Otage au métier

Otage du métier de préposé aux bénéficiaires

Avez-vous déjà eu l’impression de crier dans une foule sans qu’une seule personne se retourne et écoute vos paroles? Avez-vous déjà eu le souffle court et ressenti de la tristesse à cause de l’emploi que vous exercez? Sur le chemin de la maison, vous êtes-vous déjà demandé quel autre métier vous pourriez exercer?

Voici un cri du cœur concernant la difficile réalité des préposés aux bénéficiaires.

En 2019, la pression de performance est bien réelle, même quand on travaille avec des êtres humains. Le temps passé à leurs côtés ne suffit pas et ne permet pas à offrir du réconfort à ces personnes si vulnérables. En prendre conscience, ça fait mal. J’ai décidé, tout comme mes collègues, d’exercer un métier grâce auquel il me serait possible d’aider mon prochain. Plus le temps passe, plus je constate que la douleur nous ronge. Physiquement, à cause de l’usure, mais aussi mentalement, en raison du manque de personnel et de ressources de toutes sortes.

Je lis les articles qui circulent à notre sujet et, parfois, nous nous retrouvons à l’avant-plan pour les bonnes raisons, alors que parfois, quelques pommes pourries réussissent à ternir ce qu’on considère comme une vocation. Bien que ce mot soit flatteur, il demeure néanmoins que nous sommes, nous aussi, des humains. Les premiers sur le terrain, mais les derniers à se voir offrir une écoute et une rémunération adéquate. Nous sommes fatigués, à court de solutions, mais nous persévérons, jour après jour, une fin de semaine sur deux, à Noël, au jour de l’An…

L’idée d’entamer une grève est inconcevable, parce qu’il est ici question d’êtres humains qui nécessitent notre présence constante.

Lors d’un jour de tempête, je lisais des publications sur Facebook. Je restais à la maison, et je pensais à madame et monsieur X dans leur lit qui attendent l’aide de l’un d’entre nous. J’ai aussi pensé rester à la maison en compagnie de l’être le plus cher à mes yeux : mon garçon. Mais j’ai aussi eu beaucoup de compassion pour mon équipe qui manquait probablement déjà considérablement d’effectifs, et c’était justement le cas. Nous formons une équipe, et j’ai beaucoup de respect envers mes collègues. Je sais également que lorsque je m’absente, je suis rarement remplacée.

J’ai l’impression d’être prise en otage par un métier que j’ai choisi et que j’aime. Je commence toutefois à me demander si je serai en mesure d’exercer ce métier pendant encore 22 ans.

Les maladies et les conditions physiques des patients s’alourdissent. Le personnel ne suffit pas à la tâche, qui augmente sans cesse, et la cadence doit être constante et soutenue malgré le personnel en moins. Deux bains par semaine pour chaque résident, c’est génial pour les familles et la clientèle, mais ils doivent cadrer dans la routine quotidienne. Ceci équivaut donc à 46 bains par semaine… seulement durant le quart de jour.

Il existe cette nouvelle méthode qui consiste à diminuer les médicaments. Cependant, nous ne recevons pas davantage de formation ni d’information à propos de ces gens que nous côtoyons au quotidien. Nous ne sommes pas considérés, nous agissons constamment dans l’ombre. Ceci n’est pas une opinion, mais un constat. Nous devons mettre en application des décisions qui sont déjà prises, et ce, sans même avoir été consultés.

Jour après jour, chaque matin, j’enfile mes chaussures de sport, mon uniforme, et je me rends au travail sans savoir ce qui m’attend. Je réalise que j’ai souvent le motton à m’entendre répondre des phrases qui vont contre mes valeurs. La phrase la plus populaire dans ce domaine, c’est : « Oui ça ne sera pas long. » Parce que le sablier se vide à une vitesse folle, que je suis chronométrée au quart de tour! Il doit s’agir d’un travail gratifiant, et c’est le cas pour moi, mais pour combien d’années encore? On doit s’attarder sérieusement au milieu de la santé. Pour des soins prodigués humainement, un changement majeur s’impose pour nous, travailleurs de la santé.

La qualité des soins s’avère primordiale et c’est nous qui en sommes principalement responsables. Nous méritons le meilleur afin de le redonner à vos proches.

Il faut faire en sorte qu’ils soient une priorité. Et pour ça, une équipe reconnue et écoutée s’impose!

Merci de m’avoir lue!

Folie veronique logo auteur

10 Comments

  • Legault Martine

    Très difficile en ce moment et ce depuis plus de 25 ans que je fais ce métier…et je ne crois pas que quoi que se soit puisse changer…mais je vous encourage de continuer à dénoncer un métier bourré de maltraitances inconscientes envers nos semblables…je me demande comment on peut encourager qelqu’un à se diriger vers un domaine aussi ingras que celui-là…🤕

  • Legault Martine

    Très difficile en ce moment et ce depuis plus de 25 ans que je fais ce métier…et je ne crois pas que quoi que se soit puisse changer…mais je vous encourage de continuer à dénoncer un métier bourré de maltraitances inconscientes envers nos semblables…je me demande comment on peut encourager quelqu’un à se diriger vers un domaine aussi ingras que celui-là…🤕

  • Daisy Schneeberger

    J’ai fait ce métier pendant 21 ans.J’ai arrêté à 60 ans sans savoir quels revenus me vaudrait ma pension.Je n’en pouvais plus.J’ai eu sans cesse l’impression de tourner la roue à contresens.Mes supérieurs avaient si peu de respect pour mon travail.Mais les résidents ont toujours eu mon attention et le meilleur de moi-même.Depuis que je suis à la retraite les conditions se sont encore détériorées et je compatis de tout cœur avec ces femmes et ces hommes qui exercent encore ce métier avec compassion.Améliorons leurs conditions et les patients seront gagnants.

  • Melanie

    Après 20 ans comme PAB j’ ai tirée ma révérence . Avant on avait le temps de coiffer , nos résidentes pour qu’ elles soient belles pour leur famille , les maquillée , faire les barbes des monsieurs .Les amener prendre l’ air dehors . Maintenant c’ est impossible de le faire à moins que ce soit au détriment des autres résidents . J’ aimais mon travail mais la situation faisait en sorte que je ” callais ” malade très souvent . Ce que le monde ne comprends pas aussi c’ est que le deuxième bain se donne en pm . Mais en pm les résidents sont déjà habillés et à leur activité . 1 sur 2 refusait . Pour plusieurs ils ne veulent même pas de leur bain hebdomadaire . Les caméras non pas aidés . Nous ne savons pas qui en a une dans sa chambre . Avant un faisait des jokes aux résidents . Mais avec la venue des caméras notre travail est devenu banal et sans intérêt . A quoi bon continuer si on ne peut plus avoir de fun avec nos résidents . Certaines familles ou chefs pourraient mal interpréter nos propos . Je n’ est rien à me reprocher mais des fois on doit user de l’ humour pour réussir à laver un résident et peser mes mots n’ est pas mon fort je savais avec quels résidents je pouvais niaiser . Là c’ était rendu machinale . Bonjour Mme. X . Je m’ appelle Mélanie , je vais vous laver , tournez- vous . Ok bye bonne journée . Aucune conversation en dehors du travail . Ex . Bonjour mme x . Comment va mon beau soleil ce matin ? Si le résident nous demandait raconte moi ta fds on n’ osait même plus de peur de se faire reprocher d’ avoir été trop proche du résident . Mais on travaille pas avec des objets mais avec des humains . Si je ne peux plus être humaine avec qqn à quoi bon continuer ?

  • Vicky Gosselin

    Étudiante, j’ai été Préposé. Maintenant, infirmière auxiliaire je vous apprécie particulièrement. Il est la base sur laquel je me fie pour travailler. Pour tenter des actions avant d’administrer un médicament en surplus contre l’anxiété. Souvent, c’est toi qui m’indique que nos patients ont de la douleur, que l’urine de X personne sent vraiment mauvais. Qu’un autre pas manger aujourd’hui. Oups il couvent un microbes… On va garder ça à l’oeil. Un préposé qui n’aime pas son travail, qui n’a pas un comportement approprié fait toute la différence dans ma journée. Merci à tous ceux qui travaillent comme si ils prenaient soins de leur propre famille.

  • Lynda

    J était préposée, j’ai pris ma retraite l’été passé car plus capable d’exercer mon métier que je chérissais tant… Une question me vient à l’esprit, pourquoi les éducatrices en garderie ont un quota d’enfants??? Et que les préposés eux n’en n’ont pas???

  • Karine Jolicoeur

    Les mots me manque tellement ton texte m’a percuté…. exactement…. à la virgule près… tes mots sont tellement…. parfait , ont dirait qu’il sorte de ma tête . Bravo d’être ce que tu es. Je suis moi-même PAB et ce texte ne peut pas être plus réaliste que ça . C’est dur , le métier ,,mais la journée où je vais m’en « foutre » je quitterai immédiatement… Mes collègues sont brûlés, ne lâche jamais… une équipe de travaille et de la stabilité est vraiment dur à avoir et à construire. Lorsqu’on réussit à l’avoir , tout devient plus supportable . Nous donnons des soins de façons efficace , toujours sans relâche , et avec un amour pour chacun de nos bénéficiaires à notre propre façon . Je sais pas si tu es d’accord , mais plus tu es efficaces et régulières , plus les tâches s’alourdisse , plus tu te donnes , plus on t’en demande … tu te révoltes…. tu te dis que tu vas faire ton possible et que tu vas « botcher «  des choses… 👏👏👏 ……. Finalement au bout d’une semaine même pas , on s’est toute (pab) adapté et on réussit malgré tout à ce que nos résidents soit bien et obtiennent le meilleur de nous . Même si je ne prends pas ma pause du matin……. Je pense très souvent à cette phrase dans ma tête : Nous sommes des soldats de première ligne …,sûrement les plus importants, des guerriers… malheureusement pour nous , nous sommes les premiers à tomber au combat . Malgré le fait que je soit consciente de ce fait , je vais continuer ce travail merveilleux parce que je sais que ce que je fait ….. Je donne au personne âgée, les dernières années de vie qu’il mérite. Je donne des soins et de l’ amour sans jugement et avec cœur ….. Merci
    de ton texte qui m’a vraiment interpellé , à la justesse de tes mots , j’aimerais vraiment croire en ta sincérité et savoir combien nous sommes dans le même bateau .

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