En 2017, je cherchais mon « x ».
Je le traquais comme une réponse, comme un point d’arrivée, comme ce moment précis où tout ferait enfin du sens. J’étais convaincue que je le reconnaîtrais sans hésiter, que je le sentirais profondément, intensément, longtemps.
Mais aujourd’hui, je me demande si je ne l’ai pas croisé sans le voir. Si, à force de courir après lui, j’ai oublié de m’arrêter quand il était là. Peut-être que mon « x » n’avait rien d’extraordinaire, rien de spectaculaire. Peut-être qu’il ne criait pas, qu’il ne s’imposait pas. Peut-être que c’était juste un moment, simple, imparfait, mais vrai et que j’attendais tellement… que je ne l’ai pas reconnu.
J’ai longtemps cru que le « x » serait un état de grâce, quelque chose qui durerait, qui s’installerait. Mais si ce n’était pas fait pour durer? Si c’était seulement fait pour passer, pour être vécu, puis laisser une trace discrète?
Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir toujours cherché une lettre qui, au fond, ne voulait rien dire. Ou plutôt, qui voulait tout dire, mais seulement si on acceptait de ne pas trop la définir. Peut-être que le « x », ce n’est pas quelque chose qu’on trouve. Peut-être que c’est quelque chose qu’on rate un peu et qu’on comprend après.
Et peut-être que ça fait partie de l’équation.
Peut-être que le « x », ce n’est pas un moment qu’on saisit, mais un moment qui nous échappe un peu. Quelque chose qu’on vit sans pleinement en prendre la mesure, parce qu’on est déjà ailleurs, déjà en train de chercher la suite, la confirmation, quelque chose de plus grand, de plus clair.
9 ans plus tard, me voilà fiancée, toujours aussi en symbiose avec mon chum et mon fils, j’ai quitté un domaine qui ne me comblait plus pour un emploi que j’adore et qui me donne envie de me lever chaque matin. J’ai visité le Mexique, Curaçao, j’économise plus que je ne dépense et je suis en santé. Est-ce que c’est suffisant?
Est-ce que c’était ça mon fameux X?
Il y a des moments qui passent doucement, presque en silence. Des périodes où on est bien, sans se poser de questions, sans analyser, sans chercher à nommer ce qu’on vit. Et c’est peut-être précisément ça que je n’ai pas su reconnaître : ces instants où tout était simplement correct. Pas parfait, pas spectaculaire. Juste vrai.
Avec du recul, je me demande si je n’étais pas trop occupée à attendre plus pour apprécier ce qui était déjà là. Comme si je vivais toujours un peu dans l’anticipation d’un moment meilleur, plus marquant, plus significatif. Et pendant ce temps-là, le présent passait, lui, sans faire de bruit.
Il y a quelque chose de triste là-dedans, oui. Une impression d’être passée à côté, de ne pas avoir su habiter pleinement certains moments. Mais en même temps, il y a aussi une forme de douceur dans cette réalisation. Parce que ça veut dire que ce que je cherchais existait peut-être déjà. Même si je ne l’ai pas vu comme il le fallait.
Peut-être que le « x » n’était pas censé être reconnu sur le moment. Peut-être qu’il prend son sens seulement avec le recul, dans cette capacité à regarder en arrière et à comprendre autrement.
Parce que si le « x » existe encore quelque part, j’ai l’impression qu’il se cache moins dans ce qu’on poursuit… que dans ce qu’on vit sans s’en rendre compte.



