Les yeux grands ouverts

Les yeux grands ouverts – L’Équateur (partie 2)

Je n’avais jamais rien observé de la sorte.

Excepté sur des photos de voyage dépassant les 250 like sur Facebook.

Tout est plus gros en Amazonie :

Les arbres.

Les plantes.

Les coups de soleil sur le bout du nez.

Et les maudits moustiques.

Sans oublier les araignées.

Ah! Oui! Et les fameuses coquerelles (elles ne sont pas tuables)!

On jugerait que tout est piqué aux stéroïdes dans la jungle.

Un champignon normal?

Pff!

La grosseur d’un banal champignon était l’équivalent de mon pied (je porte du 8 de femmes. Je sais, je n’ai pas des pieds à la Cendrillon comme dirait ma mère).

Sans compter qu’un simple papillon de nuit réussissait à me faire gémir :

Même ma main gauche réussissait à se camoufler en-dessous d’une de ses ailes poussiéreuses.

« Tu n’as jamais clubbé en-deçà de l’âge légal? »

Non.

Je suis plate. Je le sais.

Même que, la journée de mes dix-huit ans, des amis et mon amoureux de l’époque m’avaient planifié une soirée dans le bar miteux à côté de chez moi.

Et ça a tout pris au doorman pour me laisser entrer.

Ça vous dresse un peu le portrait de comment juvénile j’ai l’air.

Je n’ai peut-être jamais fréquenté les bars reconnus de la grande métropole durant mes années de minorité, mais je suis sortie en douce faire la fiesta dans un pays qui n’était pas le mien.

Pas tout le monde qui se vante de ça.

J’en suis peu fière, mais tel que mentionné plus haut :

« Ça fait quelque chose à partager! »

« Aller! Aweille! Ça va être le fun, tu vas voir! »

Ce furent les arguments utilisés pour me convaincre de participer au Festejos de carnaval du village, tenu en l’honneur du mardi gras.

Quand le soleil se tenait haut dans le ciel et brûlait l’entièreté de mon visage, les Équatoriens se contentaient de nous vaporiser avec de la mousse en cacanne.

C’était leur façon bien à eux de nous intégrer dans leur célébration.

Cependant, tout chavirait le soir (bien oui, les argumentations de mes partenaires de voyage eurent raison de moi).

Spécialement ces dires : « peut-être que tu ne frôleras plus jamais les sols de Chilcapamba; aussi bien en profiter, mais comme il faut! »

Ouais.

C’pas mal vrai, ça.

Ceci dit, les cinq explorateurs en herbes que nous formions (on se sentait vraiment de la sorte avec tout le feuillage qui séparait notre demeure à celle des locaux qui nous hébergeaient) prirent de gros risques :

Celui de sortir tard le soir dans un pays inconnu et ce, sans téléphone portable en cas de problème.

Celui de se faire intercepter par nos enseignants (qui dormaient à poings fermés, nous l’espérions, dans la chambre juste à côté de la mienne).

Celui de se faire dénoncer par des locaux qui pouvaient nous reconnaître.

De ces conséquences, nous en avions discuté longuement (5 minutes tout au plus).

Et nous avions tout calculé :

L’heure de notre retour.

Par quelle porte sortir.

Comment on se diviserait pour circuler jusqu’au village.

Tout!

Sauf la planche métallique jonchant sur le sol boueux de notre chemin.

Il semblerait que l’autre fille présente de notre groupe d’aventuriers m’en avait glissé un mot.

Ah well

Un bruit métallique fit aboyer les chiens errants, fit ouvrir l’unique lumière des cuisines et fit sortir une gamine de 6 ans à l’extérieur et se matérialiser devant nous.

« Chut! Chut! Silencio! Silencio! Okay? »

Un des cirières de sélection pour s’envoler vers l’Amérique du Sud était de maîtriser un espagnol de base.

Je vous assure que c’est à ce moment précis que nous comprîmes pourquoi il était primordial de savoir baragouiner quelques mots hispaniques.

« Je te l’avais dit, de regarder où tu marchais! On a failli se faire cut à cause de toi! »

Elle n’avait pas tort.

Par contre, elle a bien vite oublié mon erreur et ravalé sa colère quand elle aperçut le décor devant nous :

Un groupe de musique latino perché sur une scène chambranlante au milieu d’un parc inconnu des touristes, mais ô combien populaire auprès des citoyens de la ville.

De la neige fondante (oui, il neige, même dans le Sud de l’Amérique! Pourquoi? Plus haut nous nous situons au niveau la mer, plus il fait froid! De rien pour cette capsule historique) se mêlait à la poussière et à la terre qui constituaient le terrain.

Des enfants couraient et se tiraillaient au milieu de toute cette cacophonie (eh oui, même à cette heure tardive de la soirée au beau milieu de la semaine).

Des adultes dansaient en essayant de suivre la mélodie, car pour être franche, à mes yeux à moi, les gens que je saluais le matin à la croisée des chemins vers mon lieu de bénévolat, titubaient davantage qu’ils se trémoussaient.  

Encore aujourd’hui je découvre que l’alcool peut être responsable de bien des agissements :

Des actes criminels.

Des paroles méchantes.

Et des agissements bien curieux et inexpliqués.

Ce que j’aperçus au travers de tout ça figure parmi ces gestes qui me sont encore incompréhensibles aujourd’hui :

De grands travailleurs fortement intoxiqués par l’alcool (je cherche encore lequel aujourd’hui) dansant autour d’une vache.

Vous avez bien lu.

Autour d’une vache.

Ce grand mammifère qui nous approvisionne en lait, en fromage et en viande.

Pourquoi pas autour d’un feu me demanderez-vous.

Je me contenterai d’hausser les épaules et de sourire en guise de réponse (machinalement, j’exécute ces gestes en même temps de rédiger ces mots).

Je l’ignorais à ce moment présent.

Je l’ignore encore.

Et je continuerai de pas savoir encore indéfiniment.

C’est un simple égo-portrait flou caché dans mes centaines d’autres photos qui prouve que cette soirée a bien eu lieu.

Prouvant dur comme fer que j’ai renoncé à mon petit côté angélique l’instant d’une soirée pourtant claire comme de l’eau roche inversement à la qualité de ce selfie.

À suivre…

Shany signature

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