karine agression folie urbaine

On n’oublie jamais, on vit avec

Quand on subit une agression sexuelle, on n’oublie jamais. Oui, mon texte commence rough.

J’ai écrit l’année dernière dans un texte ICI que j’ai vécu cette chose, cette chose qui marque une vie pour toujours. Ça va bientôt faire un an que j’en ai parlé. Un an que ce n’est plus un secret. Est-ce que ça a changé quelque chose ? Je ne sais pas. Ce que ça a changé, c’est que ce n’est plus un secret.

Par contre, mes traumatismes sont toujours présents. Des fois, j’ai l’impression qu’il y en a encore plus qu’avant lorsque c’était encore un secret. Ce que je remarque le plus est l’incompréhension derrière certaines de mes réactions. Les gens se disent, « voyons Karine ? » Il suffit d’un regard, ce regard si vide et si rempli d’horreur pour que la personne comprenne. Pour qu’elle comprenne que mon cauchemar m’envahit une fois de plus. Mais si cette personne ne me connaît pas, ne connaît pas mon histoire, elle ne peut ni réagir ni comprendre. Je dois vivre avec le fait de devoir justifier mes réactions, mes craintes, mes mots, mes gestes qui sont inhabituels. C’est après mon explication que la personne comprend le sens de mes réactions. Pourquoi capotes-tu à marcher 4 coins de rue seule le soir ? Pourquoi me chiales-tu après quand je suis trop proche de toi et que je marche derrière toi ? Pourquoi te fâches-tu quand je te taquine en tirant ta queue de cheval ? Pourquoi passer dans une ruelle te rend-elle si froide ? Des choses normales pour toi, mais tellement différentes pour moi. Le pire dans tout ça, c’est d’essayer de faire comme si de rien n’était. Parce que dès que tu en parles ou que tu en reparles, tu revis tout. Parce que t’as toujours l’impression que ton histoire est une excuse. Parce que t’as l’impression de rendre les gens mal à l’aise quand tu dis « Ça, je n’aime pas ça, parce que… ». Parce que t’aimerais tellement ne l’avoir jamais vécue ! Mais rendu là, on vit avec, on assume quand on en parle et on gère les réactions quand c’est nécessaire.

Je suis allée à La Ronde dernièrement et c’était durant le Festival de la frayeur. Il y a plusieurs personnages épeurants et j’adore. J’aime les films d’horreur, mais encore plus les effets spéciaux des maquillages et des costumes. À la fermeture, on croise plein de personnages et je les regarde avec excitation. C’est là que l’un d’eux s’est tourné vers moi et m’a couru après avec sa chainsaw. C’est là que le flash-back s’est emparé de mon corps, de ma tête et de TOUT mon être. J’ai peur. J’ai peur qu’il me fasse du mal. J’ai peur qu’il me blesse comme eux, il y a une dizaine d’années. Je veux qu’il parte, qu’il arrête de me pourchasser. J’agrippe mon ami comme un bouclier. Il me pourchasse encore. Je vois mon chum. Je saute dans ses bras en espérant qu’il le repousse parce qu’il va comprendre que je n’aime pas ça. Ça n’arrête pas. J’ai beau crier et dire « non », « ça suffit », « laisse-moi », « je n’aime vraiment pas ça », il continue. Les larmes aux yeux, les doigts enfoncés dans le manteau de mon chum, ça continue. Il me dit : « plus que tu vas dire non et crier, plus il va continuer ». LA PHRASE ! Le fait que je dise « non » et « je n’aime pas ça » ne suffit pas. Les acteurs aiment ça et c’est ce qui les motive à me faire plus peur. J’ai dû expliquer à mon chum pourquoi j’avais peur. Lui dire que non, mon amour, ce n’est pas son masque qui me fait réagir comme ça. Non, il n’a pas réussi sa shot. Non, il n’a pas à être fier. Non, ne riez pas en pensant qu’il m’a foutu la chienne avec son costume et sa chainsaw. Non crisse, non. Il vient de me ramener environ 10 ans en arrière. Pourquoi la simple phrase « je n’aime pas ça » n’était-elle pas suffisante ? Pourquoi devoir sans cesse s’expliquer ? Je crois que jamais je ne pourrai répondre à ces questions, pourtant si simples, mais dans ce cas précis, si complexe.

Je n’en veux pas à mes amis et mon chum d’avoir ri et d’avoir embarqué dans la situation en pensant que le bonhomme masqué me foutait la trouille. Je n’en veux pas aux personnes autour de m’avoir filmé en croyant que j’avais peur du personnage. Non, je ne leur en veux pas. J’en veux à ceux d’il y a 10 ans de m’avoir traumatisé et de m’avoir fait subir la chose qui change une vie. Quand on te court après dans le but de te blesser, c’est sûr que tous les autres jours de ta vie, tu n’aimeras pas te faire courir après, même si c’est juste pour le fun. C’est à ce moment-là que je déteste encore plus mon passé. C’est lorsque je dis que c’est un flash-back que l’on comprend et qu’on réalise ce que je viens de revivre. Oui, je revis des moments comme ça sans cesse. Mais la majorité du temps, personne ne s’en rend compte parce qu’on finit par s’habituer à vivre ça, seule et en silence. J’ai tellement accroché sur la phrase : « Plus tu cries et que tu montres que tu as peur, plus le comédien est motivé à continuer de te faire peur parce qu’il a réussi sa job ! » Oui, c’est super anodin comme phrase. Mais moi, je ne peux m’empêcher d’effectuer un parallèle avec : « Plus je criais, plus je disais non, plus il continuait et plus il me faisait mal. » Je sais, c’est poussé, si seulement je pouvais choisir de ne pas ressentir ça… Pourtant, c’est en moi pour toujours et je dois dealer avec ça et avec les gens autour qui ne comprennent pas. Mais ce n’est pas de leurs fautes.

Quand tu vis ce genre de chose, tu es marquée pour toujours. Tu dois sans cesse expliquer tes réactions. Toujours. Pour toute la vie. Parce que dans le fond, on n’oublie jamais, on vit avec.

 


verifiedjenevieve

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