Pourquoi je me maquille?
Quand je me maquille, c’est comme si je me plaçais doucement au centre de ma propre vie. Mon visage prend une intention. Mon regard devient plus clair, plus assumé. Je me sens plus confiante, pas une confiance spectaculaire, pas celle qui fait du bruit, mais une confiance tranquille. Je me trouve plus belle, pis ça me donne un élan. Comme si j’avais un petit boost gratuit dans la journée.
Je me trouve plus belle, oui. Et j’ai presque honte de l’écrire comme ça, aussi simplement, parce que ça sonne superficiel. Mais c’est vrai. Je me trouve plus belle, et ça me donne un élan. Comme si le monde me paraissait un peu moins intimidant.
Comme si j’avais un petit avantage, une petite armure invisible.
Quand je ne suis pas maquillée, c’est l’inverse. Je me trouve plus ordinaire. Plus effacée. Des fois même, je me trouve laide. Je le sais que c’est dur à dire. Je le sais que ça ne devrait pas être ça, ça me fâche d’avoir cette pensée-là, parce que je sais que je suis la même personne. Le même cœur. La même valeur. Mais mon regard sur moi change quand même. Je me regarde et j’ai l’impression que ma beauté, celle que j’arrive à aimer, est cachée quelque part derrière les palettes de couleurs. Comme si elle avait besoin d’un petit coup de pouce pour se pointer.
Pis c’est weird parce que je ne fais pas ça “pour les autres”. Je ne veux pas plaire à tout prix. Je ne veux pas être validée par n’importe qui. Je le fais surtout pour moi, parce que ça change mon état d’esprit. Ça me donne une force. Ça me rend plus “prête” à affronter le monde, même si le monde, dans le fond, s’en sacre pas mal.
J’admire tellement les filles qui sont magnifiques au réveil. Celles qui ont des traits qui se suffisent à elles-mêmes, comme si la lumière était déjà posée au bon endroit. Celles qui ont l’air sublimées sans rien faire, sans retouche, sans effort visible. Je les regarde et je me demande ce que ça fait, d’avoir cette facilité-là. De ne pas se poser de questions. De ne pas avoir besoin d’ajouter quelque chose pour se sentir complète.
Et en même temps, je sais que c’est une illusion, parfois. Parce que même les plus belles ont leurs insécurités. Même celles qu’on pense naturellement parfaites se regardent dans le miroir et se trouvent des défauts.
On est toutes capables d’être cruelles avec nous-mêmes.
Alors je me maquille.
Pas parce que je me déteste. Pas parce que je suis fausse. Mais parce que ça me donne de la force, un élan, une présence. Parce que, certaines journées, j’ai besoin d’un petit rituel pour me retrouver. Et parce que j’apprends, lentement, à distinguer deux choses : mon visage nu et ma valeur.
Mon reflet et mon importance.



