une femme sur cinq

Une femme sur cinq

Une femme sur cinq sera victime d’harcèlement sexuel au travail.

22% des femmes affirment avoir déjà été victimes d’agression sexuelle.

Voici mon histoire :

J’avais 12 ans et je prenais une marche avec une amie lorsque des jeunes de 18 ans se sont en arrêtés en voiture et nous ont crié : « Suce-moi! »

J’avais 15 ans et j’avais honte de dire que je n’avais jamais fait l’amour, car les garçons disaient que celles qui n’avaient jamais rien fait étaient coincées.

J’avais 17 ans et je voulais tellement travailler dans le domaine du cinéma. Un réalisateur/acteur de 42 ans m’a prise sous son aile, mais a aussi profité de ma naïveté et de mon manque d’expérience pour me faire des avances. J’ai travaillé pour lui pendant 1 an; 1 an où il m’a fait travailler comme son assistante, mais sans paye et pendant 6 mois, il me rabaissait sans cesse et me disait que je n’étais rien sans lui.  

J’avais 18 ans, je travaillais dans un magasin de lingerie. Un homme rentre pour « essayer » de la lingerie. Étant mal à l’aise, je ne sais pas quoi dire. Il se montre nu devant moi.

J’avais 19 ans, je commençais à travailler sur des plateaux de tournage comme assistante de production et on flirtait avec moi comme si j’étais la préposée aux avances. Rarement on me demandait quelles études j’ai faites ou quel est mon domaine préféré. Par contre, on me demandait presque tout le temps si j’étais célibataire et où j’aimais aller boire un verre.

J’avais 22 ans, je commençais à faire du maquillage donc qui dit maquilleuse dit greluche de service. Les avances volaient de partout.

J’avais 23 ans et j’avais obtenu une rencontre avec un réalisateur/scénariste pour qu’il me conseille avec mon projet de websérie. Je lui avais aussi proposé mes services de maquilleuse pour son projet et il m’avait répondu : « Toi et moi ensemble c’est dangereux. » Il en a profité pour me faire des avances dégradantes et jamais il ne m’a aidée pour mon projet. Son regard de « séducteur qui se la croit » me rend encore très mal à l’aise aujourd’hui.

J’avais 25 ans. Un chroniqueur a commencé à faire la conversation avec moi via Facebook  et m’a proposé de m’aider avec mes articles et m’a même dit qu’il pourrait m’aider avec la parution de mon manuscrit à venir. La minute où je lui ai fait comprendre que notre « relation » resterait professionnelle, toutes ses propositions/aides ont disparu. Cet homme a encore une tribune, il travaille dans un journal et à la radio, les gens l’écoutent et le lisent, sans savoir…

Je n’ai jamais vécu de viol ni d’agression sexuelle, mais ce qu’on m’a fait, c’est de me convaincre que si je n’ouvrais pas mes jambes, je n’avais plus de valeur. On m’a convaincue que je n’étais qu’un corps, qu’une enveloppe charnelle.

Le pire dans tout ça, c’est que la plupart de ces hommes ont des enfants, des filles adolescentes en plus. Je suis sûre qu’ils sont des papas ours avec elles, mais moi là-dedans? Je ne mérite pas ce respect? Je pourrais être la grande sœur de ces filles, mais je ne suis qu’une enveloppe charnelle pour leurs pères…

J’ai longtemps hésité à dénoncer car on me disait que parce que ce n’étaient pas des viols, ce n’était pas grave. On m’a même dit de ne pas en parler pour ne pas « faire de marde ». La seule raison pour laquelle je ne divulgue aucun de leurs noms, c’est parce que certains sont influents dans le domaine du cinéma, donc je ne veux pas me faire mettre sur la blacklist. Je n’ose pas divulguer leur nom par peur de ne pas avoir de carrière, tout comme les victimes d’Harvey Weinstein…

Il faut que ça cesse.

Alexe Fortier signature
Sophia Bédard

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