Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : la chute

Chroniques d'une hyperactive

C’était un lundi matin comme les autres.

Banal, routinier, sans surprises. Rien de suspect au réveil ou dans les minutes suivantes pour me faire comprendre que ça pouvait être une journée de marde.

Tout se passe dans les temps, je pars à l’heure, je suis un peu ralentie par cette neige qui ne cesse de nous surprendre avec son arrivée hâtive pour un mois de novembre.

Gagnée par cette effervescence que représente l’approche de l’hiver et de Noël, je syntonise même ma playlist de classiques du temps des Fêtes sur mon téléphone pour m’accompagner sur la route.

Bing Crosby sera le dernier à chanter It’s beginning to look a lot like Christmas avant que j’arrive au travail et que tout dérape, au propre comme au figuré.

Il est 6 h 59. C’est l’heure qui s’affiche sur mon téléphone, redevenu silencieux. Il y a déjà deux voitures dans le stationnement. Celle de ma collègue qui ouvre la garderie et qui arrive toujours avant moi, et celle d’un parent qui est déjà en train de marcher vers la porte avec son enfant. Je ne suis pas en retard. Il est 6 h 59. On ouvre à 7 h.

Je prends mes sacs, je ferme les portes de ma voiture et je me dirige vers l’entrée, prête à commencer une nouvelle semaine d’éducatrice, comme je le fais depuis maintenant 16 ans.

Le reste est imprimé dans ma mémoire pour longtemps. Peut-être même pour toujours.

Je ne fais que 3 ou 4 pas et je me sens brièvement partir sur le côté.

Et c’est la chute.

Une chute rapide, lourde, un peu n’importe comment.

Digne des sketches de la défunte émission Drôle de vidéos pour les plus vieux, digne des ratés de la semaine de l’émission Vlog pour les plus jeunes.

Sur le coup, juste un gros mot.

Un CAL*?%* bien fort et bien senti.

Mais ensuite, la douleur.

D’abord à peine perceptible, celle qui te donne confiance que ce n’est qu’une chute comme toutes les autres. Une chute banale comme on en fait souvent et qu’on classe rapidement dans les petits moments poches d’une journée.

Mais ensuite la vraie douleur.

Celle qui irradie dans ton corps au complet, qui te fait apparaître une petite sueur dans le cou et qui te fait comprendre que cette fois-ci, tu ne t’es pas manqué. Celle qui fait monter la panique dans ta gorge et aussi les petites larmes dans tes yeux.

Tu veux faire ta forte et croire que ce ne sera que passager. Qu’étant donné la vitesse à laquelle ça s’est passé, il est normal que tu prennes le temps de reprendre ton souffle et qu’en te concentrant sur les signaux de ton corps, tu arriveras à prendre le dessus !

La face à moitié dans la neige, je me suis mordu l’intérieur de la joue. Je tentais de me concentrer pour savoir si le craquement que j’avais entendu en tombant était le bruit de mes sacs qui s’affaissent sur le sol ou le bruit d’un os. J’ai prié fort pour que la bonne réponse soit A. Pendant 2 minutes, je suis restée là, à me demander ce que j’allais faire. La maman était déjà à l’intérieur, je lui ai épargné le spectacle de ma chute.

Cela restera une chute sans témoins.

Juste moi, une petite neige folle, une belle plaque de glace et les planètes de la malchance alignées au-dessus de ma tête, et qui feelaient pour faire un mauvais coup un matin de novembre.

Une voiture arrive dans le stationnement. Je dois avoir l’air bizarre étendue sur le sol, mes affaires éparpillées autour de moi, les yeux remplis d’eau, de mascara et de douleur. Un gentil papa s’approche pour constater les dégâts. Pendant quelques minutes, son enfant restera dans la voiture et ne sera pas sa priorité. Je lui en suis reconnaissante. Ne sachant pas trop quoi faire sur le coup, je ne peux lui en vouloir. Lui non plus ne s’attendait pas à ça ce matin quand son réveille-matin a sonné.

Il m’offre de m’aider à me relever afin de me mettre au chaud à l’intérieur et constater mon état. Je prends appui sur lui et réussit à faire quelques pas. Douloureusement, mais quand même. J’arrive à mettre du poids sur mon pied, ce que je qualifie de bon signe étant donné les circonstances. Qui ne s’est pas déjà fait dire que si tu peux marcher dessus, c’est parce que ce n’est pas cassé ? On s’improvise tous un peu docteur dans des situations comme ça.

Mais une fois à l’intérieur, j’ai compris.

Je ne pouvais pas marcher dessus. Je n’aurais pas dû marcher dessus, mais je l’apprendrai seulement quelques heures plus tard.

Par la suite, tout est allé vite. Ma collègue est apparue par magie à côté de moi le temps de me dire qu’elle allait chercher de la glace. La maman qui était déjà à l’intérieur a ramassé mes sacs, une autre est arrivée avec ses deux garçons et m’a demandé de lui montrer ma cheville.

Elle est infirmière.

C’est bon ça, une infirmière, ça me rassure un peu. Mais ce soulagement ne dure qu’une fraction de seconde. Je le vois dans ses yeux qu’elle veut rassurants, mais qui parlent malgré tout. La glace ne sera pas suffisante. Un petit temps de repos non plus.

Je ne pourrai entamer ma journée comme je l’avais prévu.

La vie a d’autres plans pour moi ce matin.

Une autre maman arrive (décidément, c’est un lundi achalandé comme il y en a parfois) et m’offre d’appeler ma patronne pour l’avertir que je ne pourrai rester. Je me rends à la cuisine, où nous accueillons les enfants et je me retrouve assise à côté de ceux qui déjeunent. Je peux dire qu’ils se désintéressent vite de leur toast et de leur bol de céréales en me voyant essayer de ne pas m’effondrer en larmes devant eux. J’ai mal, mais je ne veux pas les traumatiser, les pauvres cocos. Une éducatrice les réconforte avec le sourire lors de leurs propres chutes, je dois les laisser faire la même chose avec moi.

Je prends mon cellulaire pour appeler mon chum. Évidemment, je ne pourrai me rendre seule à l’hôpital, ça me prend du renfort. Brève conversation, l’essentiel est dit, il comprend vite la panique dans ma voix, promets de venir me rejoindre le plus rapidement possible.

Changement de plan en quelques secondes à peine, une autre maman entend ma conversation et m’offre, tel un ange tombé du ciel, de me reconduire elle-même à son lieu de travail, l’hôpital Pierre Le Gardeur. Celui où j’ai accouché, où mon fils a été admis en pédiatrie, celui où mon chum s’est fait soigner sa pancréatite, l’hôpital où mon fils s’est fait enlever l’appendice.

Le seul endroit où je me dois d’aller en ce moment.

J’accepte avec reconnaissance, le chum m’y rejoindra. Accolade de courage par ma collègue, câlins des petits cocos présents, je clopine jusqu’à la porte, ne sachant pas quand je vais revenir.

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.

Je suis tombée dans des ordures, parce que je textais

je suis tombée dans les ordures

Pourquoi j’en fais un texte? Simplement parce que sérieusement, j’ai eu la chienne de vraiment me blesser au point d’en avoir des séquelles. Tu te dis : « Ben voyons, que s’est-il passé? » eh bien, voici l’histoire.

C’est vendredi, je sors du travail, c’est le week-end qui commence. J’ai une invitation pour une soirée qui me tente vraiment, je commence à marcher vers ma voiture et j’ouvre mon Facebook pour regarder mes messages. Je reste attentive d’un œil pour traverser la rue et je continue de marcher les yeux rivés sur mes messages. C’est là que mes deux pieds lâchent et que je tombe directement sur les fesses. Ma tête, ma hanche droite et mon dos heurtent violemment une clôture métallique. Toujours le cellulaire entres les mains, je réalise ce qui vient de se passer. Puisque je ne regardais pas où je marchais, je n’ai pas vu la grosse flaque gluante de jus de vidange sur le trottoir. Mes petites ballerines du Ardène et moi on a glissé dessus comme s’il n’y avait pas de lendemain. Et pour en rajouter, je suis tombé les fesses dans cette marre dégueulasse.

J’ai eu du mal à me relever. Je me suis rendu compte que je saignais d’un orteil. Je vous épargne les détails, mais ce n’était pas beau à voir. En me relevant, en plus de puer et de dégouliner, ma cheville était tordue. Maudite affaire! J’ai donc commencé à marcher de peine et de misère vers ma voiture qui était, heureusement, à quelque pas. Une dame qui m’a vue tomber est venue me voir pour me demander si j’étais correcte et si j’avais besoin qu’elle appelle une ambulance. La seule parmi les 20 ou 30 personnes qui ont marché à côté de moi sans daigner me regarder ou même m’aider à me relever! What the fuck? Bref. J’ai demandé à la dame de quoi nettoyer le sang et un sac-poubelle pour m’asseoir dessus dans ma voiture pour ne pas salir mon siège. Après avoir raconté mon histoire, quelqu’un m’a dit « Ah, j’aurais tellement enlevé mon pantalon et conduit en bobette.» Oui, moi aussi, mais il y avait de la saleté même dans ma craque de fesses. Je n’avais qu’une envie, arriver chez moi au plus criss et prendre une douche. Donc, après avoir remercié la dame et avoir fait une petite crise de panique à cause de la douleur (merci Jen et Ariane de m’avoir aidée à respirer), j’ai démarré ma voiture en direction : ma maison!

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que c’est toujours quand tu as hâte d’arriver que le chemin est le plus long! Chaque minute était une éternité. Bref. En arrivant chez moi et après avoir monté les escaliers en sacrant, j’ai embarqué dans la douche avec mes vêtements. Je me suis déshabillée en me frottant partout. J’avais l’impression d’avoir du jus de vidange partout sur mon corps. Après m’être assurée d’être propre et de sentir bon, j’ai tenté de nettoyer mon beau pantalon que j’aimais tant. Je l’ai lavé à la main, à la machine 2 fois, mais l’odeur n’est jamais partie. J’ai donc dû dire adieu à ce beau pantalon!

Je me suis couchée dans mon lit après avoir pris deux ibuprofènes en me disant que ça passerait. Finalement, je me suis réveillée le lendemain matin avec une douleur intense au dos, à la hanche et à la cheville en plus d’un terrible mal de crâne. J’ai pleuré d’avoir manqué ma soirée.

La leçon de tout cela, c’est que maudit que je ne vais plus marcher en regardant mon cellulaire. NON. C’est fini. Ça semble anodin, mais j’étais certaine que ma hanche était cassée. Finalement, je n’ai eu qu’un immense bleu, une cheville foulée et une canne pendant 1 semaine.

Photo de signature pour Karine Caron-Benoit. Valérie_réviseure

Mon expérience suite à l’accident à mon pied : Le quotidien

comment on se sent lorsqu'on a un accident et qu'on est blessé à un pied

Le 6 juin 2018, en revenant du travail, lorsque j’étais sur le bord d’entrer à la maison, j’ai marché sur un morceau de métal qui était sur le gazon. À cet instant, je ne me doutais pas que les semaines suivantes seraient un très beau «challenge» pour mon entourage et moi.

Je ne me doutais pas que 2 béquilles causeraient autant de défis dans ma vie, au jour le jour. Cette expérience est divisée en trois sujets pour moi : la maison, le travail et les commerces.

À la maison : Je n’étais aucunement adaptée pour ce genre de situation. La salle d’eau est dans le sous-sol, alors durant les 2 derniers mois, je ne pouvais pas descendre. Mon copain s’occupait de faire les brassées de lavage. Pour ma part, je pouvais plier les vêtements bien assise sur le lit. Je n’étais pas en mesure de faire des repas très compliqués puisque je ne pouvais rester debout trop longtemps. Je ne pouvais pas sortir si j’avais plusieurs sacs ou autres à transporter. Au fil des jours, je me suis adapté et j’ai trouvé des solutions pour rendre mon temps à la maison plus facile.

Au travail : Les premiers jours n’ont pas été super faciles, parce que je ne pouvais pas transporter mon café, ma boîte à lunch, etc. L’utilisation des béquilles me demandait tellement d’énergie que je ne pouvais plus rien transporter d’autre qu’un sac à dos. Bien que nous ayons des places réservées pour les personnes à mobilité réduite ainsi qu’un ascenseur, nous ne sommes pas à l’abri des alarmes de feux ou des pratiques. Advenant, une situation comme celle-là, j’aurais dû descendre les escaliers avec mes béquilles. Par chance, quelques jours après mon accident, j’ai eu un laptop pour travailler de la maison.

Dans les commerces : Ce n’est pas toutes les épiceries ou les magasins à grandes surfaces qui ont des chaises roulantes ou chaises électriques. Puisque ma condition est temporaire, je n’ai pas de vignette pour une personne à mobilité réduite, alors je ne trouvais pas de place proche de la porte d’entrée. Il devrait y avoir des places réservées pour les gens à mobilité réduite temporaire. J’aurais bien aimé pouvoir faire mon épicerie durant ces semaines. De plus, je me suis adapté rapidement au service au volant des restaurants ou même de la banque.

Je me suis adapté facilement à cette situation grâce à l’aide de mon copain et de mes parents. Je n’ai que de bons mots pour les gens qui doivent vivre avec cela au quotidien. Il y a encore beaucoup d’endroits où les gens à mobilité réduite ne sont pas acceptées à 100 %. Mon but n’est pas d’être négative, mais je crois qu’encore aujourd’hui nous devons travailler et adapter les commerces ou encore les lieux de divertissement afin qu’ils soient accessibles aux gens qui ne peuvent pas se déplacer avec leurs deux jambes. Pour ma part, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour aider les gens à mobilité réduite. Parfois, il ne suffit que d’un petit coup de main et cela va mettre un peu plus de soleil dans la vie d’une personne.

 

11 Août 2004 : Une journée gravée dans ma mémoire

11 août 2004 – vers 13h45 : Un train routier (b-train) est tombé sur notre voiture.

Cette journée restera gravée dans ma mémoire à tout jamais. J’étais en route avec ma mère pour aller amener mon animal de compagnie chez mes grands-parents. Nous ne sommes jamais arrivées à Rawdon, mais plutôt à l’hôpital.

Je n’aurais jamais pensé être capable d’écrire un texte concernant cette journée et les années qui ont suivis cet évènement. Il y a beaucoup d’aspects de ma vie qui ont changés dû à cet accident.  Il y a eu la peur de conduire, la peur des camions sur la route, ma perception de l’environnement autour de moi ainsi que mes objectifs de vie.

En effet, durant les semaines et même les mois qui ont suivis l’accident, j’avais peur de conduire. J’étais en train de suivre mes cours de conduite et d’obtenir mon permis probatoire. Je ne voulais pas continuer dans mon cheminement des cours et même reprendre le volant. Suivant le conseil de mon père, j’ai été voir un psychologue spécialisé dans les traumatismes. Après quelques séances de consultation, j’ai eu le goût de reconduire. Quelques années plus tard, avec du recul sur la situation de mon accident, j’ai compris que le chemin parcouru et le temps m’ont donnés la confiance dont j’avais besoin pour reprendre le volant.

Bien que la peur des camions qui sont près de moi lorsque je conduis ou que je suis copilote est toujours présente, j’ai vaincu ma peur des camions avec les années. Je travaille même pour une entreprise qui fait la livraison de produits alimentaires via des petits camions jusqu’au b-train. Lorsque je suis au volant, je m’arrange pour me tenir le plus loin possible des camions et même faire le moins de dépassement possible. En revanche, lorsque je suis la passagère, je dois fermer mes yeux pour ne pas voir les camions près de la voiture. Je fais encore des petits sauts dans la voiture par peur que le camion tombe. Mes réactions sont de mieux en mieux. Je suis en mesure de contrôler mes émotions un peu plus chaque jour. Malgré que l’accident a eu lieu il y a 14 ans, la peur va toujours rester en moi peu importe les circonstances de la vie.

Je ne vais pas cacher que mes valeurs et mon attitude envers la vie aient changés. Ma dernière année du secondaire a pris un tournant complètement différent. J’ai changé envers ma gang d’amis, ma famille et mon employeur suite à cet événement. Toutes les stupidités de la vie me dérangeaient. De plus, je me suis éloignée de beaucoup de gens puisque j’avais associé cette période de ma vie (incluant cet accident) à certaines personnes. Bien sûr que les gens n’avaient rien à voir avec cette épreuve, mais j’avais besoin de faire le vide pour reprendre ma vie en main.

J’aurais pu mettre comme photo de couverture ou inclure comme photos à l’intérieur du texte, des vraies photos de l’accident, mais j’ai décidé de garder ces photos dans un coffre.

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