Série dépression : Tout part de toi

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

J’étais naïve. J’ai vite compris que l’aide dont j’avais besoin n’était absolument pas suffisante pour guérir, pour aller mieux, pour bien vivre avec la maladie. M’adapter au quotidien et entrevoir du beau pour l’avenir. Non, ce n’est pas aussi facile que ça. Le plus dur sera d’accepter que t’as besoin d’aide et encore plus dur, d’aller en chercher. Quand cet immense pas est fait, tu auras encore plein d’autres embûches. Il faut être honnête, ce n’est pas facile, mais le parcours en vaut la peine. Pour ma part, je croyais que mon entourage serait là pour moi. En fait, indirectement, je pense que je m’attendais à me faire «gérer». Ce n’était pas pour mal faire, puisque c’était inconscient. Mais j’ai vite compris que mon chum, mes ami.es et ma famille ne pouvaient sans cesse être à mes côtés, à me flatter les cheveux et me dire que tout irait bien. Non. C’est certain, quand on vit une situation de la sorte, quand on est malade, on désire toute l’attention du monde. C’était mon cas. Je ne m’en rendais pas vraiment compte, parce que je croyais être forte pour me débrouiller toute seule et ne pas vouloir déranger les autres. Mais la vérité, c’est qu’au plus profond de moi, j’aurais voulu avoir sans cesse quelqu’un pour me tenir la main et avouer cela est excessivement difficile.

La réalité, c’est que tout part de toi. Les autres sont là pour te supporter et t’aider à alléger le lourd poids qui pèse sur tes épaules, mais le gros du travail, même la grosse majorité, ne dépend que de toi-même. Il faut d’abord accepter de devenir égoïste pour un temps indéterminé, parce que ta priorité, c’est toi-même. Tu ne peux pas aider les autres si tu ne t’aides pas toi-même. Tu dois reprendre des forces, remonter la pente pour avoir l’énergie nécessaire afin de donner le meilleur de toi aux gens que t’aimes. Tu dois choisir tes priorités. La tienne, c’est d’aller mieux et tout faire ce qu’il faut pour cela. Tout le reste, tu dois accepter de le mettre en suspend. Cela attendra, même si ce n’est pas facile de mettre ta vie, ton quotidien sur pause. Tu as besoin de rénover tes fondations avant de penser à la décoration et aux meubles que tu veux t’acheter!

Je me suis rendu compte en me détachant un peu, que les gens de mon entourage avaient tous leurs vies qui continuaient, chose normale. Mais pour mon chum, c’était encore plus puisqu’il devait compenser pour les choses que j’étais incapable de faire. Vivre avec une personne en dépression, malade, demande beaucoup de patience et d’attention et il a réussi à passer au travers autant que moi. Mais quand on souffre, on a besoin d’attention et il faut se le mettre en évidence, ce n’est pas nécessairement vrai que l’on désire rester dans notre coin et ne déranger personne. Pour certains c’est le cas, mais souvent, l’orgueil de côté, on désire se faire prendre dans les bras. Moi, c’est auprès de mes médecins et mon psychologue que j’ai réussi à trouver mon équilibre. Le temps de mes rendez-vous, j’étais la seule chose qui importait. J’avais le droit de parler que de moi, de me centrer sur mes émotions sans avoir à faire attention aux autres. Justement, le fait de focusser sur moi lors de mes rendez-vous faisait en sorte que j’arrivais à me détacher de mon entourage et de peut-être leur enlever de la pression. C’était à moi de trouver un équilibre qui allait m’aider à prendre soin de moi, tout en conservant mes relations avec mes proches.

Personne ne pouvait me pousser dans le derrière à part moi-même. Comme on dit, nous sommes maîtres de notre destin et de ce que l’on fait de nous-mêmes. Alors, toi qui penses trop en demander ou qui te sens mal de centrer ton énergie que sur toi-même, saches que tu fais bien et surtout n’oublie jamais que tout part de toi!

 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

Centre de prévention du suicide 1-866-277-3553

Centres de crises : Santé Montréal

Dépression : Un an plus tard

Introduction : Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

 

Je suis de retour pour la suite de la série dépression. Pour être honnête, je ne croyais pas y faire une suite, mais vos messages m’ont tellement touchés que je me suis dit qu’il fallait continuer d’en parler. Depuis mon dernier texte, j’ai reçu des témoignages de plusieurs personnes et beaucoup m’ont remercié de la transparence avec laquelle j’aborde le sujet. Ça m’a beaucoup touché. J’ai hésité à continuer, c’est pourquoi j’ai pris une longue pause pour l’été : j’avais besoin de réfléchir et de brainstormer sur la suite de cette série. Cet été, j’ai été à beaucoup d’événements pour le blogue et à ma grande surprise, il y a plusieurs personnes qui m’ont répondu après que je me sois présentée : ‘«Ah, c’est toi qui écris une série de textes sur la dépression?». J’ai donc compris que mes textes avaient leurs places. Que oui, j’avais le droit de les écrire pour me faire du bien, mais que les textes faisaient du bien à d’autres. Alors oui, la série continuera, chaque lundi, un texte où mes tripes seront mises sur la table.

J’ai à cœur la cause des maladies mentales et je ne suis pas la seule. Il y a beaucoup de gens qui en parlent dans les médias, sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de personnalités publiques aussi, des blogueur.ses, influenceur.ses, youtubeur.ses., etc. Est-ce qu’un moment donné il faut arrêter d’en parler parce que déjà trop de gens en parlent? Non. Je crois que chaque mention, chaque texte, chaque mot a sa place, parce que c’est tous ensemble qu’on pourra changer les choses. Je suis fière de lire et entendre des témoignages de gens qui se confient. Je suis fière de voir des projets se concrétiser en lien avec les maladies mentales, je suis fière de voir de l’aide se développer. C’est tous ensemble, main dans la main, qu’on aidera notre société à aller mieux. En parler, c’est montrer à ceux qui souffrent en silence qu’ils ne sont pas seuls. C’est aussi de montrer à ceux et celles qui vivent au quotidien avec une maladie mentale que le beau existe, que de l’aide est disponible, pas encore assez, mais il en existe. C’est aussi de sensibiliser les gens qui ne vont pas bien d’aller chercher de l’aide, qu’il y ait un diagnostic ou pas, tout le monde a le droit d’aller bien, d’aller mieux.

La dépression, c’est un petit pourcentage des maladies mentales qui existent au Québec. C’est un sujet qui touche tellement de gens. Je vais parler en mon nom, raconter mon histoire, mes expériences, avec beaucoup de transparence, d’honnêteté et d’amour. Ce n’est pas rose tous les jours, c’est souvent plus noir que blanc, mais il y a toujours le retour du blanc, ça, c’est le beau côté et c’est celui sur lequel il faut s’accrocher.

En mai dernier, cela a fait un an que j’ai reçu mon diagnostic. J’apprends encore beaucoup sur la maladie et je tente d’apprivoiser le quotidien, les crises, les angoisses, l’anxiété, la médication, mes relations, les changements, le quotidien. Je vais vous en parler. En toute simplicité, comme si vous étiez devant moi, tasse de café à la main et qu’on jasait en se regardant dans le blanc des yeux. Mais sachez que c’est ma vie à moi. Je ne suis pas une professionnelle, mais j’écris ce que je connais et ce que je ressens. Utilisez les ressources existantes si vous avez l’impression que vous en avez besoin. Même si finalement ce n’était qu’une petite passe, au moins vous le saurez. N’oubliez jamais que votre vie a de l’importance, peu importe les moments difficiles. Quand je tombe dans le noir, j’essaie de me rappeler à quel point c’est beau quand ça finit par aller mieux.

Je vous donne rendez-vous lundi prochain, comme à chaque semaine. Si vous avez des questions ou des commentaires, que vous n’avez pas envie de les écrire publiquement, n’hésitez pas à m’écrire en privé, je lis chacun des messages qu’on m’envoie.

Parce que même si vous en avez l’impression parfois, vous n’êtes pas seul.e!

Photo de signature pour Karine Caron-Benoit. 

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :

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Seule

seule

J’ai 30 ans.

Je suis passée par une dépression.

J’ai su que j’avais un trouble.

Je me suis séparée d’un homme que j’aime.

J’habite seule pour la première fois.

J’ai un bon travail.

Mais je me sens seule.

J’ai toujours aimé la solitude, j’ai toujours eu besoin de mes moments de solitude. Autant quand j’étais jeune, quand j’étais en colocation et même quand j’habitais avec mon ex. J’avais besoin d’un moment juste à moi. Maintenant, ses moments sont permanents, nombreux. J’essaie de les savourer, mais je ne peux m’empêcher de réfléchir, réfléchir et réfléchir. Mon cerveau ne fait que rouler et je n’arrive plus à faire cesser les mots, les images. Je me suis rendue compte que j’avais changé plus que je ne le pensais. Je croyais que j’allais réussir à redevenir celle que j’étais avant, mais avec des outils qui me permettraient d’être heureuse, sans la souffrance qui m’accompagnait depuis si longtemps.

La souffrance est toujours là. Malgré tout ce que je fais pour prendre soin de moi, la solitude m’envahit comme jamais j’aurais cru que cela m’arriverait. J’ai toujours eu trop d’énergie, trop de projets, j’ai toujours eu besoin de m’accrocher à quelque chose pour vivre, pour survivre en fait. Maintenant, c’est vivre que j’aimerais faire, mais je me rends compte que pour réussir à le faire, je dois recommencer à zéro. Tout. Je ne peux plus être celle que j’étais avant, cette femme n’existe plus en fait. J’ai tellement tout fait pour la retrouver que j’ai oublié comment c’était de vivre, de respirer, de profiter, d’avancer.

Je me rends compte que les gens qui m’entourent ne sont plus les mêmes qu’avant non plus. J’ai changé, pour le mieux, pour moi. J’ai passé tellement de temps à focusser sur mon mal, que je n’ai pas remarqué que la vie continuait sans moi. Je me retrouve entourée de gens que je ne connais plus. De gens qui ont pris l’habitude de ne plus me voir également. Je pourrais avoir de la peine, j’en ai eu. Mais j’ai réalisé que c’est tout simplement le cours de la vie et que je devais moi aussi trouver mon chemin. Je ne sais plus qui je suis, je ne me reconnais pas, c’est presque comme si je devais me créer une nouvelle identité. J’ai observé tout autour de moi, j’ai vu que tout roulait, mais sans moi. Je ne peux être en colère, mais la déception, la peine, la douleur sont tout de même présentes. Je suis seule, contre tous, parce qu’au fond on l’est tous. J’ai perdu qui j’étais, je perds aussi ceux avec qui j’étais. Tout perdre d’un coup fait peur, mais je vais continuer à me battre, parce que ça vaut la peine de le faire.

J’ai trop pris pour acquis que j’étais encore la même et que j’étais encore entourée des mêmes personnes et que cela ne changerait pas. Mais tomber dans l’oubli, se faire prendre dans un tourbillon d’habitudes, devenir invisible du jour au lendemain, ce n’est pas un tableau facile à regarder. Je n’ai pas envie d’être ce tableau, malgré que les couleurs soient belles, qu’on l’a tellement aimé, il faut prendre son pinceau et ajouter de nouvelles couleurs et non pas refaire toujours le même dessin.

J’ai eu mal. J’ai encore mal. Mais j’ai arrêté de survivre. J’ai décidé que j’allais vivre et je construirai chaque morceau de chaque journée, seule.

 

DÉPRESSION : L’appréhension

Cette série est mon histoire, chaque texte est personnel. En parler est important et j’ai décidé de le faire. Chaque semaine, un texte sortira en rapport avec une thématique. Pour lire la série en entier, rendez-vous ICI.

J’avais peur. Peur d’être faible. Être faible c’est tellement quelque chose que personne n’a envie d’être. Le préjugé est si immense. Tu dois être fort.e et ne jamais laisser tes émotions prendre le dessus. Tu dois être impeccable, faire plus que ce que tu es capable de faire et ce, dans toutes les sphères de ta vie. Je savais depuis plusieurs années que j’avais besoin d’un break pour prendre soin de moi. Mais je ne l’ai jamais fait et ce pour plusieurs raisons: le temps, l’argent, le jugement, ma carrière, la honte, etc. C’est horrible, et aujourd’hui je m’en rends compte. Chaque fin de semaine, je me disais que j’irais mieux lundi. Chaque semaine de vacance, je me disais que cela me remettrait sur le piton. Chaque nouvelle résolution, que ce soit sur l’alimentation, la méditation, la lecture, les antidépresseurs, je croyais que tout cela règlerait le problème. Rien n’a fonctionné. Ça n’a fait qu’accumuler encore plus de choses sur mes épaules qui étaient de plus en plus fragiles à force de transporter tellement de douleurs.

Je savais que quelque chose clochait dans ma tête. C’est ma tête qui était malade et qui rendait malade mon corps. Mais j’avais la certitude qu’un arrêt de travail ou une thérapie, ce n’était pas nécessaire. J’étais sur qu’avec le temps j’irais mieux, mais non. Je n’ai pas écouté mon corps et il m’a lâché. J’ai dû me rendre au bout du rouleau pour accepter de l’aide.

Le problème avec une dépression, c’est que souvent, on ne se rend pas compte qu’on va aussi mal. On est fatigué, on pleure beaucoup, on est moins attentif. En gros, rien ne fonctionne et c’est le chaos dans ta tête et dans ton corps. Tu te dis que ça va passer, mais ça continue de dégringoler. Pour ma part, je ne voulais rien savoir d’un arrêt de travail. J’ai d’ailleurs souvent dit que jamais je ne tomberais en arrêt de travail parce que selon moi, ce n’était pas professionnel dans mon dossier d’employée, ça tâcherait celui-ci et m’empêcherait d’avancer dans ma carrière. Oui je suis sérieuse, c’était l’idée que je me faisais. Aussi, mes finances n’étaient pas bonnes dû à une vieille dette que je paie encore aujourd’hui. Dans ma tête, c’était inconcevable, j’aurais eu trop honte. La seule excuse possible pour un arrêt de travail aurait été une maladie ou une opération, pas une dépression. Moi en dépression? Voyons, je suis plus forte que ça, que je me disais.

La vérité, c’est que j’avais la chienne. J’ai toujours été forte, mais en réalité, avec le recul, je me rends compte que je ne l’étais pas. La vraie force, je l’ai eu en acceptant ma situation et en me battant pour m’en sortir. Rester aveugle devant les alertes que ton corps t’envoie, t’obstiner à continuer quand tu peines à mettre un pied devant l’autre, être méchante avec les gens que t’aimes parce que tu n’arrives plus à te supporter toi-même. Ce sont des signes à ne pas prendre à la légère. J’ai dû me rendre à l’état d’absence et perdre la carte pour comprendre que non: ÇA VA PAS!

L’important dans mon histoire c’est que mon corps est le mien et je dois en prendre soin. Si tu as des doutes, si tu ne te sens pas bien, que tu voies noir, n’attends pas. Tu dois aller consulter, et si tu ne veux pas faire cela, il existe plusieurs lignes d’écoute qui pourront te guider vers des ressources. La dépression c’est une maladie, elle doit être soignée et non ignorée. Beaucoup de gens souffrent longtemps sans jamais rien dire. Parle, dis-le, ta vie est importante. Non, ce n’est pas facile, mais tu seras tellement plus fort.e après. Ce sera long, périlleux, mais tellement bénéfique dans ta vie.

Choisis-toi, parce que tu es important.e.

 

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 Folie Sofia logo reviseure

DÉPRESSION : série de textes 

En 2017, j’ai été en arrêt de travail durant la moitié de l’année. C’est en mai que mon corps a décidé de me lâcher. Je suis passée à travers d’innombrables épreuves, mais aujourd’hui je vais mieux. La dépression est encore très taboue dans notre société. Comme ma psychiatre m’a déjà dit: les gens ne comprennent pas ce qu’ils ne voient pas. La maladie mentale c’est quelque chose que les gens ne comprennent pas et jugent facilement puisqu’il n’y a pas de blessures physiques visibles, ou du moins, il y en a rarement.

Ça fait un bout de temps que l’idée d’écrire sur mon arrêt de travail, ma dépression et mon diagnostic, me tente. Avec la campagne Bell pour la cause du 31 janvier prochain qui est annoncée à la télévision et à la radio, j’ai trouvé le courage de le faire. J’ai la certitude qu’à force d’en parler, d’avoir des témoignages de faits vécus, un jour on pourra changer la perception erronée des autres. Les maladies mentales, c’est sérieux et ça touche plus de gens que l’on pense. D’après l’institut universitaire en santé mentale de Montréal, la maladie mentale est la 2e cause de décès la plus fréquente dans notre société, c’est-à-dire 20%. Quand on est atteint d’une maladie mentale, on ne peut faire autrement que de s’informer. Pour ma part, j’ai lu énormément sur le sujet et j’ai vraiment appris plusieurs choses, j’ai également été sous le choc.

Voici en rafale quelques informations tirées du site iusmm.ca :
– La maladie mentale et la déficience intellectuelle ne sont pas pareilles;
– 2/3 des personnes atteintes de maladies mentales ne consultent pas à cause des préjugés;
– Près de 50% des absences au travail sont reliées à la maladie mentale;
– Tout le monde peut être atteint d’une maladie mentale;
– Les crimes violents ne sont pas nécessairement commis par des personnes atteintes de maladies mentales;
– Le soutien des proches est essentiel pour une personne souffrant de maladie mentale;
– Les antidépresseurs ne créent pas de dépendance;
– Il y a plus de victimes à cause de la dépression que d’accidents de la route;
– 80% des gens qui se suicident souffraient de dépression.

Quand je lis ce type d’informations, j’ai encore plus de motivation de parler de mon expérience. Oui, beaucoup l’on déjà fait. D’ailleurs, le livre de TPL: Les filles sont-elles folles? m’a énormément aidé à me sentir normal. Parce que quand tu souffres, tu as l’impression d’être loin d’un humain normal.

Donc, je vous présente ma série de textes qui se nommera tout simplement DÉPRESSION et qui racontera mon histoire. J’inclurai aussi des outils qui m’ont beaucoup aidé. Je désire faire ma part, et si je peux aider des gens qui ont comme moi vécus longtemps ce mal de vivre dans le silence, alors je serai la personne la plus heureuse. J’ai également décidé de ne pas trop censurer ce qui m’est arrivé. Je suis consciente que des collègues de travail, des ami.es, de la famille, etc. liront ces textes, mais c’est ma vie et j’en assume l’entièreté. Tout ce qui suit fait partie de moi.

 

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 Folie Sofia logo reviseure

Une tempête dans ma tête

 

Je ne sais comment l’expliquer avec des mots. Je ne peux l’exprimer avec des gestes, des paroles, des dessins. C’est difficile de juste l’expliquer.

Un instant je peux sourire, l’instant suivant je pleure.

Un mot, un cri, un frisson.

Tout ça en quelques secondes.

Incontrôlable.

Douleur.

Incompréhension.

Honte.

Un rien peut créer une bombe. Mes émotions ont un retardateur qui quelques fois se déclenche sans décompte.

Rage. Intensité. Perte de contrôle.

Quand tout explose, les dommages sont souvent présents, réels, je les vois.

Les excuses surviennent. Entourées de honte, d’incertitudes et de peur. La peur de perdre ces gens qui subissent mes bombes, mes explosions, mes tempêtes d’émotions.

Je suis désolée.

La remise en question. La certitude que ce sera toujours un cercle vicieux. Avoir l’impression d’être un poids pour l’humanité. Du moins, pour les gens qui m’entourent.

Trou vide.

Je repense après chaque tempête. Pourquoi restez-vous ? Pourquoi vous dites : je comprends. En sachant que le tourbillon refera surface. Il suffit d’un mot, d’un mouvement, d’un regard pour que le tonnerre se fasse entendre.

Ma tempête dans ma tête. Je l’apprivoise. Le temps qu’ils disent.

Tic tac, tic tac.

Un refrain qui me donne la chair de poule. Je reste aux aguets ne sachant pas quand je devrai puiser dans mon énergie de positivisme pour passer au travers les crises de verglas ou les tsunamis que je crée moi-même.

L’appréhension.

Pire ennemie de l’humain. Mon pire ennemi. Observer, faire attention, marcher sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller ce qui pourrait surgir de mon intérieur. Faire attention, toujours. Laisser mon esprit prendre le contrôle.

Lâcher-prise.

J’apprends à le faire. Avec difficulté. Juste vivre. Respirer. Apprendre. Me connaître. Prendre soin de moi.

Les tempêtes font partie de moi. Je suis une tempête. Dans ma tête et dans mon corps. Je suis quelques fois hors de contrôle. Un peu comme une tempête de neige inattendue.

J’ai ma pelle. Mes pneus d’hiver. De bonnes bottes et un manteau chaud pour m’aider à affronter la neige.

J’ai des outils, des gens qui m’aident. Des gens qui m’aiment pour m’aider à affronter mes tempêtes dans ma tête.

Mes tempêtes dans ma tête.

C’est ce que je suis.

C’est ce que je dois accepter.

C’est juste moi au fond.

Et je dois l’aimer.

 Valérie_réviseure

Je ne l’ai jamais dénoncé, jamais pardonné et jamais oublié

Version originale publiée sur La Fabrique Crépue

 J’avais besoin de partager de nouveau ce texte, texte important pour moi que j’ai publié en 2015, année où j’ai parlé pour la première fois de ce secret que j’ai gardé enfoui en moi pendant trop longtemps. J’avais besoin de partager de nouveau ce texte, pour ensuite vous raconter comment aujourd’hui, en 2017, 2 ans après en avoir parlé publiquement, je me sens et comment je vis cette blessure.

 

 Je n’ai jamais dénoncé ce qu’il m’a fait vivre. Je ne lui ai jamais pardonné ce qu’il m’a fait vivre. Je n’ai jamais oublié ce qu’il m’a fait vivre. Son visage, son regard, ses mains, leurs mains, après toutes ses années, sont encore bien présents dans mes pensées. Je suis incapable de marcher dans une ruelle ou près d’une ruelle, seule dans le noir. Je crois quelques fois l’apercevoir en train de me faire un sourire. Ce sourire qui m’a attirée vers lui il y a 16 ans. Quand je fais des cauchemars de cette soirée où il m’a brisée, j’ai quelques fois mal aux endroits où il m’a blessée. J’entends les rires et ressens le plaisir de ses amis autour de moi. On m’a jugée, on m’a brisée, on m’a humiliée sans savoir la vérité. J’ai hésité à me confier, je ne me donnais pas le droit de le faire. J’ai tenté d’oublier de plusieurs manières, je regrette encore certaines méthodes employées. On n’oublie pas. On vit simplement avec.

J’ai écrit l’histoire de cette soirée, sans trop de détails. Je l’ai lue une seule fois, l’année passée. J’ai été soulagée de pouvoir en parler en entier, dans les moindres détails, pour la première fois. Certaines personnes savaient que j’avais vécu quelque chose étant jeune, mais personne ne connaissait l’histoire en entier. Je n’ai plus besoin d’en parler en détail. J’ai besoin d’en parler à vous, vous qui êtes inconnus pour moi. Vous qui avez peut-être vécu un événement où une personne est entrée dans votre intimité sans votre consentement. À vous, je vous dis vous n’êtes pas seuls. Ça m’a pris 15 ans pour en parler, en parler pour vrai et en entier. Prends ton temps, mais tu dois en parler.

Pourquoi je ne l’ai jamais dénoncé? J’ai cru que c’était ma faute. J’ai eu peur que ma famille souffre. J’ai eu peur qu’on ne m’aime plus. J’ai eu peur de devoir en parler. J’ai cru l’avoir pardonné un jour. En fait, c’est à moi que j’ai pardonné. Pour lui, eux, le pardon n’est aucunement envisageable. Je n’ai oublié aucun détail, aucun coup, aucun cri, aucune douleur, aucune blessure. Je vis avec ce souvenir qui fait mal à chaque fois.

J’ai perdu mon adolescence. J’ai perdu certaines envies. Je me suis créé un personnage. J’ai menti. Je me suis protégée. J’ai gardé le secret. Après le secondaire, mon souffle est revenu, j’avais le sentiment que j’allais oublier et qu’une nouvelle vie allait commencer. Ça a duré un temps, mais le passé fait toujours surface. À 25 ans, je suis retombée dans mon passé, retombée dans cette soirée. J’ai compris que cette soirée ferait partie de moi toute ma vie. Mon amoureux doit vivre avec certaines choses que je ne peux supporter dans notre intimité. J’ai toujours peur dans le noir. Je barre mes portes même si je ne suis pas seule dans la maison. Si un homme me dévisage, je vois le visage de mon briseur d’enfance apparaître. J’ai décidé d’en parler, sans les détails. J’ai décidé de vivre avec. J’ai décidé que j’avais le droit de le faire. J’ai décidé que plus ça fait mal, plus ça soulage. J’ai décidé de ne plus avoir honte. J’ai décidé que oui, je suis forte. J’ai décidé que c’était mon droit de témoigner pour aider.

Mes parents? Ils n’ont jamais su. Ils ont douté, mais ils n’ont jamais su. Ce soir-là, j’ai menti. Ils m’ont cru et la vie a continué. Est-ce que je leur en ai voulu? Un peu. J’ai cru qu’ils devineraient. Mais dans la vie, personne n’est devin, personne ne peut deviner ce genre de chose. Après, j’ai principalement voulu les protéger de ce secret. Pourquoi faudrait-il qu’ils sachent? Peut-être pour qu’ils comprennent pourquoi j’étais si difficile à comprendre. Pourquoi je souffrais? Pourquoi je broyais souvent du noir? Pourquoi j’étais méchante avec eux? Pourquoi j’étais quelques fois instable? Oui, pour tout ça, j’aurais dû leur dire. Mais j’ai choisi de ne pas le faire. Ils sauront grâce à ce texte qu’à 12 ans j’ai vécu ce que personne ne devrait vivre. Mais ça va, je vais bien. Non, je vais mieux.

J’ai lu tellement de récits de personnes ayant vécu des histoires similaires à la mienne. Je dis « similaire » parce que chaque histoire est complètement différente. Tellement de personnes sont brisées. Tellement de personnes laissées à eux-mêmes. Malheureusement, même si ces gestes sont dénoncés, les conséquences sont principalement vécues par la personne qui a été brisée. Je n’ai pas envie d’embarquer dans les problématiques judiciaires et gouvernementales. J’ai simplement eu le besoin de me sentir normale. D’arrêter de garder ce secret. D’extérioriser ce que je ressens. De te dire à toi qui garde tout en dedans : tu n’es pas seul. De me dire à moi-même : tu n’es pas seule.

À 12 ans, j’ai été violée. Je ne l’ai pas dénoncé, je ne l’ai pas pardonné et jamais je ne vais oublier.

N’oubliez pas que si vous avez besoin d’en parler, il existe des ressources :La ligne ressource pour le québec en entier pour les victimes d’agressions sexuelles est le 1 888 933-9007 ou
le 514 933-9007 pour la région de Montréal.

 Valérie_réviseure

À toi, mon amie qui souffre…

Folie Urbaine amie qui souffre

Ma belle amie,

Tu ne vas pas bien, je le sais.

Je le vois dans tes yeux parfois éteints, dans ton sourire un peu forcé qui n’arrive pas à allumer ce regard pétillant qui m’a séduite la première fois qu’on s’est rencontrées. Je le vois aussi dans ta façon de marcher les épaules voûtées, comme si tu portais, un peu plus à chaque pas, un nouveau fardeau.

Le ton de ta voix est mécanique parfois, comme une cassette qu’on a mise sur Repeat. Y’a des jours où tu vas mieux, où tu arrêtes le mode pilote automatique et retrouves un peu ce ton enjoué qui rend ta voix mélodieuse et qui donne envie de lancer des confettis dans les airs. Je sais que y’a des jours où tu es vraiment sincère quand tu dis que c’est une belle journée, comme je sais que tu te mets parfois en mode je-ne-veux-pas-inquiéter-tout-le-monde-alors-je-prétends-que-tout-va-bien.

Je sais à quel point tu as peur d’être un fardeau pour les autres. À quel point tu t’en veux de ne pas réussir à être la meilleure version de toi-même. À être disponible pour les autres autant que tu le voudrais. Tu te sens mal de ne pas pouvoir être la formidable amie que tu peux être en d’autres circonstances. Tu t’imagines que lorsque tu iras mieux, tu auras perdu plusieurs personnes sur la longue route qui t’attend vers la guérison et le bonheur. Il est possible que oui. Il est aussi possible que ceux-ci reviennent seulement quand tu iras mieux, parce qu’ils sont tout simplement incapables de t’offrir le support dont tu as besoin pour l’instant.

Je sais que dans les moments où tu vas bien, ta tête fourmille d’idées et tu entrevois l’avenir avec 1001 possibilités et que tu t’accroches à tes rêves puisque tu sais que le soleil finit toujours par revenir. Mais je sais aussi que parfois, la tempête est si puissante dans ton cœur et ton esprit que les pires idées prennent possession de ton corps et te tire vers les ténèbres, même si ceux qui savent ce que tu vis essaient de toutes leurs forces de te garder dans la lumière.

Sache que tu n’es pas seule. Et que je suis là pour toi, comme tu le serais pour moi si je vivais la même chose. Parce que même si je ne trouve pas toujours les bons mots, même si parfois j’ai l’impression que je pourrais en faire plus, je sais que tu sais.

Tu sais que je suis ton amie. Et que derrière mes intentions parfois maladroites se cache juste une fille qui veut que son amie retrouve le sourire.

Le plus souvent et le plus longtemps possible.

Je t’aime mon amie xx