Chères collègues

Chères collègues, vous n’êtes pas seules

Je rattache mon manteau, je remets mon foulard et je quitte le bureau. À l’extérieur, je suis seulement Cynthia et non technicienne en loisir dans le milieu de la santé.

À l’extérieur, je respire la crainte, je respire la peur et je respire la folie. Chacun gère leurs émotions, chacun gère leurs inquiétudes. Ce n’est pas un film, ce n’est pas une partie de Monopoly, c’est une réalité que nous n’avions pas imaginée. Je me faufile à travers les gens à 1 mètre devant moi. Ils sont parfois insouciants, ils sont parfois habillés jusqu’au front, ils sont parfois indifférents et parfois ils sont bienveillants. Lorsqu’on franchit la porte, qui s’occupe de nous ? Qui s’occupe de notre angoisse ?

Notre énergie nous la conservons pour ces êtres chers que nous aimons et affectionnons. Notre énergie est à zéro à la maison, mais on doit garder le sourire pour notre partenaire, pour notre famille et  pour nos enfants.

Ce qui me fait sourire sont les discussions entre les étrangers qui expliquent leurs situations, qui expliquent comment ils se  sentent face aux événements. La file pour les autobus  est devenue  un repère pour se vider le cœur, les gens ne s’ignorent plus, ils doivent parler de leurs émotions. Ça me fait du bien de voir ce soutien entre inconnus.  À l’extérieur, je dois me protéger, je dois prendre mes précautions pour être intacte pour le lendemain.  À l’intérieur,  je dois jeter mon masque,  je dois garder le sourire, je dois intervenir, je dois  sécuriser les gens autour de moi. Je dois camoufler mes larmes et mes angoisses.

À l’intérieur, nous sommes les protecteurs, nous sommes les anges qui veillent sur leur santé physique et mentale. À l’intérieur, je dois effacer mes peurs pour leur démontrer que tout va bien, que notre quotidien continue. La routine est peut-être bousculée, mais les heures restent les mêmes, les gens restent les mêmes, mais les questions sont différentes, car vous aussi vous faites face à cette tragédie, car les écrans deviennent votre source de communication. À l’intérieur on se serre les coudes, à l’intérieur on se soutient, à l’intérieur il y a nos collègues de travail, nos amies, il y a des vies et des cœurs qui battent.

À l’intérieur, je vais vous écouter chères amies, à l’intérieur nous allons peut-être pleurer, nous allons peut-être célébrer nos joies et nos peurs, car nous allons vivre des moments forts, des moments de tristesse. Nous serons là ensemble, ma force sera votre énergie.

Chers amis de la santé, nous avons besoin nous aussi de nous faire entendre, car nous sommes peut-être des anges gardiens, mais parfois on peut craquer. Lorsque la porte sera fermée, déposez votre cape et laissez-vous aller, vous êtes  des humains, vous aussi laissez-vous aller …

Bisous chères collègues xoxo

Cynthia Martin
Sophia Bédard

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