Je crois que la dépression

Je crois que la dépression revient et j’ai peur

La dépression est un vilain mot pour plusieurs. Un genre de monstre dont il ne faut surtout pas parler : si on ferme les yeux, il n’existe pas. La première fois que j’ai dû affronter la dépression j’avais 16 ans. Je ne saurais trop dire à quel moment tout ça a commencé. Même après quelques années, je n’identifie pas le potentiel élément déclencheur précis. J’ai passé 5 ans à jouer à serpents et échelles. Par moments, je tombais sur cette pente sombre qui me faisait descendre profondément dans la noirceur alors qu’à d’autres moments je me croyais sortie de mon malheur : je remontais vers le bonheur, mais ce n’était qu’une échelle de plus, non pas la sortie.

Contrairement à plusieurs pour qui cette période s’est avérée être très éprouvante, le confinement s’est bien déroulé pour ma part. J’ai profité du trop de temps devant moi pour y aller à fond dans le selfcare: je me suis beurrée de temps de qualité pour moi, de bons livres, de méditation, de douceurs… J’apprends à me réapproprier mes pensées, je reprends les rênes de mon corps et ma tête un jour à la fois.

Tout se passait bien jusqu’à il y a deux semaines, je dirais. Petit à petit, je commence à vivre des sensations qui me sont beaucoup trop familières. Le corps commence à se faire plus lourd, il refuse de suivre mes envies. Tout est épuisant. Les émotions aussi s’y mettent. À première vue on pourrait croire que ce n’est qu’une déprime, quelque chose de passager. C’est peut-être le cas après tout, pourquoi toujours imaginer le pire? Je me force à croire (peut-être espérer serait plus juste) que tout ceci n’est que temporaire. Et c’est peut-être le cas! Mais la dépression laisse des marques. Des cicatrices sur l’âme. Que j’en aie honte ou non, elles sont là et je devrai désormais vivre avec, mais elles sont vives, elles me font encore mal.

Pour avoir cohabité avec la dépression pendant 5 ans, je connais cette part de noirceur qui semble ressurgir. Je ne veux pas, non. Je refuse de retourner dans cette partie de ma tête qui m’a causé tant de mal. Je redoute la venue de cette noirceur en repensant aux gestes que j’ai posés ou au contraire que je n’ai PAS posés et pour lesquels j’ai des regrets, même encore aujourd’hui.

Que ce soit une véritable dépression qui s’amorce ou une déprime, j’ai souvent remis en question le moment où cela s’est déclenché. Pourquoi maintenant? Après trois mois à la maison, je devrais être en pleine forme, non? Tout allait si bien il n’y a même pas 10 jours! Je me suis fâchée contre mon corps. Je lui en voulais de ne pas m’obéir alors qu’à mes yeux, il n’y avait absolument rien de valable pour faire un burn-out. Je l’ai insulté, mon corps. Je lui ai imposé des surcharges, je ne l’ai pas écouté. Mon corps me supplie de ralentir et j’ai contesté violemment la requête… j’ai perdu au combat.

En écrivant ceci, je mentirais si je disais que j’accepte pleinement ce ralenti que je dois m’offrir. J’ai encore des pensées négatives à retirer de mes réflexes, mais j’écoute, avec cœur, les messages de mon corps pour qu’un jour je puisse vraiment vivre en harmonie avec chaque petite parcelle de ce dont je suis faite!

xoxo

Seychelle
Sophia Bédard

Crédit photo de couverture : l’artiste Aykut Aydogdu

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