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J’ai pensé à leurs mères

Je suis la mère d’un garçon de 20 ans. Un garçon qui, heureusement, ne connaît presque rien de ces influenceurs dont tout le monde parle depuis 3 jours.

En regardant les extraits du Streamfest de Miami et en lisant les articles qui ont suivi, je n’ai pas pensé aux commanditaires, aux abonnés, aux excuses ou aux carrières qui risquent d’en souffrir.

J’ai pensé à leurs parents, à leurs mères surtout, parce que c’est ce que je suis.

Je me suis demandée ce que ça devait faire de voir son enfant devenir la manchette du jour et d’entendre la province entière reprendre des phrases qu’on aurait préféré ne jamais lui entendre prononcer.

Aucune mère ne rêve de ça.

Aucune mère n’élève son enfant en espérant qu’un jour, des milliers de personnes regardent des vidéos où il banalise des propos misogynes ou participe à une dynamique qui fait froid dans le dos. Les mots qui ont été entendus n’étaient pas simplement « déplacés ». Ils racontaient quelque chose de plus grand. Une façon de parler des femmes qui, à plusieurs reprises, a dépassé les limites du simple mauvais goût.

Non, ils n’ont frappé personne, ils n’ont volé personne et n’ont pas tué quelqu’un non plus. Mais il y a des mots qui blessent autrement. Il y a des paroles qui banalisent des comportements qu’on passe pourtant notre vie à apprendre à nos enfants à ne jamais adopter.

Comme parent, on répète à longueur d’année : respecte les autres et fais attention à ce que tu dis parce que tes paroles ont un impact.

Et puis, un jour, on regarde des adultes rirent de ces phrases qu’on espérait ne jamais entendre sortir de la bouche de qui que ce soit.

Depuis quelques jours, certains invoquent l’alcool, d’autres parlent de santé mentale. Je ne minimise ni l’un ni l’autre parce que les deux méritent d’être pris au sérieux. Mais ils ne peuvent pas devenir un passe-droit et ils ne peuvent servir à effacer la responsabilité qui accompagne les gestes qu’on pose ou les mots qu’on prononce.

Parce qu’il y a une différence entre expliquer un comportement et l’excuser.

J’espère sincèrement que cette histoire sera un électrochoc et pas seulement pour eux, mais pour tous ceux qui les regardent.

Et je me pose aussi une autre question : quelle est notre propre responsabilité?

Parce que ces jeunes ne sont pas devenus influents par hasard. Derrière chaque million de vues, chaque collaboration, chaque contrat, il y a un public qui regarde, qui partage, qui commente et des entreprises qui choisissent à qui elles offrent une tribune.

Sans nous, leur voix porterait beaucoup moins loin.

Cette histoire devrait aussi nous pousser à réfléchir à ce que nous valorisons collectivement et à qui nous donnons de la visibilité. À remettre en question ce que nous encourageons, parfois sans même nous en rendre compte. Le nombre d’abonnés ne devrait jamais être le seul critère qui détermine qui mérite d’être mis de l’avant. Il est peut-être temps de se demander quels modèles nous avons envie d’offrir aux jeunes qui grandissent aujourd’hui.

Parce qu’on oublie parfois qu’être suivi par des milliers de jeunes n’est pas qu’un privilège, c’est aussi une responsabilité.

Ce soir, avant de me coucher, je vais probablement écrire à mon fils, comme je le fais souvent.

Pour lui dire que je l’aime oui, mais parce que ces derniers jours m’ont rappelé qu’on n’a jamais vraiment fini d’être parent.

On passe vingt ans à essayer d’élever un garçon qui deviendra un homme respectueux. Puis un jour, on réalise que le monde continuera toujours de lui présenter d’autres modèles. J’espère simplement que ceux qu’il choisira de suivre ressembleront davantage aux valeurs qu’on a essayé de lui transmettre qu’à ce que j’ai vu circuler cette semaine.

À tous les parents qui, comme moi, se demandent parfois si ce qu’ils font est suffisant : ne cessons jamais de parler de respect, d’empathie et de bienveillance parce qu’on ne sait jamais quelle conversation fera toute la différence. Il ne nous reste qu’à espérer que quand nos enfants devront choisir qui ils veulent être, que les valeurs qu’on leur a transmises parleront un peu plus fort que le bruit autour d’eux.

Jennifer signature