Les yeux grands ouverts 4

Les yeux grands ouverts – L’Équateur (partie 4)

« Alli puncha. Imanalla? » dis-je avec très peu de conviction.

« ¡Si! ¡Muy bien! »

Tout en popotant, les femmes de la maison, une de mes partenaires de voyage et moi échangeâmes différents termes typiques de notre langue maternelle. 

Si alli puncha imanalla signifie buenos dia como estás, cela signifie bonjour, comment ça va en français, pensai-je.

Aussitôt réfléchi, aussitôt écrit!

Cette femme avec qui je tentais tant bien que mal de converser tout en retenant mes larmes causées par la force des oignons que je hachais pour le souper, c’est Dolores.

Je me donne le droit de l’appeler par son prénom, car suite à toutes ces années (c’est-à-dire neuf ans exactement) je converse encore avec elle via diverses technologies et la magie de la poste. 

Sa vie a changé du tout au tout depuis mon voyage.

Tout comme la mienne.

Cependant, elle est restée, à son tour, ma mama d’el Ecuador et je suis restée sa hermosa hija.

Dolores lisait à haute voix ce que j’écrivais à gauche de notre petit glossaire d’expressions pour se présenter.

Ce bout de papier dont je vous parle, je le tiens dans mes mains afin de rédiger ces quelques lignes.

Sans compter les deux phrases précédemment expliquées, sept autres y figurent.

Tel que mentionné, à gauche, il y avait le français, au centre, les écrits étaient en kichwa et à droite, l’espagnol était la troisième langue utilisée.

Le ki quoi vous me demanderez.

Le kichwa.

À vrai dire, le kichwa est une variante du quechua, une famille de langues parlées au Pérou, dont la provenance est la civilisation inca.

Pourquoi est-elle encore utilisée par plusieurs millions de locuteurs si elle est si ancestrale?

La couronne espagnole a promu le quechua, et ses tangentes, au rang de lengua general (langue générale en français). 

À vrai dire, transmettre le quechua à ses descendants, c’est un des buts premiers des gens qui habitent dans la région des Andes.

Ils transmettent leurs connaissances de cette langue à leurs héritiers afin de garder leurs racines encrées en leurs descendants.

Ça va de soi, je pense. Chaque famille a son histoire et souhaite qu’elle se sache à travers les années, voire les générations à venir.

Mis à part Dolores, j’ai gardé contact avec un garçon d’à peine quelques années plus jeune que moi :

Victor.

Vous savez, le genre de gars sur qui toutes les filles de l’école ont un kick?

Ça explique tout!

Je ris fort en écrivant ce que je viens de vous dévoiler.

Une ou deux journées avant le grand retour à Montréal, mes partenaires féminines et moi-même souhaitions dénicher une photo avec le beau Victor en guise de souvenir (et aussi pour se rappeler à quel point il était divin).

Croyez-moi, ne me croyez pas, nous, la gente féminine, avons fait la queue pour prendre un cliché, chacune notre tour, avec Victor.

Cette scène avait tout en commun avec celles qu’on apercevait dans les rues d’Hollywood lors de la venue d’une vedette du cinéma.

Sauf que nous étions en Équateur. 

Encore aujourd’hui, je sais exactement où retrouver cette photo sur laquelle Victor dépose un bisou léger sur ma joue gauche.

Mon teint semble encore plus rosé qu’à l’habitude sur ce portrait :

L’excitation mélangée à la gêne et à la fierté expliquent mes petites joues rougies.

Dorénavant, Victor et moi s’échangeons des nouvelles de nos vies de jeunes adultes sur les réseaux sociaux, sans oublier mes demandes récurrentes concernant les titres des chansons latines qu’il ajoute à ses stories Instagram.

Mon amour pour les chansons au rythme ensoleillé et aux paroles plus que festives s’est accru lors de cette expérience humanitaire. 

Je suis dorénavant une jeune enseignante au primaire.

Il étudie en tourisme à l’université.

La vie est étrange, parfois, vous ne trouvez pas?

Encore aujourd’hui, je me souviens de la chanson qui résonnait dans mes écouteurs lors de notre départ de Chilcapamba :

Angels on the Moon de Thriving Ivory.

Les pleurs de quelques-uns de mes partenaires de voyage se faisaient entendre jusqu’à l’avant du bus.

“And do you believe
In the day that you were born
Tell me do you believe.”

Et toi, tu ne pleurais pas?

Non.

Moi, je suis l’équivalent d’une bombe à retardement.

J’implose mes sentiments pour les extérioriser par la suite avec des gens en qui j’ai une confiance aveugle.

C’est vrai, beaucoup de parcelles de ma vie personnelle avaient été dévoilées avec mes camarades de chambre, sauf que je souhaitais garder ce minuscule moment du voyage pour moi lors de mon retour en sols canadiens.

Pourquoi?

Parce que ça allait me confirmer que toute cette aventure était close.

Et que je devais passer à autre chose.

“And do you know
That every day’s the first
Of the rest of your life.”

Il faut croire que je me suis mis les deux doigts dans l’œil, car ce ne fût que le commencement d’une immense partie de ma vie d’aujourd’hui :

Le voyage.

L’Équateur a été la piqûre qui me fit découvrir mon enivrement pour le choc culturel, le dépaysement et mon amour inconditionnel pour les mille et une nations qui peuplent ce magnifique monde qu’est le nôtre.

Deux années plus tard, je repartis, mais pas pour l’Amérique latine.

Non.

Pour le continent asiatique!

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