assez

Être ou ne pas être assez

Peu importe combien je m’investis, j’ai toujours cette sensation de ne jamais être assez. Je me donne à fond, je pousse mes limites, j’essaie d’en faire plus que nécessaire… et pourtant, y a toujours une petite voix qui me lâche jamais. « C’est pas assez », « les autres sont meilleurs », « tu devrais faire plus ». C’est un poids constant, comme si je portais sur mes épaules un sac invisible rempli de pierres que je n’ai jamais choisies.

J’ai beau recevoir des compliments, des encouragements, c’est comme si la voix les effaçait aussitôt. Chaque « bravo » se transforme en obligation d’en faire encore plus. Comme si au lieu d’être un baume, chaque plume ajoutée dans mon sac devenait un poids de plus. Je marche en me demandant toujours : est-ce que je me prouve assez? Est-ce qu’on m’aime assez? Est-ce que je mérite vraiment ma place?

Me comparer aux autres, c’est regarder un miroir truqué. Eux, je les vois sous leurs meilleurs angles, dans leurs moments brillants, alors que moi, je me vois avec mes défauts, mes doutes et mes cicatrices. Je finis par croire que si je changeais un peu, si je devenais plus ceci ou moins cela, peut-être que je serais enfin à la hauteur.

J’ai aussi l’impression d’être toujours celle qui porte, qui écoute, qui soutient. Je le fais sans attendre de médaille, sans chercher à ce qu’on me félicite. Mais parfois, j’aimerais sentir que tout ne repose pas uniquement sur mes épaules. Qu’on me voit, qu’on me rattrape un peu. Parce que même les plus résistantes se sentent épuisées quand elles tendent toujours la main sans qu’on leur tende la leur.

Peut-être que ce besoin de lumière vient de là.

Pendant longtemps, j’ai eu l’impression d’être invisible : dans ma famille, à l’école, dans ma vie en général. Comme si j’étais un décor plutôt qu’un personnage. Alors aujourd’hui, j’essaie de créer ma propre lumière, même si c’est épuisant. Comme une chandelle qui brûle pour éclairer une pièce où personne ne remarque vraiment qu’elle se consume.

Ce qui fait le plus mal, ce n’est pas seulement le besoin d’être reconnue, c’est cette impression que pour être aimée, je dois toujours camoufler des parties de moi. Ajuster mon comportement. Sourire même quand je suis fatiguée. Et chaque fois, je me demande : est-ce qu’on m’aimerait encore si je montrais ma vulnérabilité?

Je commence à comprendre que je ne peux pas toujours faire taire cette voix, mais peut-être que je peux lui répondre? Lui demander : « pourquoi tu veux que je sois différente? » ou « qui t’a appris que je n’étais pas assez? ». C’est loin d’être facile, mais juste le fait de nommer mes pensées, de les classer en peurs, en comparaisons ou en habitudes, ça m’aide à respirer un peu mieux.

Je voudrais être capable de me dire, à voix haute : je suis assez. Pas parce que j’ai réussi quelque chose de grand, pas parce que quelqu’un me l’a validé, mais simplement parce que j’existe. Parce que je suis humaine, imparfaite, et que ça suffit déjà.

Je ne dis pas que je ne veux plus évoluer ou m’améliorer, mais je veux arrêter de croire que je dois combler un vide pour avoir de la valeur. J’aimerais me rappeler plus souvent que ce que je fais, ici et maintenant, c’est suffisant.

Et que si demain je veux faire autrement, ce sera parce que j’en ai envie, pas parce que ma petite voix me pousse à courir encore.

Jennifer signature