La crise de la trentaine

Ariane vous parle de sa crise de la trentaine.

Je sais, c’est cliché. Reste que ça fait partie de la réalité. Je n’y croyais pas non plus, à cette vision préfaite qui parle du questionnement de soi, des 1000 et 1 doutes, du renouveau… Et pourtant, je suis passée par là il y a peu de temps, par ces chemins différents, inexplorés pour la plupart. Je pourrais presque dire que j’y suis allée les yeux fermés, en toute confiance. Presque. Un peu comme un leap of faith, un grand saut de confiance, une confiance en quoi? Sûrement avec le concept que advienne que pourra, que je vais dealer avec ce qui arrivera. En y mélangeant beaucoup de « au jour le jour ». Je sais que ce n’est pas un état d’esprit à avoir à long terme, que c’est juste une “passe”, alors j’en profite.

J’ai su que c’était quelque chose de vrai, cette crise, quand j’étais en plein milieu, quand je la vivais intensément. Si quelqu’un m’avait dit que ça allait m’arriver, je ne l’aurais pas cru. J’aurais probablement dit que c’est quelque chose d’inventé pour justifier ses actions. Pis je le crois encore un petit mini peu? Mais le timing est trop parfait pour que ça soit simplement une coïncidence.

Là, vous vous demandez sûrement ce que représente cette étape dans ma vie? Je n’entrerai pas dans les détails, car ils ne sont pas très importants, mais, en résumé, je me suis concentrée sur moi, j’ai réalisé plusieurs choses sur ma personne et sur les gens qui m’entourent. Du positif comme du négatif. Mais surtout du positif. Par contre, c’est peut-être dû au fait que je me concentre principalement sur ce qui est bon pour moi, sur ce qui me rend heureuse. Sans nécessairement éliminer les gens négatifs, je leur fais juste plus abstraction inconsciemment. Et je focuse sur les personnes qui m’apportent un bien-être facile et agréable.

Si je mets des choses derrière moi, ça ne veut pas nécessairement dire qu’elles n’ont eu aucune importance ou incidence sur ma vie, au contraire.

Je souhaite quand même que plusieurs personnes passent par cette étape, parce qu’elle m’a ouvert les yeux, elle m’a permise de me prioriser et j’en suis bien heureuse. Je sais pas ce que la crise de quarantaine représentera pour moi, mais j’ai quasiment hâte!

Maman à 40 ans, je suis rendue là?

On va se dire les vraies affaires, dans ma tête, j’ai un 35 ans bien assumé. Dans la vraie vie, je viens de franchir le cap des 40 ans, et je vous assure, je n’ai rien vu passer!

J’aime être occupée, j’aime que la maison soit remplie d’action, je ne déteste pas du tout le fait de trouver qu’il manque d’heures dans une journée. Entre la pratique de soccer de mon plus jeune, la compétition de gym de ma plus grande, les devoirs d’école et le travail, les temps libres se font rares.

Vous pensez que j’ai mes lunettes roses teintées peppermint? Peut-être un peu, mais je pense souvent à ce que sera ma vie après ce raz-de-marée d’action et je dois dire que tous ces moments intenses vont me manquer (bon j’avoue, peut-être pas la gestion interminable des lunchs et des collations).

Une fois qu’on fait le deuil de la journée parfaite, la pression descend et il me semble être plus en mesure de savourer ces moments qui souvent passent trop

vite. Je sais, cette dernière phrase empreinte de maturité démontre mon âge noble de 40 ans, des fois je me surprends moi-même.

Ceci étant dit, mon conjoint et moi, on a décidé de prolonger cette période de tourbillon actif, en procréant de nouveau! On y pensait, on y pensait et on y repensait depuis 2 ans, sans être capable de prendre une décision. Finalement, on a arrêté de branler dans le manche, et puis 40 ans est arrivé et la grossesse aussi!

Oh boy! Il paraît que chaque grossesse est différente, oui certainement, mais les premiers mois de celle-ci sont, je vous jure, exténuants. Je ne sais pas si c’est l’âge ou si j’ai tout simplement oublié comment c’était, mais j’ai de la difficulté à faire mes journées.

Les suppléments de fer sont devenus mes meilleurs amis, je lutte sur l’heure du midi contre une envie folle d’engloutir tous les fruits que je trouve à l’épicerie, je pense sérieusement à aménager un lit sous mon bureau au travail, j’ai renouvelé ma prescription de bas de contention et je passe de la bonne humeur aux grognements en moins de deux minutes. En effet, j’ai la mémoire courte! Mon réconfort se trouve dans la réaction positive de mes deux enfants face à l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur et à leur impressionnante compréhension de la situation face aux nombreux changements que je vis. Imaginez, je peux même avoir deux portions de gâteau, une pour moi et une pour le bébé! Il y a quand même des avantages.

Je dois vous dire que malgré ces nombreux changements physiques et émotionnels, je ne retournerais pas en arrière. Je suis en paix avec cette nouvelle étape de ma

vie et les nombreux changements qu’elle apportera. Je savoure avec plus d’intérêt ce grand miracle de porter la vie puisque je sais cette fois que cela sera ma dernière grossesse.

Tranquillement, j’apprivoise mon âge et me surprends même à être fière de porter un enfant à 40 ans!

Bédainement vôtre,

Fanny Poisson alix marcoux

En route vers la quarantaine

en route vers la quarantaine

Hey oui! J’ai maintenant 39 ans depuis quelques jours et je me rends compte que je n’ai pas changée. En fait, je pense que j’ai encore 18 ans dans mon coeur. Je me rends compte que j’adore regarder des émissions comme Le Chalet, Jérémie, ce genre-là! J’aurais bien aimé avoir des émissions comme ça dans ma jeunesse. D’accord, il y avait bien Watatatow et ZAP. Ouf! Je les écoutais religieusement. J’ai toujours trouvé les émissions d’adolescent.es trippantes ; est-ce que c’est parce que je refuse de grandir de vieillir? Hum… je sais pas trop. Peut-être, qui sait?

Je me rends compte que, plus les années passent, plus elle raccourcissent. Je me souviens très bien, lorsque j’avais 16 ans en secondaire 4, je trouvais chaque semaine plus longue et plus pénible que l’autre d’avant. Tandis que lorsque les vacances d’été arrivaient, elles, elles étaient tellement courtes. Deux mois? Ça ne me semblait pas assez long de mon point de vue d’adolescente, pourtant, avec du recul, c’est quand même long comme vacances!

Aujourd’hui, c’est vraiment pire, le temps file à vitesse grand V et je ne peux malheureusement rien faire pour l’arrêter. J’ai vraiment l’impression que mon corps avance comme un automate, comme un robot, et que moi je suis à côté, avec ma vie trop chargée et remplie d’une tonne d’obligations. J’imagine que je ne suis pas seule ; vous devez être quelqu’un.es dans la même situation!

Constamment, je cherche comme vivre ma vie pleinement et sainement, j’essaie de profiter de chaque moment à fond avec ceux et celles que j’aime. Je voudrais mettre mon petit hamster sur pause, mettre mon cerveau à off. Je souhaiterais pouvoir me lever chaque matin et regarder le soleil qui se lève, entendre les oiseaux chanter. Décider de quoi aura l’air ma journée au jour le jour, sans pression. Mais je sais bien que je fabule, car la retraite est loin d’être proche. J’ai encore tant d’étapes à franchir d’ici ce moment tant attendu.

Avez-vous un truc pour profiter pleinement de votre vie? Ne vous sentez-vous pas dépassé.e chaque jour de plus en plus? Se lever, s’habiller, déjeuner quand on le temps, réveiller les ados… Finalement, ils se lèvent, vont à l’école, ensuite vient le travail à la maison. Imaginez! Après, on continue, ce n’est pas fini. Le travail est fini, mais il y a le souper, le baseball, les rendez-vous… Et la fin de semaine, les activités, le ménage, la bouffe, l’épicerie, un peu de dodo et c’est déjà lundi! On recommence! Heureusement, parfois, on prend le temps, mais le temps pour quoi? Est-ce que c’est ça la quarantaine? Prendre conscience de toutes ces petites choses que je fais depuis des années par obligation, par automatisme, par nécessité, pour faire plaisir les autres, pour qu’ils soient heureux et comblés?

Suis-je normale de vouloir plus de temps pour moi? Pour m’occuper de mes propres choses pour une fois, de mon propre nombril, comme le ferait une ado?

Est-ce que je deviens égoïste de penser comme ça? Suis-je la seule qui angoisse ainsi? On sait bien que la quarantaine vient avec une crise, tout comme celle de l’adolescence. Mais comme moi j’étais très sage, je n’ai pas vécu ce moment pénible, est-ce que ça veut dire que la balance doit se rétablir avec ma quarantaine? J’ai un peu peur, je l’avoue.

Quels sont les signes de cette fameuse crise? Demandons à notre ami Google. Pour les hommes, on parle du démon du midi, de la nouvelle poulette, de la voiture sport. Du côté de la femme, on parle surtout de l’angoisse de se retrouver seule avec le conjoint, sans enfants. C’est pourquoi je vous conseille, dès aujourd’hui, mesdames, de prendre du temps pour vous, de faire des choses qui vous rendent heureuses, mais aussi de trouver une activité commune avec votre partenaire de vie (si c’est le cas) et une entente pour que vous soyez heureux les deux. Mais le but étant que vous soyez heureux ensemble entre amoureux, mais aussi chacun de votre côté.

En espérant que cette étape se passe bien, je retourne à mes tâches de la semaine en attendant ma retraite!

 

Réécriture par Ariane Martineau
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La peur de vieillir

la peur de vieillir

Si je recule à quand j’étais adolescente, je n’étais pas comme les autres adolescents de mon âge. Eux qui ont soif de liberté, d’avoir 18 ans, de faire ce qu’ils veulent sans avoir de compte à rendre, avoir le permis de conduire, sa voiture. Moi, toutes ses choses me faisaient tellement peur. J’étais bien chez nous, dans mon cocon avec ma famille, bien entourée, toujours plein de visite. Nous étions vraiment tissés serrés.

Quand j’ai dû choisir ce que je voulais faire de ma vie, j’ai vraiment eu peur de ne pas faire le bon choix. Je ne pensais pas que si ça ne fonctionnait pas, si je n’étais heureuse, que je pourrais changer d’emploi. Je n’arrivais pas à décider. Je me disais qu’à 18 ans, je devrais quitter ma famille, ce qui me faisait vraiment trop de peine et j’avais trop peur de vivre seule. Comment je ferais? Je ne voulais pas vieillir, je ne voulais pas de ses responsabilités d’adulte. Je ne me sentais pas à la hauteur, d’autant plus que j’ai pris une année sabbatique après mon secondaire 5. Et je stressais tellement, seule dans ma chambre, sans amie, sans but, à tourner cette seule pensée dans ma tête : « je ne veux pas vieillir ». Résultat : je suis tombée malade deux jours avant mes 18 ans, deux mois à l’hôpital à chercher ce qui se passait avec moi. Après une biopsie et deux mois de douleur insupportable, j’ai compris que ce qui m’arrivait était la pire chose que tu veux traverser à 18 ans. Le cancer. Et oui, cette chose affreuse m’arrivait à moi, mais pourquoi? Pourquoi? J’ai vite compris que la pensée est créatrice. C’était moi, oui moi, qui avais peur de tout et de rien, mais qui ne voulais surtout pas vieillir. Voulais-je mourir… bien sûr que non! Je veux vivre, rencontrer l’amour, me marier, avoir des enfants, une maison, devenir une grand-mère! Oui, je veux vieillir! Oui, je suis capable de passer au travers de tout ce qui me fait peur. J’ai donc relevé mes manches, suivi les traitements, revu mon objectif et je me suis guérie avec beaucoup de support de ma famille et de ma chum qui m’a fait rire en masse.

La vie est un cadeau dont il faut chérir chaque instant, chaque moment, profiter du moment présent et non toujours penser à ce qui va arriver demain et la semaine prochaine. Quand j’étais petite, l’année scolaire me semblait interminable. J’avais tellement hâte à l’été de congé qui malheureusement passait comme l’éclair. Quand ma mère me disait « profite de ton temps à l’école, tu es bien et tu ne le sais pas », oh mon dieu que je détestais ça! Et je me fâchais toujours. L’école à mes yeux, c’était poche et les profs étaient plates, etc… Mais aujourd’hui, c’est devenu mon discours pour mes enfants, hihihi!

Quand mes enfants étaient petits, elle me disait : « profites-en, cela passe beaucoup trop vite. » Quand l’enfant marche à quatre pattes, on veut qu’il se lève pour marcher debout, on a hâte qu’il soit propre, plus de couche et ce qu’on réalise c’est que oups!!! Mon fils est en secondaire 5 et ma fille commence le secondaire 1! Il me semble que je retournerais au moment où je les berçais pour les endormir. Celui où ils venaient me voir pour les consoler, leur chanter des chansons pour rire.

La semaine dernière, une personne que j’aimais beaucoup nous a quittés vraiment trop tôt et le lendemain matin, un petit garçon est né. C’est ainsi le cycle de la vie. Une personne meurt et une autre vient au monde. C’est une roue qui tourne : on naît, on vieillit et on ne peut rien y faire, sinon de profiter de la chance de vivre chaque instant de notre vie.

Aujourd’hui, je n’ai plus peur de vieillir, car même si je vais avoir bientôt 39 ans, je me sens encore comme si j’avais 18 ans. Je connais beaucoup de gens qui sont partis trop tôt qui auraient voulu vieillir, partager plus de moments avec ceux qu’ils aimaient. Alors toi qui es en santé, profite de chaque moment! Que ce soit le matin où tu bois ton café ou le beau coucher de soleil à regarder, assister à la naissance d’un bébé ou le départ d’une personne aimée. C’est ça la vie et je vais la vivre pour tous ceux qui n’ont plus cette chance.

Et vous, avez-vous peur de vieillir?

Folie Melanie logo auteur 

Je ne peux pas croire que j’ai 35 ans…

Folie Urbaine 35 ans

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire.

J’ai 35 ans. Pis je capote. Plus qu’à 30. Mais sûrement moins qu’à 40. Quoiqu’à 40 ans, je vais peut-être accepter mon sort comme une fatalité. Ou ça va être comme on le dit souvent : « La vie commence à 40 ans. » Je vous en reparlerai peut-être dans 5 ans.

Mais aujourd’hui, je célèbre 35 années passées sur cette Terre.

Je ne peux pas croire que ça a passé si vite. Je n’arrive pas à statuer si j’ai vraiment vécu TOUT ça dans les dernières années. Ou si j’ai vécu JUSTE ça en 35 ans. J’oscille entre les deux. Quand je pense à mes années scolaires que j’ai trouvées interminables ou que je pense à l’année où je suis devenu maman, la notion de temps ne peut être plus différente. La vie file à toute allure.

Entre le moment où je mâchouillais mes crayons tout en griffonnant le nom de mon kick du moment dans mon agenda et celui où je visite les différentes écoles secondaires où mon fils ira dans 18 mois, j’ai l’impression qu’il n’y a que quelques semaines. Comment j’ai pu en arriver là aussi vite ?

Maintenant que j’ai passé à travers la plupart de mes crises d’identité, de mes tourments d’adolescentes, de mes nombreuses peines d’amour, de ma haine envers l’algèbre, de l’intimidation que j’ai subie et la plupart de mes premières fois, je vais devoir traverser ça à nouveau, mais dans un nouveau rôle. Celui de la mère qui veut le bien de son ado, mais qui comprend dont rien à ce qui se passe vraiment dans sa tête.

Alors qu’avant, la nourriture, mon poids, mon couple, ma santé, mon épargne à planifier pour mes années de retraite n’étaient pas des sujets avec lesquels je me cassais la tête, maintenant ils m’empêchent de dormir comme mon kick d’adolescente arrivait à le faire.

35 ans.

Non, j’ai beau l’écrire, ça n’atténue pas le choc.

Le choc de penser que ma jeunesse est maintenant complètement derrière moi. Ok, depuis mes 30 ans, je crois qu’on peut dire que je suis une adulte et non une jeunesse. Mais jusqu’ici, j’étais encore dans le déni. Même si je suis une maman, même si je paye ma maison, que j’ai un emploi stable depuis plusieurs années et que je ne vais plus à l’école. Pour moi, j’étais encore jeune quand même parce que je mange encore des jujubes, que je ne me tanne pas de regarder de vieux épisodes de Beverly Hills 90210, que j’aime toujours m’acheter des bijoux chez Ardene et que je gosse encore mon père chaque fête pour qu’il me cuisine mon shortcake aux fraises.

Moi qui caresse le rêve d’aller en Californie, je vois les années passer et le Golden Gate me semble toujours aussi loin. Moi qui ai toujours voulu avoir ma maison sur le bord de la mer, je commence à placer le reste de mes espoirs dans un condo en Floride pour mes vieux jours. Moi qui voudrais sauter en parachute un jour, mais qui m’imagine de moins en moins avoir la folie nécessaire pour passer la porte de l’avion.

Je dois maintenant regarder les crèmes antirides dans la section « peau-pas-encore-mature-mais-plus-fraîche-non-plus ». Je dois maintenant me laisser tomber en bas de mon lit le lendemain d’un entraînement trop vigoureux parce que je n’ai plus l’agilité que j’avais. Je dois maintenant commencer à envisager le fait que bientôt, pour les ados, je serai vraiment rendue juste une « madame » et non pas une fille encore cool pour son âge. Que mon fils dira à ses amis : « Bof, elle, c’est ma mère. » plutôt que « Hey, c’est ma maman ! » avec un grand sourire content quand j’irai le chercher devant ses amis. Une chance qu’il me dit encore que je suis toujours la plus belle à ses yeux. C’est peut-être niaiseux ou superficiel, mais ça m’aide à accepter qu’il grandisse.

Je dois aussi tranquillement faire le deuil de la fille que j’étais quand j’ai rencontré mon chum. Tsé la fille pimpante, toujours arrangée qui le regardait avec des étoiles dans les yeux et qui cherchait toujours 1001 choses romantiques à faire pour lui faire plaisir ? Heureusement qu’il me dit souvent que la femme que je deviens est encore mieux que celle qu’il a rencontrée. Pis ça, ça me rassure. Pis ça m’aide aussi à accepter que je vieillis.

Faque c’est ça. J’ai 35 ans.

Pis c’est la vie.

jennifer-signature-02-jpg verifiedjenevieve

Lettre à celui qui prendra soin de moi dans mes vieux jours.

Folie Urbaine ephemere soin

À toi personnel de la santé qui rentrera dans ma chambre le matin. Je sais que tu es surchargé mais, s’il te plaît, ne me le fais pas ressentir. Fais-moi un sourire et parle-moi calmement. Je sais que, pendant que tu t’occupes de mes soins, tu vois les minutes défiler, mais essaie de me faire sentir importante et ta priorité du moment.

J’espère que le personnel sera assez nombreux pour qu’enfin la définition de « milieu de vie »prenne tout son sens. Parce que dis-toi que toute ma vie je me suis réveillée, tout comme toi, à 5:00 du matin, alors je crois pouvoir mériter de choisir à quelle heure mon corps a besoin de se lever.

Et si je n’ai pas faim et que je suis incapable de le dire, essaie de voir mes mimiques et de les respecter. Et si jamais je mange une double portion, ou que je déguste quelques gâteries, ne m’en empêche pas. Dis-toi que toute ma vie, je me suis privée pour  avoir un poids santé et que maintenant, c’est un petit plaisir de la vie.

Sois une oreille douce et attentive pour moi, car tu es la personne soignante la plus à l’écoute de mes demandes. Si je n’ai plus vraiment de force dans mes jambes, ne m’oblige pas à marcher, car dis-toi que je n’irai pas courir un marathon. J’ai déjà beaucoup marché dans ma vie.

Fais mes soins d’hygiène en t’imaginant que ce sont les fesses de ta mère ou celles de ton bébé. Tu verras à quel point ta main sera douce. Le soir au coucher, enveloppe-moi de mes couvertures, regarde-moi dans les yeux et rassure-moi d’une voix réconfortante. Tu partiras chez toi l’esprit tranquille et moi, je dormirai comme un bébé.

Pendant ta tournée, prends le temps de t’arrêter, pas même une minute, pour me serrer la main, déposer ta main sur mon épaule, me montrer que tu es là. Et prends le temps de regarder mes photos au mur pour, qu’avec le temps, on puisse parler et que je puisse me confier à toi. Remarque à quel point j’étais coquette, prends le temps de me peigner les cheveux et de me parfumer. Cela me fait plaisir. Lors du bain, une fois semaine, laisse mes vieilles mains caresser l’eau, car cela m’apaise  énormément.

Je sais que ton emploi est difficile, je l’ai moi-même exercé. Mais si tu es débordée, prends le temps de me dire que tu reviendras plus tard, et fais-le vraiment. J’espère juste que tu aimes ton métier car, si tu travailles pour la paie, je le ressentirai.  Et n’oublie pas que, sous cette vieille peau,  bat un cœur qui ne demande qu’à être aimé et respecté.

Je nous souhaite une belle relation car, sans le savoir, tu fais partie de ma famille. Tu penses peut- être que, derrière ma vision trouble, je ne vous vois pas courir d’un côté  et d’un autre. Mais, malgré mes yeux affaiblis, je reconnais ta persévérance et ton cœur grand comme le monde.

Si jamais je ne te le dis pas assez souvent, eh bien merci pour tout. La maladie ou le manque de temps que nous passons ensemble  m’empêche peut -être de le faire, mais je sais que tu es essentiel à mes besoins et qu’il n’y a que toi qui me connaisses si profondément. J’ai pu moi aussi, à travers mon métier, voir à quel point le cerveau est impressionnant. Le nombre d’informations que je pouvais retenir était vraiment époustouflant. C’est parce  l’amour d’un métier nous permet tellement de choses!

J’espère que tu auras du temps pour moi, mais pour toi aussi, parce que tu seras déçu d’avoir choisi un métier autant humain, mais si robotisé. C’est dommage et tellement triste à constater.

Je nous souhaite un milieu paisible, amical et à l’écoute de nos besoins.  C’est ce que toute vieille personne désire pour terminer ses vieux jours afin de pouvoir partir vers un monde meilleur.

Folie Urbaine éphémère lettre à celui photo1

Par Véronique Desrochers

etampe karianne

La pression de la vieillesse

Je suis rendue à l’âge où je ne suis plus certaine du nombre d’années qui se sont écoulées depuis que je suis née (sans joke, j’ai dû compter l’autre jour quand quelqu’un m’a demandé j’avais quel âge).

Je suis rendue au moment où je devrais me calmer, faire l’adulte, penser au futur, avoir un chien, une maison, des enfants. Blablabla.

Je suis pourtant loin de cette sécurité décrite et suggérée par la société.

Le vendredi et samedi soir, je peux aussi bien décider de rester chez moi, entourée de mon copain et mes trois chats, à jouer en ligne avec des amis (ou juste « Netflixer») ou me retrouver dans un bar karaoké et continuer la soirée chez moi avec des amis quand le bar ferme.

Et parfois, ça s’étire jusqu’au lever du soleil.

Bien sûr, les lendemains demandent beaucoup d’hydratation et mon avant-midi a servi à rattraper mes heures de sommeil manquantes. Même si je consomme peu (et parfois pas du tout) d’alcool, les soirées s’étirent sans problème, sans fatigue et sans regrets au réveil. Je ne dis pas que la modération a bien meilleur goût (allo SAQ), mais dans le fond… Ouais c’est exactement ça! Ce sont peut-être mes années dans les bars qui m’ont calmé l’afflux de boisson ou peut-être que c’est seulement l’âge qui se tanne et s’écœure et qui dit «Wo! Ça va faire! Abuse, mais pas trop de toute en même temps!». Donc j’abuse juste de la longévité de la soirée. De l’abus bien réparti et dosé genre.

Pour encore combien d’années? Meh. C’est pas ça la bonne question… mais plus «Est-ce que ça me rend heureuse ce style de vie?»

Oui et c’est tout ce qui compte.

ariane-signature

 

 

J’ai peur de vieillir

J’ai peur de vieillir. Devenir vieille. Ne plus ressentir l’élan de la jeunesse. Et là, je ne te parle pas de grandir. J’espère grandir encore longtemps. Grandir au niveau psychologique, émotif, grandir en maturité. Je ne te parle pas non plus d’avoir peur de me faire appeler Madame ou même d’avoir de plus en plus de cheveux blancs (j’en ai depuis que j’ai 22 ans…).

Je te parle de VIEILLIR. De ne plus être capable de suivre. De n’avoir plus grand-chose devant moi. De manquer de temps pour mener à terme tous mes rêves ou mes projets.

J’ai peur du moment où je devrai magasiner des vêtements adaptés à ma nouvelle silhouette. Celle que j’aurai quand je n’aurai plus la force ou l’énergie pour m’entraîner et faire du sport aussi souvent. Peur de passer devant le H&M et d’envier les femmes qui peuvent encore s’y vêtir.

J’ai peur du moment où je ne serai plus qu’une personne à visiter pour mon fils. Que je ne serai qu’un simple nom inscrit à son agenda : 12 mars = Aller voir maman. Que je serai obligée de me concentrer pour retenir tout ce qu’il aura à me raconter ce jour-là. Peur d’en avoir pour 2 jours à me remettre du fait que sa prochaine visite sera sans doute 2 ou 3 semaines plus tard ou plus. Je verserai sûrement quelques larmes en me demandant comment le temps a pu passer aussi vite alors que j’ai l’impression que c’était hier que lui et moi passions toutes nos journées ensemble.

J’ai peur du moment où mon chum et moi n’aurons d’autres choix que de ressasser nos vieux souvenirs parce qu’il sera de plus en plus difficile d’en créer des nouveaux. Peur de ne voir que de la tendresse et une certaine habitude dans son regard. Peur qu’il ne me trouve plus aussi drôle ou aussi divertissante. Peur que ma présence ne soit plus suffisante pour s’accrocher à la vie.

J’ai peur du moment où mon autonomie va me lâcher, où je devrai quitter ma maison (en Floride, je l’espère) et être placée en résidence. Moi qui n’ai jamais été très portée sur le voisinage, je serai obligé de vivre entouré de personnes que je n’aurai pas choisies, et qui seront encore plus près de moi que les nombreux voisins à qui je n’ai jamais parlé.

J’ai peur du moment où je ne pourrai plus marcher sans effort ou sans aide. Moi qui n’ai jamais aimé être inactive. Juste de penser que je devrai demander assistance à quelqu’un pour aller aux toilettes me fait un peu angoisser. Et si je me mets à penser que cette même personne devra peut-être changer ma couche d’incontinence, alors là, je panique littéralement. Comment peut-on commencer ET terminer sa vie avec une couche ? C’est pas mal moins cute rendu à 87 ans.

Mais par-dessus tout, j’ai peur du moment où je ne serai plus là, où je ne serai plus qu’un vague souvenir pour mes proches et où je serai quasi inexistante pour les lointaines générations qui suivront.

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Photo de signature pour Jennifer Martin.