l'avenir du passé

L’avenir du passé : partie un

Comme pas mal tous les matins, mon chat, Batman, me réveille en miaulant. Je ne sais pas pourquoi il a pris cette mauvaise habitude. Je le flatte pour qu’il ferme sa gueule et j’essaie de me rendormir, mais c’est impossible. Je cherche donc mon cellulaire dans le fouillis de mon lit. Parce que oui, mon lit c’est le bordel. Une chance que j’ai un lit double. En plus de mon ordinateur portable, il y a des vêtements, une couverture que je n’utilise pas parce qu’il fait trop chaud, des livres, un sac de bonbons, une bouteille d’eau et trop de coussins. Je trouve finalement mon cellulaire et mon marathon de « je-scroll-Facebook-et-Instagram-jusqu’à-ce-que-mon-envie-de-pipi-du-matin-soit-trop-insuportable » commence. C’est ce que je fais, les matins de fin de semaine, quand je me réveille. Ça me relaxe et je ne pense à rien. Batman est impatient et tente de s’incruster entre moi et mon écran de cellulaire. Je lui donne deux, trois secondes d’attention en le flattant sur ses petites joues et je le pousse pour qu’il me laisse tranquille pendant que je regarde les trente stories de Lysandre Nadeau qui danse avec ses nouveaux longs cheveux. Elle vient de se faire installer des rallonges. J’avoue que je rêve secrètement qu’elle devienne mon amie. Mais bon, je n’oserais jamais lui dire, voyons ! Parce que je suis de même, moi, je ne dis pas toujours ce que j’aimerais, surtout avec les humains.

Je sais pas quoi faire de ma journée. Il y a toujours l’option de faire du ménage, comme à chaque week-end. Depuis que j’habite seule en appartement, j’avoue que je me rends compte à quel point c’est facile de créer du bordel. Surtout quand, à la base, tu es une personne bordélique. J’ai beau avoir trente-deux ans, j’ai encore et toujours cette mauvaise habitude. Je déciderai plus tard de ce que je veux faire de mon samedi. Je prends mon livre et je décide de le terminer. Je m’installe confortablement sur mon divan, la fenêtre ouverte pour sentir le vent frais de l’extérieur. L’automne commence à s’installer et l’humidité disparait peu à peu, à mon plus grand bonheur. L’été a été tellement intense et, sans air conditionné, je peux clairement dire que j’ai réussi à survivre. Je suis pas pire débrouillarde, finalement. Faut dire que dormir toute nue en étoile avec deux ventilateurs, c’était pas mal le seul moyen de réussir à dormir. Mais moi qui ai toujours détesté dormir nue, par peur de devoir quitter de manière urgente mon appartement et me retrouver nue au beau milieu de la rue, eh bien j’ai appris à apprécier le fait de ne porter aucun vêtement et d’avoir ma peau directement sur les draps.

Le vent est confortable, je lis Les nouvelles de la rivière noire. Une copie de presse que j’ai reçue pour Folie Urbaine, mon blogue, celui que j’ai la chance de tenir avec ma meilleure amie Marilou. Ce projet est tellement incroyable que j’ai encore du mal à réaliser tout ce qu’on a accompli depuis le début. Être blogueuse n’a jamais été un rêve pour moi, même dans le temps de Skyblog et des sites du genre. Mais l’écriture, ça, j’ai toujours rêvé d’en vivre. Que ce soient des textes personnels ou bien des fictions, j’écrivais toujours et partout. C’est peut-être pour ça que j’aime autant lire. Je me souviens qu’en secondaire 2 ou 3, cette année-là, on avait un grand format d’agenda. Celui pas trop cute, mais obligatoire. Bref. J’avais commencé à y résumer chaque journée en écrivant tout autour des pages. Mon meilleur ami de l’époque, Alexandre, avait un plaisir fou à voler mon agenda pour le lire. Il trouvait ça hot. Moi, c’est lui que je trouvais hot, mais ça, il ne l’a jamais su ! J’étais cette fille-là, celle qui écrivait tout, mais qui ne vivait pas grand-chose. Toujours la peur au ventre que quelque chose d’horrible se passe.

Le roman est un pur délice : huit nouvelles, huit auteurs différents. Je m’imprègne de chaque page, comme j’aime le faire pour chaque roman que je lis. J’ai vraiment envie de rien faire. Et c’est souvent dans ces moments-là que je me mets à réfléchir à tout, tout en même temps. J’ai la capacité de me remémorer une multitude de souvenirs. Des bons, des moins bons, des mauvais, tout mélanger, en faisant des liens ou pas pantoute. Je dépose mon livre, je m’étends sur mon divan et je fixe le plafond comme je le fais souvent. Je me rappelle que j’ai toujours fait ça. Juste arrêter le temps et partir loin dans mes pensées.

***

Je me souviens d’un été où j’ai eu l’impression que tout était possible. J’avais 16 ans et j’avais passé l’été à la Ronde à faire des manèges. Mon moment préféré, c’était l’automne, pendant le Festival de la Frayeur pour l’Halloween. On était une petite gang à s’y rendre un soir, et on a croisé mon ami Théo, que j’ai rencontré dans un des cours que j’ai redoublés. Il était assis devant moi. J’étais en secondaire 4, et lui, en 3. C’était un gars assez solitaire, mais super mature pour son âge. Il avait 15 ans et travaillait dans un dépanneur. Moi je trouvais ça le fun pour lui, il était indépendant.

On a fait plusieurs manèges en groupe. Quand on est arrivés devant le Slingshot, une attraction qui se fait à deux et qui est payante (40 dollars, c’est très cher pour moi !). Tu t’assois et ça te projette dans les airs. Ils disaient que ça montait plus haut que le pont Jacques-Cartier. J’étais impressionnée.Si j’avais le cash, je pense que je serais game de le faire !

– Je te le paye si tu veux, on le fait ensemble ?

– Ben non, c’est ton cash Théo.

– Moi j’ai eu envie de le faire tout l’été, mais j’étais seul. Si je te le paye, c’est juste parce que moi j’aimerais vivre ça, pis tant mieux si tu tripes autant que moi.

J’avais des guts quand même, parce qu’aujourd’hui, jamais je ne le referais. On s’est installés dans la grosse boule, on a tellement ri, tellement que j’ai eu peur de me pisser dessus. La boule a commencé à bouger tranquillement. Et boum ! On est partis. Je me souviens encore, comme si c’était hier, de la sensation qui a traversé mon corps tout entier. J’avais l’impression que tout était beau, simple, facile. Que tous mes problèmes s’étaient envolés d’un coup. J’ai crié un peu, mais je n’ai pas arrêté de sourire et je n’ai jamais fermé les yeux. Le ciel, le fleuve, je voulais tout voir. C’était magique.

À suivre…

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