un peu de poids pour que la peur de grossir me ronge. Courir au gym pour surpasser celle que j’ai déjà été, une sorte de challenge personnel pour vaincre le passé. Suer le plus possible pour éliminer les traces psychologiques qui hantent mon cerveau, voilà comment je me sens. Beaucoup de gens sont épatés et fiers de la personne que je suis devenue, mais ils ne se doutent pas du bagage que je traîne.

Je ne me plains pas du tout, je suis fière de mes accomplissements, mais j’aimerais ne plus craindre de redevenir cette fille-là; sédentaire, malheureuse et pas bien dans sa peau. Je voudrais seulement apprécier celle qui est réellement là, arrêter d’observer ce qui pourrait être mieux, ce qui n’est pas assez ferme, ce qui n’est pas avantageux dans certains vêtements. Je ne suis pas un automobile que l’on peut modifier sur Photoshop, je suis une humaine qui peut améliorer sa silhouette mais le but premier se doit d’être sain et pour les bonnes raisons. D’être physiquement parfaite devient obsessionnel. Je veux être bien, belle et moi! Je veux surtout être belle mentalement car c’est l’une des beautés les plus uniques et sincères dans ce monde. Apprendre à s’accepter tel que l’on est ne s’acquiert pas avec une machine du conditionnement physique, tout part de notre machine à nous qui se nomme le cerveau.

Je veux juste ressentir le bien être de l’entraînement et réaliser les bienfaits que cela m’apporte. Réaliser que je travaille tellement fort que je ne peux retourner où j’ai déjà été enfoncée. Avoir l’esprit tranquille lorsque quelqu’un me fait un compliment, et être capable de l’accepter. C’est difficile d’accepter certains compliments puisque je ne vois pas la personne que l’autre voit. La vie qui avance, les projets qui évoluent, l’entourage qui est d’un bon soutien sont toutes des bonnes conditions pour arriver à voir que je ne suis plus la fille du passé!

J’ai été dans l’action de changer ce que je n’arrivais plus à accepter, j’ai évolué en tant que personne. Mon estime personnel et ma confiance ont bondi en flèche mais je voudrais juste voir ce qui en est et arrêter de vouloir fuir l’ancienne moi. Le poids d’une personne est un chiffre, mais aimer ce que l’on voit est un bien être qui ne se compte pas. La balance doit disparaître et la sérénité et l’accomplissement doivent se ressentir.

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Je ne suis pas voisineuse

Folie Urbaine voisineuse jen

Tsé la fille qui parle à tout le monde quand elle arrive quelque part ? Celle qui s’assure que tout le monde ne manque de rien dans un party ? Qui prend la parole en public sans être trop stressée ? Qui est plutôt de nature extravertie et n’a pas peur de se retrouver dans un endroit avec plusieurs personnes qu’elle ne connaît pas ?

C’est moi.

Celle qui apprécie sa maison et le confort de sa solitude entre 4 murs ? Celle qui adore se retrouver complètement seule à la maison pendant plusieurs heures et espère ne croiser personne dans les rues pendant quelques journées consécutives ? Celle qui veut la tranquillité d’un chalet à 1 km de l’effervescence du centre-ville ? Celle qui veut se laisser bercer dans son hamac à l’abri des regards sans jamais se faire déranger pendant la lecture d’un livre passionnant ?

C’est aussi moi.

Tout ça pour dire que ma personnalité est pleine de contradictions quand vient le temps de gérer mes rapports avec les gens et organiser mes moments de silence, seule avec moi-même.

J’ai besoin de contacts humains partout… sauf chez nous. À part ceux qui cohabitent avec moi, c’est-à-dire mon chum et mon fils seulement. Et mon chat.

Quand j’arrive dans mon quartier, je remarque à peine ce qui m’entoure. Je ne croise pas le regard des gens. Ou à peine. Je dois leur paraître affreusement snob. Et ça ne me dérange pas du tout. Je demeure au même endroit depuis 6 ans, et je ne connais le nom que de 2 ou 3 personnes de mon voisinage. Et ce n’est pas moi qui leur ai demandé.

Parce que moi, je ne suis pas voisineuse.

Je suis plutôt l’antisociale par excellence dans toute la superficie du quartier où j’ai élu domicile. Et c’était la même chose lorsque j’étais en appartement. La fille la plus tranquille du bloc. Celle qui ne se mêle de rien, qui ne veut pas de contact ou d’échanges verbaux sur la pluie et le beau temps et qui préfère aller à l’épicerie à 22 h le soir plutôt que d’aller cogner chez sa voisine de palier pour lui demander une tasse de sucre. Celle qui va peut-être regarder par le rideau, une fois de temps en temps, si elle entend des conversations inhabituelles provenant de la maison d’à côté, mais qui n’osera jamais sortir pour donner l’impression qu’elle s’y intéresse un tant soit peu.

On dirait que j’ai peur de me sentir envahie par mes voisins. Donnez-leur un pouce et ils prendront le bras. J’ai peur que si j’ouvre la bouche une fois, il sera trop tard. Je devrai converser avec eux, chaque fois que nous nous croiserons et il sera obligatoire de trouver des sujets de conversations différents chaque fois. Et inévitablement de me sentir obligée de prendre des nouvelles d’eux alors que leur vie ne m’intéresse pas vraiment. J’ai déjà de la difficulté à gérer mes relations au quotidien… Non, mais c’est vrai, on doit entretenir nos rapports humains avec notre famille, les gens au travail, avec nos amis, avec certaines personnes avec lesquelles nous entretenons des contacts obligatoires, je n’ai pas envie de gérer mes voisins en plus !

Quand j’entre chez moi, c’est pour retrouver mon havre de paix. Mon sanctuaire. Ma bulle de tranquillité. Mon petit nid décoré à mon image et selon mes goûts. Et je n’ai pas envie de m’y sentir coincée au pied de la porte, parce que quelqu’un me retient pour me parler de sa journée de travail ou de son dernier voyage dans le Sud. Pas que ce n’est pas important. Mais ce n’est pas ma priorité quand je veux juste retrouver le confort de ma maison.

Alors, chers voisins, ce n’est pas que votre présence me dérange. Mais je préfère me tenir loin, préserver mon petit cocon et limiter nos échanges à de simples bonjours.

Pis t’as le droit de me trouver snob. Je peux vivre avec ça.

Malade invisible

ephemere malade couverture

Dans ma presque nudité, je suis marquée au crayon indélébile. La plupart des gens que je connais ne le sauront jamais, comme si je menais une double vie. Je fais partie de ces malades invisibles, ceux qui perdent davantage de visibilité lorsque l’étiquette leur est finalement attribuée. Des maladies difficiles à diagnostiquer parce qu’elles ne sont pas quantifiables, qu’elles ne se voient pas dans un microscope. Je me nomme Audrey, j’ai 29 ans et je suis atteinte d’une maladie mentale.

Ephemere malade invisible

Crédit photo : Maxime Sauriol

Invisible, et pourtant mon corps porte les marques de ma condition. Sur mes cuisses et mes côtes, j’ai des cicatrices de mutilations que je me suis infligées. Des cicatrices dont j’ai honte, qui résonnent en moi telles des témoins et preuves des maladies et traumatismes qui m’habitent. J’ai beau vouloir les maquiller ou les couvrir ou les ignorer, elles sont là pour rester.

Lorsque tu as une maladie mentale, il vient un moment où tu ne peux plus te fuir, parce que les symptômes finissent toujours par te rattraper. J’ai dû me regarder longtemps dans le miroir et à l’envers de celui-ci pour comprendre que je devais m’apprivoiser. Si ma maladie mentale pouvait parfois être une tare, elle pouvait aussi faire de ma vie une expérience unique et transformatrice, où mes faiblesses pouvaient être aussi des forces.

Folie ephemere malade

Crédit photo : Maxime Sauriol

Je ne dis pas que c’est facile et que j’ai réussi à m’accepter du jour au lendemain. Quotidiennement, je renégocie la perception que j’ai de moi-même et de mon environnement. Des fois, je me plante et je me laisse ensevelir ; je me ramasse à terre et j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais. Et je regarde mes cicatrices ; je sais aussi que j’ai eu des passes beaucoup plus difficiles et que malgré tout, j’ai réussi à m’en sortir. Mes cicatrices me rappellent que je suis en vie et que j’ai fait ce choix chaque fois que je me suis relevée.

Folie ephemere malade

Crédit photo : Maxime Sauriol

J’ai toujours joué à la fille forte, celle qui ne s’agenouillait pas devant l’adversité, celle qui était toujours capable d’en prendre plus. J’ai longtemps porté des masques pour cacher ma fragilité et ma vulnérabilité aux autres parce que profondément, j’avais la chienne. Si je m’affichais réellement, avec mes bons côtés comme avec mes maux que j’avoue en un souffle et à demi-voix, je croyais qu’on me pousserait davantage en marge de la société. J’avais peur que si j’acceptais et affirmais mes faiblesses, toutes mes chances au bonheur s’enfuiraient entre les craques du plancher.

Folie ephemere malade

Crédit photo : Maxime Sauriol

Je suis tannée de me cacher, de porter des masques qui ne me représentent pas entièrement, de mentir et de sembler inatteignable et intouchable. Aujourd’hui, je me montre à toi, dans toute ma vulnérabilité et dans toute ma force, sans attentes ni illusions.

Ephemere malade invisible

Crédit photo : Maxime Sauriol

 

Texte de Audrey Deschênes

 

Mange, pleure, aime

Mange pleure aime jen

Ça a commencé avec une photo.

Une seule photo.

Qui m’a foncé dedans comme un train.

La première photo où je me suis trouvée grosse.

G-R-O-S-S-E. Le gros mot. Grosse.

À 27 ans.

Jamais je ne m’étais trouvée grosse avant. Même quand j’étais enceinte. Même quand mes amies portaient du 0 ou du S, et que moi je me promenais toujours entre le M et le L ou la taille 9 ou 11.

J’avais toujours su que je ne serais jamais mannequin. J’étais pas assez grande. Mais jamais je ne m’étais dit que c’était parce que j’étais trop grosse pour l’être.

Ça a commencé comme ça. En voulant oublier cette photo et l’effet qu’elle me faisait.

C’est là que c’est apparu. Insidieusement.

Au début, ça se passait bien. C’était juste une reprise en main comme tout le monde le fait au moins une fois dans sa vie. Je priorisais ma santé et mon alimentation. Je ne faisais qu’appliquer le célèbre dicton : « Un esprit sain dans un corps sain. » Je prenais goût au sentiment de bien-être et de satisfaction d’avoir mangé un fruit plutôt qu’un sac de jujubes. J’aimais voir mes muscles se découper au fur et à mesure que j’apprenais à maîtriser les haltères. J’aimais les compliments des gens, qui me félicitaient pour mes efforts, et qui trouvaient que ça me faisait bien la taille 6 et les chandails S. Même mon médecin me félicitait pour mon poids qui baissait d’une année à l’autre. J’étais dans mon poids santé, alors j’avais sa bénédiction. J’aimais être plus en forme que la plupart de mes amis et de ma famille. J’aimais être la fille qui semblait bien dans sa peau, en parfait contrôle de son poids, de ses repas et de sa vie.

J’étais solide. Je me regardais dans le miroir et je ne voyais que de la fierté. Je me disais même : « Jen, tu l’as. Voilà, tu y es sur ton X ».

C’est après que le miroir a commencé à se fendiller.

Vers 32 ans.

Pour une raison que j’ignore, j’ai commencé à décliner. À rejeter un peu à la fois tout ce qui constituait mon mode de vie depuis les 5 dernières années. Ça a commencé par l’alimentation. J’étais moins assidue, après m’être privée pendant quelque temps, je croyais que j’avais le contrôle. Mais j’étais comme une alcoolique qui dit qu’elle va prendre juste une bière, pas plus. Mais y en a rarement juste une. Alors pour moi, c’était exactement la même chose.

J’ai recommencé.

Un jujube à la fois. En me disant que j’avais le contrôle. Ou une bonne occasion de me gâter. Ou c’était l’Halloween. Ou c’était un cadeau. Ensuite, c’est l’entraînement qui a pris le bord. Je bougeais toujours, mais moins régulièrement. Mon petit cœur recommençait à pomper un peu plus après quelques jours d’inactivité. Les lignes de mes bras et de mes épaules reprenaient tranquillement leur forme droite plutôt que recourbée. Le petit gras de ventre réapparaissait de je ne sais où.

Au début, ce n’était pas grand-chose. 2 livres de plus que l’année précédente. C’était peut-être 2 livres d’eau. Ou 2 livres de jujubes mangés la veille. Ou 2 livres de muscle. Oui, c’était sûrement 2 livres de muscles. Pas de quoi paniquer. J’étais capable de les reperdre, j’en avais déjà perdu près de 30. 2 c’était rien.

Mais ensuite…

Une autre année est passée.

2 livres se sont ajoutées aux précédentes, qui n’avaient peut-être pas trouvé refuge au pays des muscles, mais qui avaient vraisemblablement décidé de prolonger leur séjour quelque part dans mon corps. J’étais stressée un peu, mais comme je revenais de mon premier voyage dans le Sud et que j’avais manifestement trop compris ce que bouffe à volonté veut dire, je me disais que j’allais me reprendre en main.

Deux autres années se sont écoulées. Les rendez-vous chez le médecin me mettaient maintenant dans une rage folle. Je ressortais de là avec une envie de jeter tout ce qui ne constituait pas un légume dans ma cuisine. J’avais le goût de vomir jusqu’à ne plus avoir rien à sortir. Je me disais que je devrais peut-être commencer à faire des demi-marathons, même si je hais courir.

C’est alors que le piège s’est refermé.

L’été tirait à sa fin, je venais de passer la saison la plus inactive des 7 dernières années. Presque pas d’exercices, abus de crème glacée et mon cerveau qui joue au ping-pong avec ma culpabilité. Un coup à droite : « C’est pas grave, c’est les vacances. » Un coup à gauche : « Reprend le contrôle fille, ça dérape ton affaire. » Je me disais que j’allais me reprendre à la rentrée. J’étais obsédée par la bouffe, je ne pensais qu’à ça. À ce que je mangeais, à ce que je voulais manger et surtout, à ce que j’aurais dû manger. Il fallait que ça cesse. Je devais me reprendre en main. Au lieu d’aller m’acheter des crayons, je ferais des assiettes de crudités aussi colorées que mes leggings d’entraînement.

Mais ensuite…

J’ai craqué.

Devant une assiette de nachos gratinés.

Avalés à 22 h 15 l’avant-dernier soir de mes vacances. À peine l’assiette terminée, j’ai éclaté en sanglots. Incapable de m’arrêter. J’avais le goût de vomir. J’avais le goût de mourir. Je ne ressentais plus le goût du fromage, je ne goûtais que l’échec. J’avais envie de me donner des coups de poing dans le ventre pour l’endurcir et l’empêcher de grossir. J’étais en panique, angoissée, en pleurs.

Mais ensuite…

J’ai compris.

J’ai un trouble alimentaire.

 

T’es un pion

Folie Urbaine pion ephemere

Comment on fait pour être en couple en 2017?

Comment on fait pour rencontrer quelqu’un?

Et si on finit par trouver quelqu’un, comment on fait pour garder la personne dans cette jungle?

Comment on fait pour vivre une relation saine avec quelqu’un sans que tout ce faux, tout ce virtuel, ne nous mette des bâtons dans les roues?

OSTIE QUE JE SUIS CONTENTE DE NE PAS ÊTRE CÉLIBATAIRE.

Non mais, on va se le dire: on est loin des relations qui existaient il y a 15 ans.

Si la technologie nous fait avancer dans plusieurs domaines, elle nous fait également reculer de plusieurs pas quand il est question de relations amoureuses.

Certes, les médias sociaux peuvent aider à rencontrer.

Et si on n’avait pas besoin d’aide?

Et si cette soudaine facilité consistait en  un cadeau empoisonné?

Je regarde ce que sont devenues nos relations, et je fais tout de suite le lien avec une planche de jeu de société:

Tu as trouvé un ‘‘match’’ sur Tinder: avance ton pion de trois cases.

Ton ‘‘match’’ Tinder en a trouvé une plus sexy que toi: retourne à la case départ.

Tu as rencontré l’âme sœur sur Facebook grâce à vos 81 amis en commun (dont 14 que tu connais réellement, pour les avoir croisés à un moment donné quelque part): monte l’échelle.

Te voici à la case 56.

Tu as couché avec ta date le premier soir: descends sur le serpent sur un ostie d’temps.

Tu as été le premier à envoyer un texto à l’autre après la première date: ciboire, t’as rien compris, va en prison.

Tu as liké 44 de ses photos de profil sur Facebook en l’espace de 3 minutes, avance ton câlvasse de cheval à bascule jusqu’à l’avenue Illinois et paie 240$.

Tu fais attendre l’autre un minimum de quinze minutes avant de répondre à chacun de ses textos, question d’avoir l’air ben au-dessus de tes affaires: sors de prison, passe GO et réclame 200$.

Tu l’as appelée, juste parce qu’elle te manque et que tu avais envie d’entendre sa voix: câlisse que tu l’as pas l’affaire. Le téléphone, c’est out. Pis t’as l’air désespéré à fond. Passe ton tour.

Tu as attendu six mois avant de lui dire « Je t’aime » et ce, même si tu avais envie de lui dire dès les premiers jours : Monte l’échelle.

Tu es maintenant rendu à la case 72. Good boy!!

T’as laissé ton compte Facebook ouvert et il a lu toutes tes conversations privées avec des mecs qui, pendant un moment, ont réussi à te faire croire qu’ils étaient bien mieux  que lui: BANQUEROUTE.

Le gazon, fille, n’est pas toujours plus vert chez le voisin.

Je sais que t’es rendue avec des milliers de voisins, pis que c’est pas facile de rester avec le même quand le catalogue est trois kilomètres d’épais.

Mais t’sais, c’est pas en swipant des photos pis en collectionnant les dates de trois semaines que tu vas avancer.

C’est pas non plus en jouant un personnage.

On recommence une nouvelle game?

Texte par Karine Richard

etampe karianne

La panique des imprévus

Folie Urbaine panique des imprevus

J’écris ce texte pour me convaincre que je suis normale.

Parce que même si j’aime être différente, j’espère sincèrement qu’il y en a d’autres comme moi sur ce coup-là.

Alors, rassurez-moi s’il vous plaît…

Dites-moi que je ne suis pas la seule à capoter pis à réagir au quart de tour quand y a un imprévu qui débarque et qui vient modifier le cours de ma journée. Ok, c’est pas toujours la grosse panique et une réaction excessive de ma part, mais ce n’est jamais sans conséquence non plus.

J’aime organiser les choses, planifier mon horaire, mon itinéraire. Remplir les cases de mon calendrier. Prévoir. Ne pas me sentir désorganisée.

Folie Urbaine panique des imprévus

Pourtant, j’aime quand même laisser un peu de place à la spontanéité, me laisser surprendre, improviser. J’adore aussi les surprises.

Mais quand les choses ne tournent pas comme JE l’avais prévu, je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe dans ma tête et mon corps, mais ce n’est vraiment pas facile à gérer.

Je vois alors le plan que j’avais tracé soudainement s’embrouiller. C’est comme si le chemin que j’avais tracé était soudainement obstrué par un arbre tombé au beau milieu de la route et que je devais m’arrêter pour trouver une solution avant de repartir. Pis ça, ça me déstabilise. Je vois rouge, mon esprit s’emballe, je perds le contrôle de mes émotions. J’en perds mon sang froid, j’envisage 12 alternatives, 234 conséquences et je deviens incontrôlable tant que je n’ai pas pris de décision finale. Et si cette solution ne fait pas complètement mon affaire, je peux bouder et prétendre que ma journée est gâchée. Je me déteste quand ça m’arrive. Je me tombe sur les nerfs comme ce n’est pas possible et c’est vraiment désagréable pour ceux qui m’entourent et particulièrement pour mon chum qui a du mal à dealer avec ce trait de ma personnalité.

On dirait que je ne pense qu’à ce que je n’aurai pas, à ce que je pourrais manquer ou ce qui pourrait arriver s’il y a un changement au plan initial. Je ne vois alors que le chaos et je n’arrive pas à me dire que ce n’est pas grave ou que le changement sera peut-être mieux ou minimalement sans conséquence sur le déroulement de ma journée.

J’essaie ben fort de travailler ce trait de caractère. Parce que je me stresse vraiment pour rien. La plupart du temps, ce n’est pas si dramatique. Et ça finit toujours par s’arranger. D’une façon ou d’une autre.

Alors, rassurez-moi.

Dites-moi qu’il y en a d’autres qui se laissent facilement déstabiliser par les imprévus et réagissent excessivement comme je peux le faire.

S’il n’y en a pas, alors j’aurai au moins le mérite d’être différente des autres sur ce point.

Sur ce, je vais dormir. Avant qu’un imprévu me tombe dessus et qu’il perturbe mon sommeil.

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Mes objectifs d’enfant ou comment se stresser pour rien

Quand j’étais jeune, enfant, j’entendais souvent les gens parler d’objectifs de vie. Les classiques sortaient souvent ; la maison, le chien, les enfants… Mais je n’ai jamais accroché. Surtout que je voyais la maison comme étant un fardeau dispendieux, le chien, ben j’aimais pas les chiens avant d’en avoir des Mira, et j’ai jamais eu l’horloge biologique qui a sonné l’alarme. Pendant longtemps, je me suis dit que je devais être la seule, je voyais les adultes parler fièrement de leurs accomplissements de vie, de leur job stable de 9 à 5, de leur auto nouvellement achetée, de leur nouveau bébé qui allait faire partie de leur vie parfaite et si intéressante.

Je faisais beaucoup de listes avant, mais jamais qu’elles incluaient des objectifs du genre. J’y allais plus dans le flou, dans le “être bien avec mon corps”, pendant que j’essayais de prendre du poids en mangeant non-stop. J’écrivais dans mes carnets des phrases courtes et pleines de sens, à l’époque, sur ce que représenterait mon futur. Je suis retombée sur quelques unes de ces listes, écrites quand je devais avoir 12 ans, sur lesquelles je mentionnais le fait de vouloir un emploi que j’aime. Je crois avoir continué dans cette lignée le plus souvent possible, mais j’ai fait beaucoup de concessions. 

En traçant lentement chacun des mots à la suite d’un petit carré vide, je m’imaginais combien de temps pourrait me prendre cet objectif (si c’était un objectif avec terme). Ensuite, j’écrivais deux dates en haut ; une avec la date d’aujourd’hui et l’autre avec la date (pas trop loin dans le futur) à laquelle je souhaitais pouvoir cocher le plus possible de lignes.

Je stressais en l’écrivant, je restressais en retrouvant la liste et en réalisant que je cochais pas grand chose finalement. J’ai tranquillement appris à focuser sur les points plus à long terme, ceux qui me suivront probablement toute ma vie, ceux qui diminueront le stress au lieu de l’augmenter.

Des fois, une envie soudaine me prend de faire du ménage, par exemple, et de diminuer mes possessions. Ensuite, je me dis que j’aime mes objets, j’aime être entourée d’items dans mon appartement. Je ne serais pas plus heureuse si je m’en débarassais (ok, une bonne partie pourrait partir de ma pièce de débarras, mais pas ceux dans le salon admettons).

D’autres fois, j’ai le goût de me mettre à couper tout le sucre (chocolat), pis 2 minutes après je réalise que je peux diminuer, mais que de COUPER m’apportera juste un objectif inatteignable. J’ai pris en exemple le chocolat, mais ça peut être n’importe quoi. J’y vais avec mon faible et, pourtant, j’ai coupé beaucoup, sans me rappeler constamment que c’est un objectif. Comme quoi le cerveau fait parfois bien les choses.

 

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Magasiner un maillot : Mon calvaire

Folie Urbaine magasiner maillot

Aujourd’hui, je dois aller m’acheter un maillot.

C’est genre la pire idée de la journée.

Je mange peu au déjeuner. Pas question d’être ballonnée en arrivant au paradis des bouts de tissus. Donc, je mange léger. Anyway, j’ai déjà un peu mal au cœur.

Je me maquille et je me peigne soigneusement parce qu’au moins je ne ferai pas dur de la face quand je serai coincée dans la cabine mal éclairée. Quoiqu’avec cet éclairage déficient, mon smokey eye aura peut-être juste l’air d’un maquillage de fille qui a oublié de se mettre du mascara waterproof et qui vient de brailler sa vie.

Je me rase. J’ai-tu vraiment besoin d’expliquer pourquoi ? Faut pas faire peur aux vendeuses avec du poil qui dépasse de partout et attirer un regard de leur part qui dit : « Ma pauvre fille, tu devrais pas sortir en public de même ».

Je me brosse les dents ou j’avale 2-3 menthes. Rapport ? C’est une question de confiance… Tu ne peux pas sortir d’une cabine pleine d’assurance avec un maillot de bain si tu pues de la bouche.

No way.

Dernier coup d’œil dans le miroir. Je me trouve pas pire. Pour l’instant. Un petit regard qui bifurque vers mon lit. Non Jen, tu ne retournes pas te cacher sous les couvertures. Assume-toi, fille, c’est juste un maillot de bain. Y a des choses pires que ça dans vie.

J’arrive au magasin qui me semble offrir la plus grande variété de maillots, après avoir fait le tour du centre d’achat 2 fois. J’ai l’air d’un chevreuil coincé au milieu de la route avec les phares dans les yeux. Regard apeuré, la tête qui tourne dans toutes les directions. Par où je commence ? Le rack en solde évidemment. J’ai pour principe de ne jamais acheter à plein prix. À moins d’avoir un MÉGA coup de cœur. Pis ça, ça arrive une fois par année. Genre, si le seul maillot qui me fait n’est pas dans la section rabais. Je me dirige donc d’une traite vers l’arrière du magasin. Comme ça, je ne risque pas trop de me faire voir si quelqu’un passe devant le magasin. Parce que tu n’as surtout pas le goût de croiser quelqu’un que tu connais quand tu magasines un maillot.

C’est le début de la torture mentale.

On oublie tout de suite les modèles « triangles ». Avec la poitrine que j’ai, ça prendrait des modèles dodécaèdres. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi on veut essayer de faire « fiter » un sein rond dans une forme triangulaire… Ce n’est pas mathématiquement impossible, ça ? On oublie aussi les modèles sans bretelles, inadéquats pour ma poitrine qui subit, tous les jours depuis mon accouchement, les assauts de la gravité. Donc, à moins de pouvoir détacher subtilement les bretelles de mon maillot en me faisant bronzer chez moi à l’abri des regards, je suis condamnée à avoir deux belles marques blanches sur les épaules chaque été de ma vie. Comme je n’ai pas encore fait le deuil des bikinis, j’accorde peu d’attention aux modèles 1 pièce, bien qu’il y en ait de superbes dans la plupart des magasins et qui sont loin du maillot standard de natation ou du modèle à fleurs avec jupette.

Après avoir scanné chaque maillot avec mon regard implacable capable de déceler la moindre faille, j’ai mis aussi une croix sur les camisoles (parce que je veux un ventre bronzé) et les modèles qui couvrent la poitrine pour la même raison. Parce que si je dois assumer de montrer autant de peau, faut ben qu’il y ait l’avantage d’obtenir un beau hâle.

Dès que j’entre dans la cabine, je sens la petite goutte de sueur perler dans mon cou. Juste une petite. Juste pour faire augmenter mon pouls de quelques pulsations. Une grande lassitude m’envahit à l’idée de me déshabiller, comme chaque fois que je dois essayer des vêtements en cabine. Si l’éclairage est déficient dans 100 % de celles-ci, celui des magasins de maillots fait habituellement des efforts pour tamiser ses ampoules, question d’amoindrir les traumatismes de devoir faire face à ses vergetures, sa cellulite, son mou de cuisse et son gras de ventre. Bel essai, mais ça ne marche pas plus, je suis même certaine qu’ils compensent en grossissant les miroirs.

Folie Urbaine Magasiner maillot photo1 Source 

Je commence par enlever le haut, anyway, c’est là que se situe le gros de mon problème (ou devrais-je dire les gros ?), alors aussi bien l’attaquer tout de suite.

1er modèle… catastrophe…

Ça déborde de partout, ça prendrait 2x plus de tissus pour couvrir mes seins.

2e modèle…

Côté maintien, ça peut aller, mais pour ça j’ai dû attacher les cordons si serrés derrière mon cou que je marche la tête penchée et ma circulation s’est bloquée au niveau des épaules.

3e, 4e, 5e modèles…

Je passe les détails, mais une chose est certaine : ÇA NE MARCHE PAS ! Je commence à rager et à avoir une petite goutte cette fois-ci dans le coin de l’œil. Je déteste les maillots de bain, mon corps, la vendeuse, la propriétaire de la boutique et même la personne qui a inventé le maillot. Mon esprit alterne entre vouloir me cacher dans un trou avec 25 kilos de bonbons et en manger tellement que je ne serais plus capable de sortir, ou faire le plus grand régime jamais intenté par une femme sans passer par l’anorexie. J’ai l’air d’exagérer, et sûrement qu’il y en aura pour dire que je me plains pour rien avec le poids que j’ai. Je n’écris pas ce texte pour relancer le débat sur l’acceptation de soi, sur la diversité corporelle ou le « bodyshaming ». Je souhaite juste exprimer ce que je ressens lorsque je magasine un maillot.

Après au moins 5 boutiques, 27 maillots, 2 soupirs de vendeuse pu capable de me voir enchaîner les bikinis, 27 sourires sincères ou non de celle-ci qui essaie de me convaincre que chaque 2 pièces a quelque chose d’unique sur moi, je trouve enfin celui qu’il me faut. Celui qui me fait bien. Celui qui met mes courbes en valeur plutôt que de les faire déborder de partout. Celui qui montre ce que je veux bien montrer et qui cache ce qu’il faut.

Je peux enfin me rhabiller et quitter la salle de torture et me diriger vers la caisse, la mine un peu moins triste, le cœur ayant retrouvé un battement normal, avec mes 2 minuscules bouts de tissus sous le bras. Lorsque la caissière me demande le nom de celle qui m’a aidé, j’arrive rapidement à identifier celle qui m’a soutenue dans ma longue démarche.

Quand vient le temps de payer (miracle !), je n’ai pas besoin de laisser un rein en garantie. Il m’en reste même pour m’acheter des gougounes.

En solde évidemment…

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