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DÉPRESSION : Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux, quand tu es en arrêt de travail, ce n’est pas évident. Cela peut sembler anodin, mais ce ne l’est pas. En plus des jugements de gens qui associent sourire à guérison ou autre, il y a aussi le volet employeur, collègues, assurances, etc. Tu as peur qu’un simple statut, commentaire, changement de photo de profil ou toute autre chose te nuise. Pourtant, les médecins me disaient : fais des choses que tu aimes, des choses du quotidien. Pour moi, les réseaux sociaux c’est quelque chose que j’aime, sinon, je ne serais pas blogueuse. Mais chaque fois qu’un de mes textes sortait, je paniquais. Pourtant, faire des choses qui me font du bien fait partie de la guérison. Mon psychologue me disait de m’écouter avant tout, de faire ce que j’aimais pour m’aider à retrouver une routine et m’aider dans mon cheminement, une chose à la fois. Le blogue, je n’étais pas obligé de l’alimenter par mes textes. Les filles étaient super ouvertes et m’ont dit dès le départ de prendre le temps qu’il fallait et de penser à moi avant tout. Cependant, je l’ai fait parce que cela me faisait du bien, c’était la seule chose que je faisais qui me donnait l’impression d’être « normale ». Un mot que je déteste, mais qui m’est impossible de ne pas utiliser parce que, oui, j’avais l’impression d’être anormale aux yeux de tout le monde.

J’avais l’impression d’être scrutée à la loupe. Me faire dire, tu ne devrais pas publier ce selfie, publier ce statut, etc. Voyons ! Je devais me censurer uniquement parce que j’étais malade. Pourquoi une personne ayant une jambe cassée peut publier des photos de son plâtre et de ses progrès, mais pas moi ? Si j’étais fière une journée parce que j’avais réussi à aller faire toutes mes commissions d’un coup, pourquoi ne pouvais-je pas le partager ? J’avais des bonnes et des mauvaises journées, mais j’avais envie de montrer les bonnes, de montrer que d’être en dépression ce n’est pas uniquement d’être dans son lit et de ne rien faire ou de se promener d’un rendez-vous médical à un autre. Chaque bonne journée cachait des heures incroyables de sommeil pour me remettre de celle-ci, mais juste la fierté d’avoir été au parc avec mon beau-fils, c’était incroyable.

Se cacher. Ne plus exister. Vivre dans le secret. Je me sentais obligée de rester dans l’ombre. Juste cela m’a beaucoup atteint. J’ai dû faire attention à tout même si pour moi, tout ce que je faisais était dans le but d’aller mieux à temps plein et non une journée sur deux. J’ai passé beaucoup de temps sur Facebook et Instagram à regarder la vie des autres et à me divertir de la sorte. Pour une blogueuse, ne rien partager, c’est pas évident. Un jour, je me suis tannée et je me suis dit que j’allais arrêter d’avoir peur, sinon je n’arriverais pas à me dépasser. En plus de trouver du positif dans tout ce qui ne l’était pas, mon objectif était de penser à moi, uniquement à moi et peu importe la manière. Je suis restée moi-même et j’ai recommencé à être active sur les réseaux sociaux, moins souvent qu’avant, mais juste les petits moments que je partageais me faisaient du bien puisque c’était simplement moi. Je n’avais pas envie d’effacer qui j’étais pour ne pas me faire taper sur les doigts ou me faire dire que je n’étais pas malade pour vrai.

On m’a jugé, on m’a mis en garde, on m’a traité de plusieurs manières, mais j’ai cessé d’écouter les autres, car mon dossier médical était pour moi la seule chose qui avait du pouvoir. Mon psychologue m’a félicité à plusieurs reprises et quand ça arrivait, l’estime de soi ne faisait que prendre encore plus de place et écraser la douleur qui restait.

 Valérie_réviseure

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