belles années

Est-ce que mes plus belles années sont derrière moi?

J’ai soufflé 43 bougies en mai dernier. Mon chum a célébré ses 50 ans en avril et mon fils aura 19 ans le mois prochain.

Dans nos têtes, on a encore 20 ans, et notre fils est encore un bébé.

C’est comme si c’était hier que nos regards se croisaient dans un restaurant la veille du jour de l’an et que la deuxième ligne apparaissait sur mon test de grossesse.

On a parfois l’impression d’avoir vécu 3 vies en une seule tellement les événements se sont enchaînés ces 20 dernières années.

Mais récemment, un constat puissant et surtout poignant s’est imposé à nous.

Nos plus belles années sont définitivement derrière nous.

Je sais que vieillir est un privilège. Mais je ne suis pas encore rendue là dans mon acceptation de la situation. Pour l’instant, vieillir me rend triste, me fait mal.

Vieillir me fait paniquer aussi.

J’ai peur de manquer de temps, j’ai peur de perdre tout ce que j’ai bâti depuis 20 ans. J’ai peur de perdre la santé.

Même si je considère qu’on s’aime plus, mais surtout mieux après toutes ces années mon chum et moi, je suis quand même triste à l’idée que les papillons et les passions du début se soient calmés.

Même si je suis immensément fière de l’adulte qu’il devient, je ne peux m’empêcher de paniquer à l’idée qu’il désertera bientôt le nid et le quittera pour ne probablement jamais y revenir.

Nos parents vieillissent, leurs besoins seront grandissants. Et sans vouloir offenser qui que ce soit, je préfère m’occuper d’un enfant que d’une personne qui ne me reconnaîtra peut-être plus d’ici quelques années. La culpabilité me monte à la gorge chaque fois que je pense à ça, mais je suis forcée d’admettre que les années à venir seront définitivement plus lourdes à porter.

Des fois, j’me sens prise entre ce qu’on a déjà vécu, ce que j’pensais qu’on aurait à cet âge-là… pis la réalité. Y’a de la fierté, oui, mais aussi de la fatigue, de l’anticipation, un genre de deuil flou de la légèreté qu’on avait avant.

Pis faut que j’le dise : ça me rend triste, tout ça. Y’a des jours où la nostalgie me pogne à la gorge sans prévenir. Je peux me mettre à pleurer pour rien. Une chanson, une photo, un souvenir qui pop sans avertir. C’est comme si mon cœur suivait pas toujours le rythme de ma tête.

Pis en plus, il y a la ménopause qui me guette. Juste y penser, ça me fait peur. Je sais que ça vient avec des bouleversements hormonaux, physiques, émotifs pis j’ai l’impression de pas savoir dans quelle version de moi je vais me réveiller. Je ne veux pas me perdre là-dedans, je ne veux pas devenir quelqu’un d’autre.

Mais j’ai pas le contrôle, pis ça, c’est terrifiant.

Mais en même temps, je me rends compte que c’est peut-être pas fini. C’est juste différent. J’ai vécu assez de choses pour savoir ce que je ne veux plus, pis encore assez de temps devant moi pour me réaligner, pour me remettre au centre un peu. C’est pas facile, surtout quand on sent que tout le monde autour a besoin de nous. Mais j’essaie de me rappeler que c’est correct d’avoir encore des projets pour moi.

Faut que j’trouve un genre d’équilibre, même si ça ressemble plus à une danse qu’à une ligne droite. Des jours j’avance, d’autres je stagne, pis parfois je fais juste mon possible.

Je sais pas exactement ce qui m’attend, pis ça me fait peur par bouts. Mais j’essaie de me rappeler que je ne suis pas seule là-dedans. Qu’on est plusieurs à naviguer dans ces eaux-là, à chercher du sens entre les responsabilités, les bouleversements pis les petits moments de lumière.

Peut-être que c’est ça, vieillir : apprendre à laisser aller certaines choses, en protéger d’autres, pis surtout, se donner le droit d’exister autrement.

Pas moins. Juste autrement.

Pis même si ça brasse, je me promets de rester proche de moi-même. De continuer à chercher la douceur, même dans le chaos.

Parce que je me dois encore ça.

Jennifer signature