Réaliser que je ne vais plus bien

Réaliser que je ne vais plus bien

Pré-confinement, je réalise que rien n’allait plus. Que je n’allais plus.

J’ai réalisé que me lever était rendu pénible. Que je n’arrivais plus à travailler. J’ai dû caller malade, parce que je n’étais simplement pas capable de me changer et de me rendre au travail. L’idée me faisait angoisser. L’idée à elle seule était lourde.

Je travaillais aussi habituellement de la maison. Je faisais désormais uniquement les tâches obligatoires, parfois en retard. Je maintenais le minimum, parce que j’avais trop longtemps donné bien plus que mon maximum.

J’ai vécu des journées de congé pour la première fois depuis des semaines. De congé forcé, parce que mon corps n’avançait plus. Des journées chez moi, sans sortir, parce que l’idée de m’habiller était lourde. Je me sentais comme un boulet. J’avais l’impression de traîner mon corps. Je me sentais coupable de ne rien faire, mais j’étais physiquement et mentalement incapable de penser à l’idée de faire quoique ce soit. J’en parle; j’essaie d’expliquer.

J’ai réalisé que je n’ai pas eu de vacances depuis juin dernier. Pas de semaine sans travail; pas de semaine sans décrocher. Des semaines de travail de 5, parfois 6 jours, qui se suivent, sans arrêt. Parfois des 7 jours de travail en ligne, parce que je gérais plusieurs emplois. Parce que la vie m’a emportée. Elle a emporté qui je suis. Je ne sais honnêtement plus qui je suis, à l’extérieur de mon travail.

J’ai réalisé que je n’allais plus parce que je ne sais plus comment occuper le peu de temps libre que j’ai. Plus rien ne me tente. Je peine à me souvenir ce que j’aimais avant. Désormais, avec le confinement, j’essaie de recommencer à écrire. J’essaie de me retrouver. Doucement.

J’ai réalisé que je n’allais plus quand je pleurais soudainement et de plus en plus souvent.

J’ai ce point à la poitrine; cette impression que je vais exploser et être écrasée à la fois.  Je réussis si difficilement à m’endormir parce que, dès que je me couche, toutes mes pensées sont remplies d’insécurités. La situation sociale actuelle m’inquiète. Ma situation, celle de gens que j’aime. Plusieurs nuits à m’endormir à 1h-2h… 5h. Désormais, je me couche et j’appréhende tellement de ne pas dormir que je suis encore plus stressée.

Google me dit que ce point à la poitrine est signe d’une crise d’anxiété.

Je n’ai pas osé le dire, me le dire, mais j’ai vu la crainte de mon partenaire la première fois que c’est arrivé à ses côtés. Je l’ai surpris à utiliser ces mots lorsqu’il m’a demandé s’il m’arrivait souvent de vivre cela, une crise d’anxiété.

J’ai réalisé que ça n’allait pas parce que je compte plus de nuits où mon partenaire me serre fort jusqu’à ce que je ne shake plus que de nuits où on s’endort paisiblement ensemble.

J’ai réalisé que ça n’allait pas, parce qu’il m’arrive souvent de tout simplement tout arrêter. De ressentir le besoin de me cacher littéralement en dessous des couvertures. Parfois j’y pleure. Souvent, je ne fais qu’attendre. Attendre que ça aille mieux. Attendre que ma tête puisse à nouveau penser. Que ce soit moins embrouillé.

Je considère consulter. Mais je ne sais pas où aller. Je me trouve conne pis je m’indigne contre le système. Je me retrouve le temps d’un petit rant. Je retrouve cette fougue et cette indignation qui m’habitent habituellement. Parce que la vérité, c’est que j’ai étudié dans la relation d’aide. C’est moi que les gens devraient venir voir quand ils ne vont pas bien. La vérité en ce moment : c’est moi qui ne vais pas bien.

Je réalise que ça ne va pas et je ne sais même pas où aller.

// Si vous avez besoin d’aide ou de parler à quelqu’un, vous pouvez appeler la ligne d’écoute de Revivre : anxiété, dépression et trouble bipolaire au 1 866-738-4873, sans frais partout au Canada, du lundi au vendredi de 9 h à 17 h (HNE).

Si vous avez actuellement des idées suicidaires, vous pouvez appeler les centres de prévention du suicide du Québec, au 1 866-277-3553

Le site de Revivre (https://www.revivre.org/jai-besoin-daide/) offre aussi beaucoup de ressources et d’informations.

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Catherine Duguay

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