Série dépression : J’ai toujours la sensation que je pourrais retomber

Dépression : avoir la sensation de retomber

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

Je me sens mieux, oui. Mais le sentiment de peur de retomber en dépression ne me quitte pas. J’ai beau avoir l’impression que j’ai soulevé des montagnes depuis un an, que j’ai enfin la liberté de réfléchir, voir loin. J’ai toujours peur qu’un immense nuage noir ne revienne assombrir qui je suis et me fasse retomber. Ce trou dans lequel j’ai vécu trop longtemps est un cauchemar. Malgré que cette étape de ma vie m’aie rendue plus forte et que ça a changé ma vie, je ne veux plus jamais le vivre.

Je vais bien. Je vais mieux. Mais il reste encore des moments où je me sens plus fragile et que j’ai peur que la ligne soit si mince, au point de non-retour. La mort ne fait plus partie de mon quotidien, c’est un poids immense en moins. Mais reste que quelques fois, j’y repense. Je repense à ses idées que j’avais en tête et ça me brise le cœur. Après les nombreux changements qui me sont arrivés dans ma vie dans la dernière année, je ne peux qu’être reconnaissante. Je sais que j’ai eu beaucoup d’aide, de l’appui et énormément d’amour. Mais je sais aussi que tout part de moi et que si je suis où je suis aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à moi. J’ai pris la décision de me battre, même si c’était parfois plus facile de simplement prendre le chemin de l’abandon, je n’ai pas lâché. Il m’est arrivé d’abandonner, mais j’ai toujours fini par retrousser mes manches et continuer de bâtir mes nouvelles fondations. Plus solide, en ciment, inébranlable. Mais malgré la perfection des fondations d’une maison, il reste qu’elle a des défauts de fabrication, qu’elle n’est pas infaillible et j’en suis consciente.

Je me suis fais la promesse de toujours regarder le beau avant le laid quand des moments difficiles allaient survenir. J’ai décidé de vivre et ne plus simplement survivre et ce simple choix a été une victoire. Je me sens quelques fois fragile, mais tout le chemin que j’ai fait me rappelle à quel point c’était difficile. Aujourd’hui, je crois avoir la force et les outils nécessaires pour déplacer des montagnes encore plusieurs fois. Si je venais à retomber, parce qu’on le sait que cela peut se produire, la dépression n’aura encore pas le dessus sur moi. Je m’en suis fait la promesse. Je souhaite de tout mon cœur, de toute mon âme que je continuerai à me mettre en priorité et que ma vie sera toujours celle que j’ai choisi, avec ses bons et ses mauvais côtés, mais ce sera toujours par choix : le mien.

Vous avez été plusieurs à m’envoyer des messages concernant ma série de textes. Cependant, celui-ci est le dernier. Je ne sais pas si je reviendrai avec de nouveaux textes, mais aujourd’hui, j’ai besoin de tourner la page. Merci d’avoir suivie chaque semaine depuis un an, mon histoire.

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

Pour toi mon amie Stéphanie

pour toi mon amie stéphanie

J’ai longtemps jonglé avec l’idée de publier ou non cette lettre pour toi.

Deux choix s’offraient à moi :

  • Me lancer et partager cet écrit intime au grand jour
  • Simplement écrire la lettre et la ranger dans un tiroir

Après réflexion, la première option me semblait la plus juste pour te dire et faire savoir au plus grand nombre de gens possible que, depuis ton départ, tu n’as pas quitté mon cœur. Malgré le rythme effréné du quotidien, de petites choses viennent raviver ton souvenir et ton beau sourire apparaît aussitôt dans mon esprit.

Il y a un peu plus de 3 ans que tu nous as quittés. Une onde de choc nous a tous traversés. En fait, je devrais dire une bombe nucléaire est tombée sur tout ton entourage cette journée. Impossible d’imaginer et de mettre des mots sur le raz de marée que ton amoureux, ta fille et les membres de ta famille ont dû traverser.

Ce qui devait, à l’origine, être un événement réjouissant s’est transformé en réel cauchemar. Ton accouchement a mal tourné, très mal tourné et tu nous as quittés. Quelques jours plus tard, c’était au tour de votre bébé d’aller te rejoindre en haut des nuages.

Quoi faire quand l’incompréhensible frappe?

On se sent tellement petit, tellement impuissant face à un tel drame et on cherche des réponses. Il paraît que ça arrive, même maintenant avec les avancées de la médecine. Une chance sur 10 000 et il fallait que ça tombe sur toi! Donner naissance comporte des risques en effet, mais de là à perdre la vie?

Avec les mois qui passent et ensuite les années, les multiples questions ont laissé place aux souvenirs, une chanson, un oiseau, un tricot! Ton souvenir est d’autant plus présent, ces derniers temps, avec mes 6 mois de grossesse.

Jamais je n’aurais pensé me lancer à nouveau dans cette aventure après ce qui t’est arrivé, mais le temps fait son œuvre et le désir l’emporte bien souvent sur la raison.

J’ai peur, Stéphanie. Pas toujours évidemment, mais ça vient par vagues depuis les premières semaines de grossesse. Je tente de me raisonner en me disant que j’ai déjà deux enfants et que tout a bien été pour les mettre au monde. Des fois, ça fonctionne et d’autres fois, pleurer est la seule issue. Le problème, c’est que je m’autorise très rarement ces moments d’émotion. Je tente plutôt de me changer les idées en refoulant mes angoisses et en espérant qu’elles se taisent.

Je crois qu’écrire ce texte agira comme un baume. Une petite voix intérieure qui me dit que de mettre des mots sur ce que je vis et surtout de me donner le droit de dire que j’ai peur sera libérateur. Tu es prête pour entendre mes peurs en rafale?

J’ai peur de mourir, peur de ne pas être là pour mes enfants et mon chum, peur de perdre le contrôle, peur de manquer les beaux moments, peur de me sentir dépassée par les événements, peur de ne pas faire les bons choix et, surtout, que ça tourne mal.

J’aurai beau tenter de me raisonner, rien ne saura remplacer les bienfaits d’exprimer mes peurs, de les nommer et surtout de les accepter, sans me juger!

Depuis ton départ, j’ai banni une phrase de mon vocabulaire. Une phrase qui peut sembler banale mais qui peut devenir lourde de sens quand les choses tournent mal. Depuis ton départ, je n’ai plus jamais osé dire à quelqu’un que tout ira bien et de ne pas s’inquiéter!

Qui suis-je pour savoir que tout ira bien? La vérité, c’est que je n’en ai vraiment aucune idée! Je ne peux qu’espérer que tout ira bien et tenter de lâcher prise en sachant très bien que mes belles paroles n’influenceront en rien la finalité des événements. Si tu savais comment j’ai regretté de t’avoir dit cette phrase…

Ce texte est libérateur, ma belle Stéphanie. Il me permet de mettre sur papier ce qui occupait mes pensées depuis un trop long moment. Voilà, c’est dit! Mon sac est déballé et ça fait du bien!

Je veux également te dire que tu as été une personne marquante dans ma vie. Ta générosité plus grande que nature et ta joie de vivre sont pour moi des héritages précieux.

Ce texte m’aura permis de me sentir plus près de toi et surtout, où que tu sois, de te dire que je pense à toi et que tu occuperas toujours une place de choix dans mon cœur.

Je t’aime

Fanny xxx

Fanny Poisson alix marcoux

Dépression : ma relation avec la mort

ma relation avec la mort

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

En écrivant ces lignes, je viens d’apprendre qu’une connaissance, une personne que j’adorais côtoyer est décédée. Subitement. J’ai le cœur gros et j’ai la tête remplie de questionnements. Je trouve que la vie est parfois mal faite. D’ailleurs, ma relation avec la mort est particulière. Autant je l’ai sollicitée durant plusieurs années afin de me libérer de mon mal (je l’ai frôlée en tentant de m’enlever la vie), autant je désire aujourd’hui la vivre à cent milles à l’heure. Lorsque la mort s’attaque à des personnes que je connais, je ne peux m’empêcher de partir très loin dans ma tête et d’entrer dans un mood qui dure plusieurs jours. Ce genre de sensation qui fait réaliser que la vie ne tient qu’à un fil et aussi comme la mort est tout sauf cohérente. Personnellement, je la côtoie depuis toujours par le biais de mon père qui est malade depuis mon plus jeune âge. Chaque année, il y a des périodes où je crois que le moment fatidique est arrivé, qu’il va partir pour de bon. En d’autres mots, j’ai passé mon existence à attendre que mon père meure. Oui, c’est absolument horrible. J’ai profité de chaque moment avec lui, juste au cas où. En fait, chaque chose était juste au cas où, cette fois-ci, ça serait vraiment la fin. Avec les années, c’est devenu de plus en plus lourd. Depuis un an, cette pression que j’avais constamment sur mes épaules est disparue. Au lieu d’appréhender ce qui arrivera, j’ai décidé de vivre le présent et de gérer le futur que lorsqu’il se pointera, parce que j’ai réalisé que rien de tout ça ne presse. Je n’ai pas besoin de me préparer à un événement sur lequel je n’ai contrôle. Chaque instant, chaque conversation avec mon père est devenu un cadeau de la vie. Depuis que je suis toute petite, j’ai été habituée aux funérailles. Encore aujourd’hui, c’est l’étape du deuil qui me fait le plus mal. Il y a beaucoup de gens de ma famille qui sont décédés, presque chaque année depuis que j’ai huit ans et ce, jusqu’à mes quatorze ans. Par la suite, ce sont des amis que j’ai perdus. Des gens de mon âge et même plus jeunes que moi. Des morts qu’on ne peut expliquer. Plus récemment, il y a quelques mois seulement, deux personnes que j’ai côtoyées sont parties subitement.

Je n’aime pas la mort. Je n’aime pas concevoir que les personnes disparaissent du jour au lendemain. Qu’un jour, on ne puisse plus leur parler, les serrer dans nos bras, les croiser par hasard quelque part. C’est terminé. Il ne reste que le souvenir d’une vie qui a été interrompue à une date. Est-ce que j’ai peur de mourir? Je ne sais plus. J’ai tellement longtemps voulu mourir qu’aujourd’hui, je veux vivre, respirer, profiter, avancer. Je sais qu’un jour ce sera mon tour, j’en ai conscience. Est-ce que cela me terrifie? Pas vraiment, car c’est la logique des choses. La seule chose qui me fait peur, c’est les gens autour de moi qui vont potentiellement en souffrir. C’est en fait ce qui me blesse le plus, le fait de faire souffrir quelqu’un. Je sais que nous n’avons aucun contrôle là-dessus, mais la souffrance causée par un décès est une des pires jamais ressentie. Cette douleur qui, malgré le temps, reste toujours un peu présente en dedans.

 Audrey photo de signature

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

La fois où…j’ai réalisé que je n’aurais pas le temps de tout faire

Jennifer parle de la fois où elle avait peur de manquer de temps

Quand j’étais petite, j’avais hâte de grandir.

J’avais hâte à plus tard.

À ce qui s’en venait, à ce que je projetais.

J’avais une imagination débordante, un univers infini à conquérir et des projets à accomplir.

Après chaque étape, j’étais convaincue que la prochaine serait meilleure. Plus excitante et moins éprouvante.

Le temps me semblait long quand je m’ennuyais et inévitablement trop court quand je rayonnais de bonheur.

J’écrivais mes aspirations, mes bonnes et moins bonnes journées dans un journal. J’écrivais des poèmes à double sens pour exprimer des choses dont je ne voulais parler à quiconque, mais que j’avais besoin d’extérioriser, d’en laisser une trace quelque part.

Je voulais devenir celle-ci, ensuite celle-là. J’ai changé maintes fois d’idée sur la personne que je voulais être. Et je m’interroge encore aujourd’hui sur celle que je suis présentement et celle que je serai éventuellement.

Pourtant, quand j’ai vu pour la première fois à 14 ans le film Les grandes espérances, Gwyneth Paltrow affirmait ceci : « On est comme on est, il ne faut pas croire que les gens changent. » Ça m’avait marqué parce que je voulais tellement croire qu’avec le temps on pouvait devenir meilleur.e ou tout simplement devenir quelqu’un d’autre. Être la somme de toutes ses bonnes ou mauvaises expériences. J’en veux un peu à Gwyneth d’avoir pété ma bulle. Même si je sais qu’elle n’a pas nécessairement raison. Je crois sincèrement qu’on peut arriver à changer, d’une façon ou d’une autre.

J’ai toujours oscillé dangereusement entre le bonheur et le découragement. Je n’oserais pas dire malheur, parce que j’ai compris avec les années que le malheur n’est pas d’échouer à un examen, de vivre une peine d’amour, de prendre 15 livres ou d’avoir l’impression d’être une mauvaise mère. Non. Le malheur, c’est la maladie, la mort, la guerre, les attentats, un accident grave, la perte d’un enfant et toute autre chose qui laisse littéralement un trou en plein cœur.

Non, ma vie est loin d’être un malheur et si j’ai pu me proclamer malheureuse, c’est parce que je n’avais pas encore assez vécu et regardé réellement ce qui se passe autour de moi pour comprendre.

Mon découragement actuel est ceci : je n’aurai pas le temps de tout faire. Je serai même un peu mélodramatique en affirmant que c’est probablement la chose qui me gruge le plus le cœur en ce moment. Je suis effrayée à l’idée de mourir avec l’impression que je n’ai pas accompli plus de choses sur ma ligne de vie.

J’ai 36 ans, et j’ai peur.

De manquer de temps.

De manquer d’énergie.

De manquer de guts.

De manquer d’ambition.

De manquer des moments importants.

Je commence à me dire que mon métier m’ennuie et que je devrais peut-être envisager un changement de carrière. Mais j’ai peur… à cause de tout ce que je viens d’énumérer.

J’ai peur de ne jamais aller en Californie, parce que c’est mon voyage de rêve et certaines raisons m’empêchent pour l’instant d’y aller en famille, comme je le désire. Je vais peut-être finir par m’y rendre, mais je ne sais pas quand. Et ça me fait peur…

J’ai peur de manquer de patience ou d’imagination pour enfin écrire le roman dont je rêve. Je vois mes auteures préférées enchaîner les livres, les salons et j’espère un jour me faire une petite place dans leur monde. Avant qu’il ne soit trop tard.

Je regarde ma vie défiler année après année et une boule d’angoisse se forme insidieusement dans mon ventre. Je la ressens comme un poids de plus en plus lourd. Elle ne m’empêche pas de fonctionner, mais elle est là.

Me rappelant tous les jours que le temps passe et que ma vie n’est plus ce qui s’en vient, mais bien ce qui se passe maintenant.

Et que j’ai intérêt à me dépêcher.

Me dépêcher de vivre et de réaliser les choses qui m’importent le plus.

Photo de signature pour Jennifer Martin.      

La peur de vieillir

la peur de vieillir

Si je recule à quand j’étais adolescente, je n’étais pas comme les autres adolescents de mon âge. Eux qui ont soif de liberté, d’avoir 18 ans, de faire ce qu’ils veulent sans avoir de compte à rendre, avoir le permis de conduire, sa voiture. Moi, toutes ses choses me faisaient tellement peur. J’étais bien chez nous, dans mon cocon avec ma famille, bien entourée, toujours plein de visite. Nous étions vraiment tissés serrés.

Quand j’ai dû choisir ce que je voulais faire de ma vie, j’ai vraiment eu peur de ne pas faire le bon choix. Je ne pensais pas que si ça ne fonctionnait pas, si je n’étais heureuse, que je pourrais changer d’emploi. Je n’arrivais pas à décider. Je me disais qu’à 18 ans, je devrais quitter ma famille, ce qui me faisait vraiment trop de peine et j’avais trop peur de vivre seule. Comment je ferais? Je ne voulais pas vieillir, je ne voulais pas de ses responsabilités d’adulte. Je ne me sentais pas à la hauteur, d’autant plus que j’ai pris une année sabbatique après mon secondaire 5. Et je stressais tellement, seule dans ma chambre, sans amie, sans but, à tourner cette seule pensée dans ma tête : « je ne veux pas vieillir ». Résultat : je suis tombée malade deux jours avant mes 18 ans, deux mois à l’hôpital à chercher ce qui se passait avec moi. Après une biopsie et deux mois de douleur insupportable, j’ai compris que ce qui m’arrivait était la pire chose que tu veux traverser à 18 ans. Le cancer. Et oui, cette chose affreuse m’arrivait à moi, mais pourquoi? Pourquoi? J’ai vite compris que la pensée est créatrice. C’était moi, oui moi, qui avais peur de tout et de rien, mais qui ne voulais surtout pas vieillir. Voulais-je mourir… bien sûr que non! Je veux vivre, rencontrer l’amour, me marier, avoir des enfants, une maison, devenir une grand-mère! Oui, je veux vieillir! Oui, je suis capable de passer au travers de tout ce qui me fait peur. J’ai donc relevé mes manches, suivi les traitements, revu mon objectif et je me suis guérie avec beaucoup de support de ma famille et de ma chum qui m’a fait rire en masse.

La vie est un cadeau dont il faut chérir chaque instant, chaque moment, profiter du moment présent et non toujours penser à ce qui va arriver demain et la semaine prochaine. Quand j’étais petite, l’année scolaire me semblait interminable. J’avais tellement hâte à l’été de congé qui malheureusement passait comme l’éclair. Quand ma mère me disait « profite de ton temps à l’école, tu es bien et tu ne le sais pas », oh mon dieu que je détestais ça! Et je me fâchais toujours. L’école à mes yeux, c’était poche et les profs étaient plates, etc… Mais aujourd’hui, c’est devenu mon discours pour mes enfants, hihihi!

Quand mes enfants étaient petits, elle me disait : « profites-en, cela passe beaucoup trop vite. » Quand l’enfant marche à quatre pattes, on veut qu’il se lève pour marcher debout, on a hâte qu’il soit propre, plus de couche et ce qu’on réalise c’est que oups!!! Mon fils est en secondaire 5 et ma fille commence le secondaire 1! Il me semble que je retournerais au moment où je les berçais pour les endormir. Celui où ils venaient me voir pour les consoler, leur chanter des chansons pour rire.

La semaine dernière, une personne que j’aimais beaucoup nous a quittés vraiment trop tôt et le lendemain matin, un petit garçon est né. C’est ainsi le cycle de la vie. Une personne meurt et une autre vient au monde. C’est une roue qui tourne : on naît, on vieillit et on ne peut rien y faire, sinon de profiter de la chance de vivre chaque instant de notre vie.

Aujourd’hui, je n’ai plus peur de vieillir, car même si je vais avoir bientôt 39 ans, je me sens encore comme si j’avais 18 ans. Je connais beaucoup de gens qui sont partis trop tôt qui auraient voulu vieillir, partager plus de moments avec ceux qu’ils aimaient. Alors toi qui es en santé, profite de chaque moment! Que ce soit le matin où tu bois ton café ou le beau coucher de soleil à regarder, assister à la naissance d’un bébé ou le départ d’une personne aimée. C’est ça la vie et je vais la vivre pour tous ceux qui n’ont plus cette chance.

Et vous, avez-vous peur de vieillir?

Folie Melanie logo auteur 

Les chicanes me font peur

Je me tiens loin des conflits. En fait, j’essaie de toutes mes forces de ne pas les provoquer. Mais ce n’est pas toujours facile. Parce que j’ai une grande gueule qui me met plus souvent dans le trouble que d’autre chose. Parce que j’ai tendance à ne pas toujours me mêler de mes affaires pis que ça peut choquer quelques personnes.

Mais je m’en confesse aujourd’hui, j’ai peur des chicanes.

Lorsque le ton monte, lorsque les yeux de l’autre personne s’assombrissent ou lancent carrément des éclairs, lorsque les mots deviennent tranchants et que les réactions deviennent brutales, je perds carrément mes moyens. Mon cœur se met à battre violemment, je peux facilement trembler de tous mes membres et vouloir que le sol s’ouvre sous mes pieds pour me faire disparaître. Mes yeux deviennent d’immenses rivières qui débordent, et les mots pour répliquer se bloquent au fond de ma gorge si j’ai tort ou, au contraire, ils jaillissent n’importe comment si je dois me défendre.

Je me sens vite submergée par la culpabilité si je suis la cause de la chicane et je me sens aussi vite attaquée si elle ne s’applique pas à moi. Y’a rien qui me fait plus angoisser que quelqu’un qui me dit : « Faut que je te parle. » Peu importe le ton, je m’imagine déjà en train de me faire chicaner ou de me faire reprocher des trucs. Pendant la période qui s’écoule entre ces 5 mots et la véritable conversation, j’ai déjà eu le temps de m’imaginer 347 scénarios et de préparer 8 réactions différentes.

Rien ne me met plus à l’envers qu’une prise de bec. Pour vrai, je peux rejouer la scène en boucle dans ma tête un million de fois, et il n’y a pas une chicane où je ne voudrais pas appuyer sur rewind pour pouvoir réagir autrement ou ajouter quelque chose à la situation.

Longtemps, j’ai été incapable de m’endormir à la suite d’une querelle. J’avais l’impression que si j’allais me coucher en colère, mon sommeil serait totalement perturbé et la situation serait 3 fois pire le lendemain.

Folie Urbaine peur chicane

Je crois sincèrement que l’on apprend de chaque expérience positive ou non, mais je déteste devoir passer par la gamme d’émotions que provoquent les conflits pour y arriver.

Alors j’essaie de me tenir loin des conflits et de ne pas les provoquer… le plus possible.

 

Photo de signature pour Jennifer Martin.    

 

 

J’tannée

Je suis tannée de la culture du viol, tannée des «oui mais ». Ces gens qui disent que oui, c’est effectivement triste une agression, mais que la victime l’a un peu cherché tout de même. Tannée que la bonne grande majorité du monde soit d’accord pour dire que se faire agresser c’est choquant, mais que les opinions soient aussi diversifiées sur la raison du pourquoi.  J’suis tannée et en colère.

On nous demande de vivre dans un climat de peur. On sous-entend que si on a vécu une agression c’est, qu’à la base, on n’était pas assez peureuses au point de barrer sa porte, de pas sortir le soir, de pas ramener notre date chez nous… C’est aux victimes, d’avoir peur. Ce qui arrive avec cette pensée «trop réaliste » où on estime que des agresseurs, il y en aura toujours, alors que c’est aux autres à prendre toutes les précautions nécessaires pour « l’éviter », c’est que ça ne promouvoie pas le changement. Ça encourage un climat de peur. Essaie de t’imaginer notre position en tant que femmes, en tant que noirs, en tant qu’homosexuels, etc. si, au lieu de se lever et de lutter, on avait vécu dans la peur. Essaie de t’imaginer tout ce qui se serait pas passé dans notre histoire ou dans ta propre vie même, si on avait à vivre dans la peur. Pense à ce qui s’est passé historiquement et actuellement, dans un climat de peur…

Une personne ne devrait pas avoir peur de s’endormir à la fin d’une soirée arrosée, ne devrait pas avoir peur de quitter son verre des yeux deux minutes, ne devrait pas avoir peur de vivre la sexualité dont elle a envie, elle ne devrait pas avoir peur de dire non et elle ne devrait pas avoir peur de dénoncer! Le problème, c’est que dans ces circonstances, il y a des gens pour abuser de la situation. Eux, les abuseurs.  Il n’y a pas de contexte plus punissable qu’un autre, en tant que victime, mais je t’annonce tout de même que 78,8% des victimes adultes connaissaient leurs agresseurs et ce chiffre est plus haut pour les jeunes victimes. Qui va apprendre à son enfant à avoir peur de son père, son grand-père, son oncle, son coach, son professeur quand ces personnes sont supposées être des figures de confiance et de sécurité?

La nouvelle campagne du CALACS est «On vous croit ». Encore là, on entend ce fameux : « Oui, mais y’a celles qui portent de fausses accusations ». Ces fausses victimes en manque d’attention. Mais quel pourcentage crois-tu qu’elles représentent? Eh bien! on estime que les gens qui dénoncent leurs agressions sont seulement 5% de toutes les agressions commises, si une minorité de ces personnes accusent «à tord », il reste quand même un cristie de gros pourcentage de gens agressés, qui dénoncent pas, mais qui demandent et méritent d’être crus. Croire jusqu’à preuve du contraire, c’est bien mieux que de te faire juger par tes parents à qui tu en parles, au policier à qui tu essaies de dénoncer ce qui vient de t’arriver. Parce que lorsque tu as vécu une agression, tu veux être écouté et pas jugé. Tu veux pas quelqu’un qui va renforcir ton sentiment de culpabilité qu’à la base, tu ne devrais pas ressentir.

J’suis tannée de me battre et d’expliquer ce genre de truc, mais j’vais continuer à le faire pour, qu’un jour, on arrête de vivre dans la peur.

 

Ligne-ressource d’aide aux victimes d’agressions sexuelles
1 888 933-9007

 

dominique-signatureverifie-ariane-etampe