5 ans

Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : 5 ans plus tard

5 ans. J’ai dû vérifier la date de publication pour y croire. Dans ma tête, le dernier texte avait été écrit il n’y a pas si longtemps.

J’avais promis, il y a 5 ans, que ce serait le dernier de la série.

Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée.

En 5 ans, il s’en est passé des choses.

J’ai eu le temps d’apprivoiser et de tomber en amour avec ma nouvelle carrière (je crois même que c’est ce qui m’a sauvé d’un certain désespoir à l’époque).

J’ai aussi entrepris des démarches auprès de la CNESST pour faire reconnaître mon trouble d’adaptation, conséquence psychologique de ce que j’ai vécu. Après une évaluation auprès d’un psychiatre et un dossier étoffé monté par mon avocat, j’ai obtenu gain de cause. Un montant d’argent supplémentaire m’a été accordé à titre de compensation. Une somme dans les 5 chiffres qui ne remplacera jamais tout ce que j’ai perdu depuis cette chute, mais qui vient au moins mettre un baume sur toute cette souffrance.

J’ai vu des physiothérapeutes, des spécialistes en orthopédie du CHUM, une osthéopathe, des massothérapeutes, j’ai vu plein de gens et posé toutes les questions que je pouvais pour essayer de comprendre pourquoi j’avais encore mal. Et essayer de découvrir la raison des chocs électriques et des blocages que j’ai encore chaque semaine.

J’ai vraiment TOUT tenté. Et j’ai continué d’espérer.

J’ai entrepris d’autres démarches de réparation auprès de la CNESST pour essayer d’obtenir un traitement coûteux, mais qui aurait pu faire une différence. Encore des frais d’avocat, un dossier à monter, une séance au palais de justice pour aller raconter mon histoire et ce que j’espère obtenir. J’aurais aimé qu’on me croit encore une fois. Qu’on comprenne que je ne voulais pas arrêter de travailler, au contraire. Que je voulais juste trouver une solution qui me soulage.

Cette fois, on ne m’a pas cru.

À la fin de l’été 2025, j’ai officiellement capitulé.

Ma requête a été rejetée, le dossier officiellement fermé.

Je suis sortie une dernière fois du bureau de mon avocat avec deux grosses boîtes entre les mains. Elles contenaient toute l’histoire de mon dossier, accumulée au fil des années. J’ai payé la dernière facture de ses honoraires et je n’ai pas eu le choix d’essayer d’aller de l’avant.

Je ne garde aucune amertume envers mon avocat. Au contraire. Il m’a permis d’obtenir des montants et des services que je n’aurais jamais pensé pouvoir recevoir. Tout au long du processus, je me suis sentie écoutée, respectée et jamais jugée. À plusieurs reprises, il m’a même dit que j’aurais pu aller chercher davantage. Mais à un moment donné, il fallait que je choisisse ce qui avait le plus de valeur pour moi. J’ai choisi d’arrêter.

Et aujourd’hui, je suis en paix avec cette décision.

Parce qu’il n’y a pas un montant que je juge assez élevé pour remplacer ce que cet accident m’a enlevé.

Un moment donné, il faut juste rendre les armes et mettre fin à la bataille.

8 ans après ma chute, le souvenir de l’impact reste intact. Je ne sais pas si je pourrai un jour l’oublier, parce que chaque matin les raideurs et les douleurs me rappelle cette froide matinée de novembre où je suis tombée sur une plaque qui n’aurait jamais dû se trouver sur mon chemin.

J’ai repris près de 20 des 30 livres que j’avais perdues en 2012.

Je mentirais si je disais que ça ne m’a pas découragée. J’ai l’impression d’avoir travaillé toutes ces années pour revenir presque au point de départ.

À 44 ans, je découvre aussi une réalité que plusieurs femmes connaissent : ce qui fonctionnait avant ne fonctionne plus nécessairement aujourd’hui.

Il y a des mois où j’ai envie de bouger tous les jours. Et d’autres où je passe plus de temps à penser à ce que j’ai perdu qu’à ce que je pourrais encore retrouver.

C’est lourd. Et il y a des jours où ça me met hors de moi.

Je garde quand même espoir qu’un jour, je ne me souviendrai plus de la dernière fois où ma cheville a bloqué. Que ces épisodes deviendront si rares que cette chute finira, elle aussi, par s’effacer un peu de ma mémoire.

Je suis encore hyperactive, mais le repos forcé est terminé. Je veux avancer… et oublier.

Merci du fond du coeur de m’avoir lu et soutenu à travers cette série.

C’est précieux.

Jennifer signature