sorcière

Les pouvoirs d’une sorcière ordinaire 

Je suis une sorcière.

Pas nécessairement celle des contes, avec ses potions et ses sortilèges, mais celle qui ressent, qui observe et qui se laisse guider par ce qui vibre autour d’elle. J’y trouve une certaine magie, même si cette façon d’être au monde comporte aussi son lot d’ombres. Après tout, la lumière et l’obscurité ont toujours fait partie du même enchantement. 

Je ne considère pas avoir de pouvoir magique à proprement parler, si ce n’est que je suis ouverte aux énergies qui m’entourent et pleinement consciente de leur présence. 

Par contre, si on m’offrait la possibilité d’avoir un véritable pouvoir, je sais pertinemment lequel je choisirais : arrêter le temps. 

Vous savez, ce moment dans les films où un personnage suspend le cours du temps d’un simple geste de la main, tandis que lui peut continuer de bouger, d’exister, d’évoluer dans un monde complètement figé… 

Oui. Ce petit pouvoir-là. 

horologe

Pas pour replacer les objets de façon à ce que les gens s’enfargent et tombent lorsque le temps reprend son cours, ni pour jouer des tours de ce genre (quoique la tentation serait bien présente, hahahaha !). 

Non. Ce serait plutôt pour prendre le temps de… prendre davantage le temps. 

C’est une faculté qui m’attire et dont j’essaie constamment de me rappeler l’importance. 

Prendre plus de temps. 

Pour moi. Pour prendre soin de moi dans mon intégralité. Pour faire des activités qui m’apportent du bonheur sans chercher un public, une approbation ou un quelconque mérite. 

Je crois que c’est aussi pour cela que j’aime tant me retrouver seule sur un quai. J’ai alors l’impression que, durant ces instants, il n’y a que moi qui respire, qui admire et qui détient le temps au creux de sa main. 

Personne autour. Juste la Nature qui poursuit son œuvre : le lac qui vacille, les feuilles d’automne qui virevoltent, le furet qui m’observe avant de plonger dans l’eau. 

Peut-être est-ce aussi parce qu’à cet instant précis, je me sens en parfaite harmonie avec les quatre éléments de la nature. 

La Terre sous mes pieds. L’eau devant moi. L’air qui caresse mon visage. Et le feu, bien vivant à l’intérieur de moi, puisque je profite de ces moments pour raviver ma propre flamme de vivre. 

Parfois, il y a aussi cette petite bougie que j’aime déposer au bord du quai, lorsque le vent ne s’amuse pas à l’éteindre. 

On dirait alors que le temps s’étire, qu’il tire au maximum sur le continuum espace-temps. 

Les sons ambiants prennent de l’ampleur. Les couleurs deviennent plus vives. La respiration prend soudainement toute la place. 

lac

C’est comme tourner une clé et se retrouver dans un univers parallèle où chaque seconde s’écoule deux ou trois fois plus lentement. 

Et cette sensation… cette impression de posséder un superpouvoir… 

C’est indéniablement celui que j’aimerais pouvoir utiliser à volonté. 

Dans cette ère où les superhéros ont la cote et où tout le monde semble vouloir être plus productif, plus rapide, plus puissant, je serais cette anti-héroïne qui voudrait… moins. Moins. Moins. 

Moins de bruit. Moins de pression. Moins de course contre la montre. 

Pas besoin de cape ni de gadgets dernier cri. Seulement des ailes pour ralentir, puis me poser où bon me semble, loin du tumulte urbain. Et une simple bougie dans la main, pour la regarder éclairer la nuit. 

Toute une image de protagoniste de film, n’est-ce pas? 

Probablement que je ne me retrouverais pas au sommet des palmarès hollywoodiens. Mais peut-être deviendrais-je l’idole de quelques personnes qui partagent cette même vision de la vie. 

Celles et ceux qui aiment ralentir ou qui en rêvent. Ceux qui flânent au lit, qui s’accordent quelques minutes de plus sous les couvertures, qui procrastinent sur leurs tâches parce que, parfois, ils ont simplement besoin de souffler. 

Après tout, nous n’avons pas tous besoin du même pouvoir. 

Et si le mien était simplement celui de me rappeler que je n’ai pas besoin de courir pour avancer, ni de produire pour avoir de la valeur? 

Peut-être que ralentir n’est pas une faiblesse. Peut-être que c’est, au contraire, une forme de magie que nous avons oubliée. 

C’est chacun son pouvoir, après tout. 

Et vous, si vous pouviez en choisir un, quel serait le vôtre?

Charline Ibarra signature