Ne t'inquiète pas mamie

Ne t’inquiète pas mamie

Mon cœur saigne de voir présentement ma mamie que j’aime tant être seule dans sa résidence pour personnes âgées. Je sais que les raisons sont fondamentales et très importantes, qu’il le faut à tout prix, mais la voir si seule, si triste et démunie, c’est très difficile.

Étant atteinte d’Alzheimer et de démence, la situation est d’autant plus contraignante. Le fait d’être isolée dans son appartement lui fait perdre encore plus de ses facultés et de ses acquis. Je fais quelques courses pour elle chaque semaine, mais je ne peux même pas la voir au travers la fenêtre. Je dois tout laisser au rez-de-chaussée et les préposés s’occupent de lui remettre le tout. Aucun dessin, chocolat, fleur ou surprise ne peuvent lui être offerts pour éviter la contagion.

Chaque jour, lors de mes deux appels quotidiens, elle pleure ou, ne comprenant pas la situation, elle se fâche envers ma mère ou moi puisque nous ne lui rendons pas visite. Elle était déjà très atteinte, mais tout ça a atteint un niveau vraiment supérieur. Elle voit mon grand-père partout et elle est certaine qu’il l’a quittée pour une autre femme. Par chance, sa résidence n’a aucun cas de Covid 19, mais l’angoisse est omniprésente pour nous, sa famille qui tient si fort à elle.

Pour une personne âgée, cet énorme stress peut la rendre malade autant physiquement que psychologiquement. Sa tristesse et sa peur de l’inconnu me chavirent jour après jour. C’est difficile de rester forte quand, moi-même, je suis une personne avec un trouble d’anxiété généralisé. Maman de trois enfants à temps plein, ma fille ainée souffrant aussi de troubles anxieux intenses, cela m’en fait beaucoup à gérer.

Voir les personnes que l’on aime aussi démunies, cela nous fait prendre conscience de notre propre vieillesse qui sera présente un jour. Quand je vois l’état des centres de personnes âgées privés ou publics, je souhaite sincèrement que la situation se dirige dans un autre sens, que le tout s’améliore avec les années. Voir tous ces articles et reportages me crée un mélange d’émotion : tristesse, inquiétude et colère, envers ces pauvres gens qui ont construit notre Québec. On doit tellement de choses aux ainées, je les aime tant.

Ma grand-mère, malgré son état, a beaucoup de chance de se retrouver dans un centre qui prend soin d’elle et de nous avoir auprès d’elle, ma mère, mes enfants et moi. Elle est notre pilier et nous serons toujours là, à ses côtés malgré la distance physique qui nous sépare présentement.

Reste forte ma belle mamie et j’espère bientôt te serrer dans mes bras.

Mélanie Charbonneau
Mathilda profil

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